La danse de la colère d’Andréa Bescond : une performance poignante

Pour sa toute première pièce, Andréa Bescond aborde un thème rare, intime et douloureux, celui de la pédophilie. En sortant de la Comédie Odéon,  où s’est tenue la représentation du 12 au 15 avril, on comprend pourquoi le Molière 2016 de la catégorie « Seul(e) en scène » lui a été attribué.

Les chatouilles ou la danse de la colère conte l’histoire, la colère mais aussi l’espoir d’Odette, huit ans, victime de violences sexuelles par un proche de la famille, violences qui se répéteront durant plusieurs années. Luttant pour survivre, Odette s’en sortira grâce à la danse. Si cette biographie est aussi celle d’Andréa Bescond, et qu’il lui tenait à cœur d’en faire le sujet de sa première pièce, l’autrice et interprète ne la revendique pas comme un témoignage, mais comme le malheur par lequel beaucoup sont passés et qu’il est nécessaire d’évoquer.

Crédit photo : Stéphane Audran

Seule sur scène, face à la colère

Parvenant à combiner dans un one woman show une multitude de personnages, l’interprète se livre à une véritable performance. Celle-ci passe en effet de rôle en rôle, si différents les uns des autres qu’ils soient, ainsi que de souvenir en souvenir, dans une logique a priori complexe qui apparaît finalement naturelle. Seule, la comédienne l’est sur scène comme Odette l’est face à ses démons, face à son démon, et trouve comme unique refuge la danse, à laquelle le récit morcelé de sa vie ramène irrémédiablement : la danse pour exprimer sa colère, la danse pour se reconstruire.

Oscillant entre frisson et émotion, celle qui est devenue danseuse professionnelle après douze ans de formation en danse classique et contemporaine parvient même à faire rire, si toutefois on est adepte de l’humour noir. Sur des sujets tels que le viol, les rires se veulent modérés dans la salle.

Une performance militante

Un tel sujet se place d’ores et déjà en rupture avec de nombreux tabous, à l’image de la mère, personnage essentiel de la pièce, dans le déni et accusant sa fille de dramatiser. Andréa Bescond se fait donc la voix de ceux, soumis à un mutisme oppressant, qui n’ont pas pu exprimer leur colère, de ceux qui n’ont pas eu la force de porter plainte et de se perdre dans un brutal procès, épisodes que la danseuse relate avec justesse.

Mais elle ne s’arrête pas là. La culture du viol est également dénoncée, notamment avec le rôle du commissaire de police qui, par ses répliques grinçantes, en fait un acte banal et presque légitime ; ainsi que le cliché des jeunes de banlieues, incarnés par l’ami d’enfance d’Odette, ou plutôt par le récit qu’elle en donne à sa psychologue afin de ne pas la décontenancer dans sa représentation biaisée du monde qui l’entoure.

On laisse alors Odette, ébahis par la performance de l’interprète, déchirés par un récit qui n’est que trop réel, avec un sentiment d’impuissance ; mais aussi de l’espoir, celui donné par Andréa Bescond qu’on ne peut que saluer pour son courage et son talent.

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