Carte postale : au cœur des « folles journées » du Carnaval de Cologne

par Elsa Viton
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Le carnaval est en Allemagne une grande tradition, considéré comme tout aussi emblématique en Rhénanie-du-Nord-Westphalie que l’Oktoberfest en Bavière. Arlyo est allé se fondre dans la masse du plus gros carnaval du pays : celui de Cologne.

S’il est reconnu comme le plus mythique d’Allemagne du Nord – et du pays lui-même –, c’est parce que le Carnaval de Cologne est célébré depuis près de 2000 ans. Originellement, le lancement de la saison des festivités se fait le 11 novembre à 11 h 11. Pourquoi si tôt alors que Mardi gras n’a lieu qu’en mars, me direz-vous ? Tout simplement car le nombre 11 incarne, dans la conscience collective, le nombre des fous. Et quelle période de l’année pourrait bien être plus folle que celle durant laquelle une ville entière se pare de ses plus beaux atours pour célébrer le carnaval ? Malgré cela, les festivités se tiennent bel et bien au début du mois de mars. À ce moment-là, la ville est assiégée par des touristes venus de toute l’Europe qui se mêlent aux locaux, eux aussi très investis dans leur participation et leurs choix vestimentaires. Il n’y a pas à dire : tout le monde joue le jeu.

Jeudi 28 février. C’est la Weiberfastnacht, soit le carnaval des femmes. Le festival commence chaque année par cette journée traditionnelle. Le concept : il s’agit d’une journée visant à redonner le pouvoir aux femmes, au cours de laquelle ces dernières coupent les cravates de tous les hommes qui croisent leur route. Coutume pour le moins singulière, mais au demeurant toujours très appréciée par les Allemands – et les étrangers, quand ils sont au courant !

Les vendredi 1er, samedi 2 et dimanche 3 mars, aucun événement particulier n’est fêté. Les participants déambulent simplement dans les rues de Cologne, déguisés tous plus follement les uns que les autres, tout en scandant des chants colonais typiques du carnaval. Des rues entières sont barrées et ouvertes du matin au soir pour que les visiteurs puissent y célébrer le festival en toute tranquillité.

Lundi 4 mars. Fériée chez les Allemands rhénans, cette journée s’appelle le Rosenmontag. Il s’agit de l’une des plus iconiques du Carnaval de Cologne : celle des défilés, ou Umzug en allemand. Dès 10 h du matin et jusqu’au milieu de l’après-midi, des chars et des cortèges en tous genres font le tour de la ville, formant une ligne droite de plus de six kilomètres. Traditionnellement, certains chars tournent en dérision l’actualité politique, en caricaturant des leaders bien connus, à commencer par la chancelière allemande elle-même. Des estrades sont installées tout le long du parcours, animées au rythme des chants traditionnels, permettant aux chanceux participants assis de profiter du spectacle avec un peu plus de hauteur.

Certains, n’ayant malheureusement pas pu y réserver leur place, redoublent de créativité pour apercevoir le passage du cortège, et vont jusqu’à privatiser les étages des bars et restaurants afin d’avoir une meilleure vue. Rien de bien étonnant jusqu’ici me direz-vous. Mais le défilé n’est pas si ordinaire. En effet, lorsque vous vous trouvez dans la foule, il vous suffit de crier « Kamelle » pour que bonbons et chocolats vous tombent dans les mains. De même, scandez « Strüßjer » et ce sont des fleurs qui atterriront sur vous. Tout le long du cortège, les personnes se trouvant sur les chars couvrent les spectateurs de friandises et de roses (d’où le nom Rosenmontag, littéralement traduisible par « lundi des roses »).

Mardi 5 mars. Alors que les festivités touchent presque à leur fin, c’est le Veilchendienstag qui vient clore le festival. Ce sixième jour de carnaval est l’un des plus calmes, après toutes les turpitudes auxquelles la ville a été en proie pendant les jours précédents. La journée, on peut observer quelques rares costumés, survivants souhaitant probablement que la fête continue. C’est le moment idéal pour se balader sur les bords du Rhin. Les food trucks du carnaval y sont toujours présents : on peut donc y déguster une Currywurst accompagnée d’une Kölsch, bière locale – voire unique car adorée par les habitants de la ville –, tout en arpentant les quais ensoleillés.

Mais le soir, le festival reprend vie alors même qu’il finit. Beaucoup de restaurants, de bars et d’établissements en tous genres ont durant cette journée installé sur leurs toits ce que les Allemands appellent un Nubbel : il s’agit d’une poupée faite de paille placée dans une cage. À minuit pile, tous les Nubbel dispersés dans la ville sont enflammés. L’idée : expier tous les péchés que l’on a commis durant le carnaval par l’immolation symbolique de cet épouvantail.

Et alors que la paille brûle et que le feu s’étouffe, le carnaval s’éteint, Cologne et ses « folles journées » avec. Il faudra attendre encore un an avant que les festivités reprennent, toujours plus endiablées. Kölle Alaaf !

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