Quelques mois après la sortie au théâtre et dans les librairies d’Harry Potter et l’Enfant Maudit (dont on vous a parlé ici !), J.K. Rowling récidive avec une nouvelle saga cinématographique, Les Animaux Fantastiques. On savait déjà que la saga écrite par J.K. elle-même compterait 5 films, et qu’elle tournerait autour de Norbert Dragonneau et l’écriture de son livre. Mais Rowling est allée plus loin, et nous propose quelque chose au-delà du livre des animaux… la création d’un univers.

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Attention cet article contient des spoilers du film !

Un synopsis assez simple

New-York, 1926. Alors que le MACUSA (Congrès Magique des États-Unis d’Amérique) impose encore des lois strictes afin de protéger le secret magique, notamment l’interdiction absolue de fréquenter des non-maj’ (« moldus » américains) ou de posséder des animaux fantastiques, Norbert Dragonneau débarque avec sa mallette remplie de créatures recueillies dans le monde entier. Or la ville de New-York doit faire face à une série d’événements tragiques et inexplicables qui donnent aux non-maj’ une idée de second procès de Salem envers des sorciers dont peu croient vraiment qu’ils existent. Qui va être le premier accusé ? Norbert et sa mallette pleine d’animaux fantastiques.

C’est un synopsis simple, presque simpliste et innocent, que nous propose Rowling. Et c’est là qu’elle commence à jouer avec nous. L’histoire dépasse complètement cette atmosphère enfantine, dans un miroir du premier tome de la saga originelle : tout paraît innocent, mais les jalons d’une histoire plus noire sont déjà en train de se mettre en place.

Le risque d’une nouvelle saga : un pari réussi

Le film ne peut qu’être mis en comparaison avec la saga originelle, Harry Potter. C’est un risque énorme, surtout pour les fans avides qui scrutent les moindres détails avec une exigence déconcertante. Le pari est réussi : les références à la saga originelle sont rares et subtiles. Pour exemple, la magnifique musique d’Howard ne fait que trois références à Harry Potter, dont une en introduction. Le choix de vouloir créer une nouvelle saga se fait en donnant une identité propre au film : avec musique, costumes et représentations du monde magique. Même les costumes expriment cette volonté. Cela s’explique par un déplacement temporel et spatial, mais pas seulement : à certains égards, les costumes du New-York de 1926 sont bien plus modernes que ceux du Londres des années 90. Il n’y a que peu de références aux années folles, mais une plongée dans un univers moins médiéval, une vraie immersion dans le monde des moldus.

Des acteurs magiques

Coté casting, le parti pris a été de mélanger des acteurs très connus – Eddie Redmayne, Colin Farell – à des acteurs qui le sont moins, comme Katherine Waterston, Dan Fogler et Alison Sudol. Pour ce film, la prestation d’Eddie Redmayne est d’aussi bonne qualité que d’habitude. Sa capacité à créer un personnage est impressionnante, que ce soit dans sa façon de parler, timide, proche du bégaiement, ou surtout dans sa démarche, animale et légère, bref, celle d’un homme qui côtoie plus les bêtes que les hommes. Katherine Waterston est juste dans le rôle d’ancienne auror un peu dépassée, mais craquante, faisant du rôle féminin principal un personnage loin des standards de beauté hollywoodiens. Le gros bémol du film est la prestation de Colin Farell : pratiquant un jeu qu’on lui connaît déjà, il ne provoque aucune surprise et tombe même dans certaines mimiques surjouées. Mais celui qui mérite toute notre attention et notre admiration reste Ezra Miller. L’acteur révélé par We need to talk about Kevin réalise une performance extraordinaire avec un minimum de répliques. Une performance obscure mais magistrale qui éclipse celle, plus fade, de Colin Farell.

Un écrin d’effets spéciaux réussi, une 3D secondaire

Une des grandes victoires du film est celle des effets spéciaux. Les animaux sont beaux, réels. Les sorts, par leur lumière et par leur son, sont crédibles. C’est surtout la création de l’Obscurus, créature au centre de l’intrigue, qui est impressionnante et qui justifie principalement la 3D. L’Obscurus est une créature non formée, comparable à de la fumée, composée de petits éléments, avec une vraie recherche esthétique. Entre liquide et gaz, tout comme les pensées dans une pensine, c’est une parfaite métaphore de ce que représente le parasite : des pensées obscures, agressives et violentes qui dépassent leur hôte. Entre l’Obscurus et les grands espaces (qui sont paradoxalement contenus de la mallette), la 3D est belle, sans être essentielle. Dans tous les cas, 3D ou non, la reconstruction finale de la ville de New-York, associée à la musique de James Newton Howard, est une réussite esthétique du film.

Le monde de J.K. : un univers cohérent

L’aspect le plus extraordinaire du film est la cohérence de cette nouvelle saga avec la saga originelle. Il n’y a pas de fan-service puisqu’un fan-service n’a aucune utilité véritable dans l’intrigue du film. Or, comme toujours chez Rowling, chaque détail est utile. La scène incompréhensible du début, avec le sorcier blond, ne prend son sens qu’à la fin. L’extraction du venin de Démonzémerveille prend aussi son sens plus tard. Les références à la saga initiale prendront sûrement leur sens dans les films suivants, notamment la présence de Dumbledore qui a été confirmée pour la suite. Et il est essentiel pour la suite qu’il soit mentionné.

Il se trouve que J.K. s’amuse beaucoup avec ses fans. Lorsque les rumeurs sur le duel de Grindelwald–Dumbledore sont apparues, la date a permis d’évacuer la question : le duel est en 1945, le film se situe en 1926. Une surprise du casting permet de multiplier les hypothèses les plus folles. Et surtout tout le monde a martelé qu’il ne s’agissait pas d’un prequel. Bref, Rowling a tout fait pour jouer avec ses propres fans.

Le quatuor des Animaux Fantastiques

Le quatuor des Animaux Fantastiques

Aveux et surprises de Rowling

D’ailleurs, elle continue : dans le tome 6, Le Prince de Sang-mêlé, il y avait l’énigme R.A.B. qui se trouvait être Regulus Black. Très vite l’énigme s’est révélée assez facile et les fans ont rapidement trouvé la clef. Pour autant, cette clef ne permettait pas de voir loin, et c’était un faible indice sur la fin de l’histoire. Rowling opère ici sûrement de la même façon. Il n’est pas compliqué de comparer la définition de l’Obscurus, ce parasite développé par les sorciers qui refusent leurs pouvoirs, avec les propos d’Abelforth Dumbledore sur sa soeur Ariana.

[su_quote]Elle ne voulait plus entendre parler de magie mais elle ne parvenait pas à s’en débarrasser. Alors, la magie, enfermée à l’intérieur, l’a rendue folle, elle explosait hors d’elle quand elle n’arrivait pas à la contrôler, et parfois elle se montrait étrange, dangereuse même. Mais la plupart du temps, elle était douce, craintive, inoffensive. (…) Si le ministère avait su ce qu’était devenue Ariana, elle aurait été bouclée pour de bon à Sainte-Mangouste. Ils l’auraient considérée comme une menace grave pour le Code international du secret magique, instable comme elle l’était, avec toute cette magie qui jaillissait d’elle quand elle ne pouvait plus la retenir.[/su_quote]

Le parallèle entre Ariana et Croyance est indubitable. On peut donc présumer que la suite de la saga se concentrera sur l’histoire entre Dumbledore et Grindelwald, jusqu’à ce combat avec Abelforth, puis jusqu’au duel légendaire de 1945. Et pourtant pas moyen de savoir ce qui va se passer : quel sera le lien avec Norbert ? Le duel sera-t-il la charnière ou le paroxysme final de la saga ? Quelle véritable surprise Rowling nous réserve-t-elle ?

Quand deux miroirs se font face

Mais la cohérence de l’univers passe ici par la transposition aux États-Unis du monde des sorciers. Comme toujours, il y a un effet miroir entre le monde des moldus et celui des sorciers. Le film se passe juste avant la crise de 1929. Le MACUSA conserve des règles strictes envers les non-maj’, alors même que les USA semblent être symbole de modernité. Il en est de même dans le monde non-maj’ avec la prohibition par exemple. Les règles liberticides sont très présentes dans les deux mondes et se répondent en écho.

D’ailleurs, l’effet de miroir n’est pas uniquement entre les deux mondes. Le miroir est aussi placé entre l’Angleterre et l’Amérique. Comme dit plus haut, le style vestimentaire est bien plus moderne, bien moins médiéval aux USA. Cela s’explique : le monde magique américain se confond avec le monde moldu. En Angleterre, le monde sorcier est séparé, et Harry ne fait que quelques brèves incursions dans le monde moldu. Le secret international sur la sorcellerie est érigé en loi absolue donc les sorciers sont parfaitement dissimulés dans la société non-maj’. Les incursions dans le monde sorcier se réduisent donc à l’appartement des sœurs Goldstein et au MACUSA. Les USA deviennent le miroir inversé de l’Angleterre, avec une apparence bien plus moderne, mais une réalité bien plus archaïque.

Rowling, démiurge multi-supports

Tous ces éléments qui forment la cohérence de l’univers développent la capacité d’adaptation de l’auteur à tous les supports. La page romanesque est tournée, et reste fermée. Mais avec le théâtre, puis le cinéma, Rowling ne réussit pas à abandonner son enfant de papier, le monde magique. La complexité psychologique de la nouvelle génération dans L’Enfant maudit est propre au romanesque. De même, l’écriture du scénario des Animaux Fantastiques reprend l’écriture romanesque de J.K. Rowling. Chaque détail prend de l’importance. Des aveux sont faits, mais le suspens reste entier. Le découpage du film correspond même tout à fait à un découpage par chapitre. Le « wizarding world » ne cesse donc de s’étoffer.

Bref, vivement la suite…

Bref J.K. réussit (encore) son nouveau pari. Comme dans le premier tome d’Harry Potter, la saga commence innocemment tout en introduisant toutes les pistes nécessaires pour la suite. Le choix de David Yates est judicieux, tel un parfait exécutant de l’univers de Rowling. J.K. s’amuse beaucoup avec nous dans ce film, mais cette fois-ci, elle fait de nous des complices. Tout le monde attend la suite, le duel notamment, mais comment y arriver ? Cette fois, Rowling nous fait languir non pas sur la destination mais sur le chemin à parcourir.

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