Foals / Pumarosa aux Nuits de Fourvière 2017

Crédit : Ed Miles/ NME

Le 28 juin dernier c’est une armée de K-way enjouée qui est partie à l’assaut de la colline de Fourvière comme chaque année. Car si Nuits de Fourvière évoquent instantanément velours sonore, décor de rêve, et bière fraîche comme la rosée du matin, par temps de pluie, on part plutôt sur un combo K-way-qui-colle, odeur de chien mouillé, coccyx cassé dans les escaliers. Je me demandais donc pour ma part, en jetant un œil au ciel apocalyptique qui nous auréolait,  si je n’allais pas devoir revêtir à mon tour cette pièce de vestiaire fort peu flatteuse (vraiment, qui a la classe en K-way ? Allez, on fait un sondage). Heureusement pour ma prestance vestimentaire, en haut de la colline, niché entre les pierres millénaires, un arc-en-ciel s’est déployé et c’est un ciel digne des plus belles peintures d’Hokusai qui a accueilli Foals et Pumarosa.

Une des plus belles peintures d’Hukosai sus-nommé

Puma osa, énergique et timide talent en devenir

On trouve dans Pumarosa toutes les contradictions d’une première partie, contradictions qui promettent généralement une belle poursuite. Fraîchement fondé en 2015, quatre membres composent ce groupe qui évoque tant le félin que les noms latins de fleurs exotiques ; Tomoya, Jamie, Nicholas et, miracle, une chanteuse, Isabelle, dont les mouvements chaloupés ont su capter l’attention de la foule. Avec seulement un EP sobrement intitulé « Pumarosa » et leur tout jeune premier album « The Witch », les londoniens viennent à Fourvière en quête d’un lien à créer.

L’arrivée silencieuse et presque timide sur scène du groupe, soutenu par les cris volontairement exacerbés du public, rappelle le rôle paradoxal qui incombe à la première partie : préparer idéalement le terrain pour le groupe attendu, mais surtout charmer l’auditoire. D’abord un peu timide, le groupe semble mis en confiance par les cris accueillant  leur titre fard, Dragonfly. Les morceaux s’enchaînent ensuite de manière plus fluide jusqu’au deux derniers plus envoûtants qui parviennent à faire frémir la fosse.

@Laurine Labourier

Trouver son public

Le charme de l’envoûtante chanteuse qui appelle la fosse à la danse opère, et le quatuor se déride sous les yeux du public. Les dernières nappes de synthés dissipées, la sortie de Pumarosa est saluée par la foule. On sent dans Pumarosa cette énergie touchante des jeunes groupes à la recherche d’un public. Avec son rock électrique et planant immédiatement identifiable, ses maladresses de jeune groupe, Pumarosa a l’étoffe de premières parties devenues aujourd’hui grandes. Ceux qui étaient en 2011 aux Nuits de Fourvière, et qui attendaient fiévreusement les Arctic Monkeys se souviennent d’un « petit groupe » psyché qui assurait leur première partie et que la foule écoutait distraitement. Six ans plus tard, The Less I Know The Better des Tame Impala nous faisait danser tout l’été et réenvoutait Fourvière aux côtés de Mac Demarco.

@Laurine Labourier

Lâchez le Foals !

Après une rupture interminable de 25 minutes, c’est sous les cris d’une foule déchainée que Foals est entré sur scène (par foule déchainée, on veut bien évidement parler de la fosse, les gradins étant comme toujours plongés dans un coma de stade 4, quelque soit le groupe présent sur scène). Emmené par son bouillonnant chanteur Yannis Philipakis, le groupe ouvre son concert avec le titre fard de leur dernier album « What Went Down », Mountain at my gate . Aussi électrisé que son public, Foals s’adonne à un concert-plaisir alternant des titres peu ou pas joués en live depuis longtemps (le dernier live d’ Heavy Water remontait à 2010), et des nouveautés (un baptême du feu pour Albatross sous les cris de la foule). La complicité et l’aisance du groupe galvanise la fosse qui se transforme en joyeux capharnaüm bondissant au son des premiers accords de My Number.

Et cette foule, Yannis Phillipakis semble la tenir au creux de sa main, tant elle bondit d’un seul corps à chacun de ses gestes. Les coups de la batterie en intro de Red Socks Pugie semblent s’échouer contre  les pierres et frapper les corps dansants, ces mêmes corps qui s’apaisent soudain dès les premières notes délicates de Spanish Sahara, laissant planer la voix claire du chanteur qui trouve entre ces pierres mythiques un écrin sublime.

Fourvière at my gate 

Le groupe quitte la scène sous les cris d’une foule tendue par l’attente du rappel. Au terme d’une excitante veille (est-ce qu’on peut prendre le pouls des gens dans les gradins, s’il vous plait ?) Foals réapparaît sur scène avec le puissant et sensuel What Went Down. Yannis Phillipakis fini par se jeter dans la foule, appelé par l’un des spectateurs de la fosse, et est porté en délire par un public déchaîné. Le groupe offrira comme clôture de ce concert une deuxième chanson, Two Steps, Twice dont les riffs fiévreux appelaient l’assistance à une dernière danse endiablée. Enfin, Foals quitte finalement la scène au terme d’une heure et demi de concert survolté, non sans avoir remercié son public dont les cris continuent de raisonner entre les pierres du théâtre. 

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