Deuxième partie du film Baahubali qui sort miraculeusement en sortie mondiale (quoique limitée dans nos contrées, en revanche). Cette seconde partie permet de boucler la boucle, entre le destin tragique du père et la vengeance du fils, de façon spectaculaire, dans le sang et les larmes.

Sorti le 28 avril dernier, le film partait très mal, pris en étau entre deux mastodontes du box office : Fast And Furious 8 d’un côté et Les Gardiens de la Galaxie Volume 2 de l’autre.

Qu’importe la concurrence hollywoodienne : le film a explosé le box office mondial (meilleur démarrage de tous les temps en Inde et pour un film indien aux USA et dans le monde), rapportant en moins d’une semaine presque 190 millions de dollars (pour un budget estimé à 40 millions), et également en étant plus rentable en fréquentation salles aux États-Unis, ainsi que lors de l’avant-première parisienne, que la 8e itération de la saga bourrino mécanique.

Autant dire que les attentes de cette suite étaient supérieures au nombre des rares spectateurs français du premier film (538 entrées en juillet 2016).

Une suite attendue à l’issue redoutée…

Le film reprend exactement où s’arrêtait le premier film, avant cette image magnifique et tragique servant de cliffhanger au premier film.

Le prince Amarendra Baahubali officie toujours à son devoir de général des armées aux côtés de son frère Bhallala Deva. La reine Sivagami cherche quant à elle à marier son fils. Pour faire plaisir à sa mère, Baahubali et Khattapa partent explorer le royaume, où ils rencontreront, au détour d’une embuscade dans la jungle, la sublime Devasena dont Baahubali tombera immédiatement amoureux (et le spectateur aussi). Malheureusement, son frère convoitait également la princesse et la venue incognito de Baahubali en voyageur un peu attardé dans le royaume de la princesse Devasena va empêcher ses chances de conquérir la belle…

Romance, complots, batailles et chansons.

Après nous avoir laissé épuisés et extatiques devant une bataille absolument somptueuse à la fin du premier film, ce second film démarre en douceur, en privilégiant un aspect plus comique et surtout plus romantique durant tout le premier acte.

Répondant en miroir avec la séquence d’exposition de Shiva du premier film (même nom d’emprunt que son père incognito), le film entame un virage plus sérieux lors de l’attaque du royaume de Kuntala où Baahubali devra faire tomber le masque en affrontant l’envahisseur aux côtés de la princesse.

À compter de ce moment, la romance se complique entre Baahubali et Devasena, victimes des manigances de son frère qui les jalouse et convoite le trône… peu importe les moyens.

Bien que pensé comme une continuité directe du premier film, la réalisation de SS Rajamouli a clairement évolué entre les deux films ; les inspirations se font plus inconscientes mais ne freinent aucunement l’imagerie absolument démentielle qu’illustre encore une fois le second film (voir le décor du tribunal).

Baahubali 2 enchaîne là encore les morceaux de bravoure tout en maintenant une narration fluide sans temps mort, glissant progressivement vers une noirceur qui teinte de plus en plus les destins des différents personnages, allant parfois se montrer assez viscéral dans sa représentation de la violence ; le film montrera les failles psychologiques de ses personnages et leurs diverses émotions de façon quasi sensitive.  

Les Trois royaumes des deux tours de Kill Bill :  Volume 2

Beaucoup pourraient reprocher à cette seconde partie une baisse de rythme et surtout certains personnages mis en retrait, principalement Baahubali fils et Avantika.

Mais Baahubali Le Commencement et La Conclusion ont été pensés non pas comme deux parties mais comme un seul péplum de presque 6h, à la manière des Kill Bill par le passé.

Autre comparaison : le film esquive le problème des suites des années 2000 (dit « du syndrome des Deux tours », film n’ayant, selon certaines critiques, ni véritable début ni fin vu qu’il s’agit d’un film intermédiaire). Le(s) film(s) de SS Rajamouli se verraient donc plus comme une sorte de réponse en termes de construction à une des références déjà explicitée dans le premier film, à savoir Red Cliff/Les trois Royaumes.   

Le flashback revenant sur les origines du conflit fratricide relie les deux parties du film en un énorme 2e acte et construit le mythe du prince guerrier Baahubali.

Point ambigu du film, selon les thématiques propres aux croyances hindoues : faire oublier la quête de vengeance du fils et la rédemption du père pour devenir une fresque où Baahubali est une histoire de réincarnation. La frontière ambiguë de l’identité du personnage entretenue par le double rôle tenu par l’acteur Prabhas et les rumeurs du retour du prince comme espoir pour le peuple mais aussi pour la reine Devasena peuvent légèrement porter à confusion sur les enjeux de l’histoire et sentiments des personnages.

Hommages et retour aux origines

Le dyptique Baahubali dépoussière le péplum en rendant hommage à ses modèles américains, assumant complètement son imagerie et son identité indienne au-delà des références présentes dans des séquences plus surréalistes les unes que les autres.

Une séquence de danse sur un bateau se veut une hybridation romanesque de la séquence du « vol » de Titanic (plan aveu à l’appui), ainsi que la scène musicale culte « ce rêve bleu » dans le dessin animé Aladdin. Enfin, une scène d’action cite ouvertement Le 13e Guerrier ainsi que l’introduction de Mars Attacks (sic).

Mais cette seconde partie revient sur les origines des personnages (voir la métamorphose incroyable de Devasena à 15 ans d’intervalle), mais surtout dès l’introduction, sur les origines de production du film en incluant tradition religieuse au sein de l’histoire et de l’action.

Des scories propres à la mise en scène : zoom en gros plan sur les expressions des acteurs digne d’une télénovela, l’humour parfois référentiel mais qui fonctionne (le gag de la hache ou celui de la chasse aux sangliers), etc.

Et là encore, point déstabilisant pour le public néophyte du cinéma indien, un surréalisme assumé à 200 % dans les séquences d’action, tout droit sorti d’une BD (légers spoilers dans la suite du paragraphe) : la force surhumaine de Baahubali père et fils est mise en avant, stratégie guerrière où invulnérabilité (la séquence magnifique du couple Baahubali/Devasena tirant à l’arc dans le couloir) et séquences iconiques n’ont rien à envier à l’animé Saint Seiya (la séquence de révélation de l’identité de Baahubali avec la torche face à Devasena est fabuleuse).

Mais ce qui fait la force du second film est le souffle épique qu’illustre la légende du prince, par petites touches, entretenu par le charisme sans faille de l’acteur Prabhas dans toutes les situations où il intervient à travers les réactions du peuple en sa présence.

Dans la séquence du couronnement, absolument estomaquante, c’est un sentiment d’identification immédiate, presque cathartique, et surtout fabuleusement jouissive que l’on ressent face à la réaction du peuple, qui reflète totalement celle du spectateur.

Séquence qui pulvérise par son gigantisme et son ampleur toutes les références citées dans le premier film (Gladiator et Kingdom of Heaven en tête).

Succéder à son père et assumer le poids de sa légende

Mais le gros défaut du second film est qu’en concluant le flashback sur  

Attention Spoiler :
les séquences attendues de la mort de Baahubali Père et la tentative d’assassinat de la reine Sivagami et de son petit fils Mahendra Baahubali Jr,
le soufflé retombe sur le retour au présent, et les derniers instants instantanément iconiques du père (jusque dans ses derniers mots) écrasent complètement de son ombre et de sa légende son héritier.

À tel point que le climax du second film, et donc la conclusion de la quête de Baahubali fils, devient moins spectaculaire, épique et vengeresse qu’elle ne devrait l’être, malgré une séquence magnifique au ralenti sur les remparts de la cité de Maashmati et évidemment la confrontation avec le roi, son oncle Bhalla.

Malgré l’ampleur, l’ambition et le surréalisme de la stratégie mis en place, il faut attendre les ultimes instants du climax pour réussir à retrouver et surpasser, même brièvement, dans une séquence redite venu du passé (et ouvrant le second film), afin d’assumer le présent.

Au-delà de l’ambition qu’ont eue les producteurs en lançant un projet aussi pharaonique et insensé, c’est surtout la puissance visuelle du film et la réussite au-delà des frontières de son pays qui seront retenues.

Le dyptique Baahubali s’impose aux yeux des spectateurs comme un incontournable morceau de pellicule dans le cinéma de divertissement international, une date dans le cinéma Télégu pour avoir réussi à surpasser l’hommage à un genre et de livrer un péplum instantanément et totalement épique, lyrique, cruel et romantique qui mérite amplement sa place dans les meilleurs films d’aventures/péplums de fantasy des années 2010.

 

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