Chambre 212 de Christophe Honoré : une chambre avec vue sur l’amour

par Cléo Dangoin
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Mariée depuis 20 ans avec Richard, Maria décide un soir de quitter le domicile conjugal. Faut-il partir ? Peut-elle rester ? Est-elle amoureuse de lui, ou de leur histoire ? Elle retrouve ses souvenirs dans la chambre d’hôtel où elle se réfugie, et écoute ce que les protagonistes de sa vie ont à lui dire.

©JeanLouisFernandez

Par la fenêtre

Sur le papier et sur l’écran, on est dans un film classique de Christophe Honoré. Le langage est léché, les comédiens graves et urbains, le propos celui de l’amour, de l’intimité. Même sans détester l’univers du réalisateur, j’ai parfois du mal à comprendre le langage ampoulé, un peu daté, des personnages, les discussions sans fin de jeunes gens archisensuels qui se posent des questions. Bref, je n’ai pas une excellente image de ce cinéma. Mais ici, le postulat de base se révèle déjà tellement théâtral que la critique du non-réalisme est tuée dans l’œuf. La femme que l’on va suivre quitte la scène qu’elle occupe d’habitude, son appartement. En traversant la rue.

©JeanLouisFernandez

Fantaisie de chambre d’hôtel

Là, un nouveau décor s’offre à elle. Dans sa chambre d’hôtel, elle se retrouve face à son mari aussi jeune qu’à leur rencontre. Elle explore son désir pour lui dans de belles scènes de huis clos. Elle tombe sur la prof de piano de Richard, sur sa mère, sur ses amants. Chacun entre en scène quand vient son tour, dans des échanges parfois drôles, parfois tristes. Les deux époux jouent le jeu que l’on rêve souvent de jouer : revisiter dans un lieu mystérieux les histoires de son passé.

Décors théâtraux et vrai chassé-croisé

Dans les échanges, de temps en temps, on éprouve un trop-plein de littérature. Ça paraît bête d’écrire ça, et pourtant, on a, à certains moments, du mal à sentir le concret, tant les personnages s’expriment avec précaution. Trop beau, pas assez fou, en somme. Mais les très séduisants plans de fenêtre à fenêtre et les prises de vues par-dessus qui jouent avec la chambre d’hôtel comme avec des décors de théâtre nous embarquent complètement. À la fin, les réserves cèdent face à l’immense poésie du film. Chambre 212 constitue une histoire qui décale la vie à deux, et qui fait écho dans nos têtes. C’est fou ce que c’est beau d’être ensemble. C’est fou ce que c’est triste, l’amour qui dure.

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