Going Home, une migration à l’envers au théâtre de la Croix-Rousse

« Going Home », c’est une pièce de théâtre de Vincent Hennebicq retraçant le périple d’une migration à l’envers, de l’Autriche à l’Ethiopie.

Du théâtre, donc, mais également une superbe performance de musique live, et un travail de réalisation vidéo remarquable, retraçant le parcours pour le moins original – et tiré d’une histoire vraie – d’un jeune homme autrichien adopté, noir, à la recherche d’une identité qu’il trouvera en Ethiopie.

Honnebicq

Crédit : Émilie Jonet

 

La lumière éclaire d’abord un bonnet rouge.

Progressivement, le personnage de Michalak apparaît.

L’histoire débute : Hambourg, le 8 décembre 2010. Michalak se fait arrêter pour braquage de banque. Cinq mille euros volent dans les airs. La police l’interroge. « On ne bouge pas ! » Une police écœurante, des fous-rire méprisants.

Un tourbillon, des éclats de colère, le comédien seul en scène incarne face au public, sans effet de distanciation théâtrale, ce personnage alors perdu et désœuvré.

 

Hennebicq

Crédit : Émilie Jonet

 

Retour en arrière : Frankfort , 5 avril 1999.

Départ pour Addis-Abeba, destination alors inconnue pour cet autrichien, qui en fera son Eldorado. Personnage à la nationalité d’origine inconnue, Michalak cherche à s’établir dans un quelque part qui deviendra son chez lui. En prenant l’avion au hasard depuis Frankfort, il atterrit en Ethiopie. Ce sera le début d’une communion parfaite avec ce pays : ses immenses plantations de café, une femme, Ayana, l’énergie de tout un village… loin de l’enfermement qu’il vivait en Autriche. Une migration « à l’envers ». Mais quel envers ?

 

Hennebicq

Crédit : Émilie Jonet

 

Un propos universalisable et universalisé dans la pièce de Hennebicq

Le texte est incarné, il écrit une histoire, l’histoire singulière d’un homme.

Mais le propos s’universalise. Il est question d’identité, d’appartenance. Et Vincent Hennebicq d’ajouter : « la question que je (me) pose c’est : où se trouve notre « chez nous »  ? Finalement, peu importe d’où vient Michalak, quelle est sa véritable nationalité. (…) Je perçois ce spectacle comme un « biopic » : le parcours intime d’un homme qui, au bout du compte, pourrait être celui de tous les hommes ».

« Le bonheur dépend de la possibilité de s’accomplir », clame le comédien, dont le personnage doit traverser le monde à contre-courant pour exister vraiment. Du nord au sud, de la ville au village, de l’intellect au manuel. Cette trajectoire géographique de l’Europe à l’Afrique n’est que l’incarnation d’une recherche à la fois intime et universelle : celle de sa propre place et de l’accomplissement de soi.

 

Bande-son live originale et projections vidéos

« Das Leben ist kein Roman* », et c’est le père de Michalak qui l’affirme.

Elle a de l’allure, pourtant, cette histoire réelle découverte par le metteur en scène alors qu’il étudie les méandres de la justice pour un rôle dans Tribunal, de Jos Verbist et Raven Ruëll.  Allure magnifiée par la musique et les images qui transportent le spectateur dans le tourbillon de sa vie. De la vie ? L’Ethiopie qui nous est présentée est bien loin des images misérabilistes auxquelles notre esprit fait si facilement appel. On voit du vert, du jaune, du orange, le marché, une culture marquée, et la musique monte, violon, piano, batterie, percussions nous habitent, Michalak danse, l’Ethiopie est belle ! Le cœur est touché pour de bon.

*La vie n’est pas un roman
Hennebicq

Crédit : Émilie Jonet

 

Ce spectacle est multiple : par ses 3 disciplines – théâtre, musique, cinéma, mariées avec succès, et par la diversité des thèmes abordés. Justice. Voyage. Migration. Identité.

 

Il reste deux jours pour aller le voir, ne tardez pas ! Going Home, du 07 au 11 novembre 2017, au théâtre de la Croix-Rousse.

Nous laisserons finalement Vincent Hennebicq avoir les derniers mots :

 

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