Alain Damasio, la science-fiction et Nuit Debout

by Yoann Clayeux
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Dans la nuit du jeudi 5 mai, une conférence sur le thème « Science-fiction, anticipation : Comment la littérature s’interroge sur la convergence des luttes ? » se tenait Place Guichard (3ème arrondissement). Alain Damasio, Catherine Dufour, Norbert Merjagnan, et Sylvie Lainé, 4 auteur.e.s de science-fiction bien connus du milieu en étaient les prestigieux invités.

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Signes de communication utilisés par les membres du mouvement

La conférence était co-organisée par BiblioDebout, UniversitéDebout et CultureDebout, des branches plus ou moins indépendantes mais soutenant toutes la Nuit Debout (on s’en serait douté). Le mouvement contestataire, initialement constitué en opposition contre la « Loi Travail » et qui fait beaucoup parler de lui depuis quelques mois, investit la Place Guichard chaque soir depuis le 9 avril.

Mais quel rapport avec la science-fiction ? Dans le cadre de ces conférences-débats organisées régulièrement, il s’agit en fait moins d’action politique que de réflexion sur des thèmes variés, mettant cette fois-ci la littérature à l’honneur, et qui nous a poussés à faire un détour par la Bourse du Travail.

Outre la curiosité, il faut bien dire que la présence des plus grandes plumes françaises de la science-fiction constituait un argument de choix. La venue d’Alain Damasio, auteur de La Horde du Contre-Vent et de La Zone du Dehors, notamment, lauréat du Grand Prix de l’imaginaire, à l’instar de Catherine Dufour et Sylvie Lainé, a attiré ce soir-là de nombreux curieux. Avec Norbert Merjagnan, tous les quatre font partie du collectif Zanzibar, un collectif d’auteurs de science-fiction qui « rêve » leurs textes « comme des endroits où se rencontrer, où penser et commencer à désincarcérer le futur ».

La science-fiction, à mon sens, c’est avant tout une littérature et une recherche de l’altérité. Quand on écrit de la science-fiction, on passe son temps à se poser la question de l’autre, de toute les formes d’altérité, qu’elles soient politiques, économiques, mentales… Et dans cette recherche d’altérité, on se retrouve toujours confronté à cette idée de la convergence. Quand on en est à imaginer un univers entier, on doit tout penser, le modèle économique, le modèle social… Pratchett [Terry Pratchett, l’auteur des Annales du Disque-Monde, Ndlr] disait « on doit penser à comment fonctionnent les égouts ». N. Merjagnan


Précédé d’un panorama sur la science-fiction politique, puis d’une discussion autour du droit d’auteur, le débat avec les écrivains a commencé vers 22h et s’est achevé vers 23h30. Une heure et demie de discussion pendant laquelle de nombreux thèmes ont été abordés, tels que le rôle de la science-fiction et celui de ses auteurs, l’activisme et la tendance à l’immobilisme, la question de l’utopie, ou bien encore le rapport entre la fiction et la réalité. Autant de sujets dont nous vous proposons de découvrir des extraits audio :

Fiction et fatalité, « on s’enferme dans nos têtes » (Sylvie Lainé)

La réalité existe-t-elle ? « Tout est fiction » (Norbert Merjagnan)

Des barrages de diffusion ? « Les responsables, c’est nous » (Alain Damasio)

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De gauche à droite : S. Lainé, A. Damasio, C. Dufour et N. Merjagnan

Les quatre auteurs ont aussi profité de leur présence pour aborder le projet « 1000 jours en mars », lancé par le collectif Zanzibar dont ils sont membres. Ce projet d’écriture collective invite à « imaginer collectivement les un-peu-moins de trois années qui arrivent. C’est de la science-fiction, en prise directe avec le réel. Un endroit où formuler des espoirs, des attentes, des craintes. Où se raconter puis raconter aux autres les histoires de ce qui va se passer. » Une manière d’agir par la plume, en somme.

Le collectif et le rôle des écrivains (N. Merjagnan et C. Dufour)

Une Utopie est-elle possible ? (Sylvie Lainé)


Bien sûr, le débat, qui s’est poursuivi par la projection du film District 9 de Neill Bloomkamp, a aussi beaucoup versé dans le politique. Car parmi le mouvement Nuit Debout, l’ennemi public numéro 1 s’appelle moins « nouvelles technologies » que « capitalisme ». Autant savoir où l’on met les pieds. Mais nous avons pu constater que l’orientation idéologique n’empêchait visiblement pas, ni le débat, ni l’échange d’opinion en bonne intelligence, loin de la caricature que l’on pouvait imaginer. En ce qui concerne la littérature, et quoi que l’on pense du mouvement en lui-même, celui-ci aura au moins eu le mérite d’organiser une intéressante réflexion sur les enjeux de la science-fiction, un genre qui ne cesse de gagner, au fil du temps, ses lettres de noblesse.


Crédit photo de couverture : Nicolas DET – http://www.nicolas-det.eu/fr/

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