Partie 2 : des hommes, des femmes et des monstres… 

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La fille qui en savait trop (1963)

Un film de Mario Bava.

À Rome, une touriste américaine assiste à un meurtre à l’endroit précis où avait frappé dix ans plus tôt le Tueur de l’Alphabet. Délaissant ses romans policiers, elle se prend au jeu de l’enquête.

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Un giallo servi par il maestro Mario Bava est toujours l’occasion pour le spectateur de passer un bon moment en charmante compagnie, et de se faire manipuler en même temps que le personnage du film.

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Flirtant entre réalité et fantasme, le film va jusqu’à faire douter de la santé mentale de son héroïne ayant trop lu de romans policiers, tant la mise en place narrative est bien amenée.

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Préfigurant le genre du slasher à travers certaines séquences, le jeu de piste s’avère beaucoup plus ambigu et romancé que l’on aurait pu l’espérer. Le flirt entre la ravissante et naïve Leticia Roman et John Saxon, éternel second rôle (Code Quantum, Les Griffes de La Nuit…), n’est pas là que pour poser une romance mais bien pour souligner encore cette impression étrange qui se dégage du film où certaines séquences sont comme des vignettes oniriques, flirtant notamment avec le fantastique (la scène de la plage, les différents meurtres…). Le film est également un whodunit aussi surprenant qu’inattendu, avec un twist en fin ouverte à toute explication sur ce qui a été vu et dont la mise en scène nous offrait les indices.       

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Le complexe de Frankenstein (2015)

Documentaire réalisé par Gilles Penso et Alexandre Poncet.

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Documentaire explorant  plus d’un siècle d’expérimentations dans le domaine des effets spéciaux, mettant ainsi en lumière, aux côtés des monstres les plus célèbres, la personnalité de leurs créateurs, véritables héritiers du Docteur Frankenstein.

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Second essai marqué après le génial et émouvant Ray Harryhausen, le titan des effets spéciaux, le duo de réalisateurs nous fait revivre l’âge d’or des effets de maquillage à travers les années au moyen d’interviews et anecdotes passionnantes. Si certains comme Joe Dante, John Landis et Guillermo del Toro étaient déjà présents pour le premier documentaire, nombre d’intervenants mythiques pour les cinéphiles fans d’effets spéciaux comme Steve Johnson, Rick Baker, les frères Chiodo, Denis Muren ou Phil Tippett défilent et s’expriment afin de raconter et revivre leurs souvenirs à travers les images d’archives de nombreux long-métrages.

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Du pionnier Dick Smith ou Lon Chaney Sr, à la légende Rob Bottin, pour revenir ensuite sur la révolution numérique à travers des intervenants qui ont dû s’adapter ou se retirer au fil des années, le documentaire est une vraie leçon de cinéma sur les plus impressionnants bestiaires du cinéma horrifique et fantastique ; des plus célèbres, comme le loup-garou, Alien, Predator, La chose, aux plus méconnus comme les Critters ou les Clowns de l’Espace. Plus important encore, le documentaire reste concentré sur les créatures et leurs créateurs afin d’exprimer à travers les images et les mots ce qu’on appelle « le complexe de Frankenstein ».

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Certaines anecdotes reflètent aussi bien la révolution et les changements, bons et mauvais, qui ont vu le jour et comment s’est façonnée, film après film, l’évolution d’Hollywood au travers du genre du fantastique. Le plus difficile à devoir accepter reste, avec cette petite boule au ventre qui se crée en nous, quand on entend des géants du passé comme Rick Baker ou Phil Tippett se voir dépasser par la technologie et surtout, les décisions des studios préférant miser sur les économies et la facilité, tuant ainsi toute créativité.

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Derrière ces évolutions et ces champs du cygne, le documentaire nous fait alors nous poser une question : et si la créature de Frankenstein n’était autre que le cinéma actuel lui-même ?

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Soirée Animokatak.

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Razorback (1984)

Un film de Russel Mulcahy.

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Une journaliste de New-York débarque dans l’outback australien en vue de réaliser un reportage dénonçant la chasse aux kangourous, mais la situation dégénère. Son mari part enquêter et rencontre sur place un vieux traqueur dont le petit-fils a été sauvagement attaqué par un sanglier géant.

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Razorback est la réponse directe du réalisateur Russell Mulcahy aux Dents de la Mer (Steven Spielberg), transposée dans un décor où l’animal n’est pas le seul danger du film. Il offre également un parallèle avec ce Texas illustré dans Massacre à la tronçonneuse.

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Sans concession dès l’intro du film, on suit le parcours de Beth pour son reportage sur le massacre de kangourous virer au survival redneck que ce cher George Miller n’aurait pas renié (et dont la parenté est assurée par le même directeur de la photographie Dean Semler) avant de virer au film de monstre et sa peinture sauvage et dérangeante du bush australien.

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La réalisation de Mulcahy fascine et dérange pour créer une sorte de malaise filmique permanent, rappelant fortement les expérimentations de Sam Raimi en termes de montage, ce qui a toujours été une sorte de signature des réalisateurs australiens œuvrant dans le genre et filmant les territoires sauvages de leur pays natal. Le film assume son héritage de survival pur et dur, laissant à son spectateur aussi épuisé que déstabilisé une illustration de la lutte entre l’animal et l’homme, filmée de la manière le plus primale possible.

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Phase IV (1974)

Un film de Saul Bass.

À la suite de phénomènes cosmiques, des colonies de fourmis développent des comportements agressifs, tant contre leurs prédateurs naturels que contre des installations humaines. Deux scientifiques mettent sur pied une mission d’étude dans le but d’enrayer le phénomène.

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La première chose à laquelle on pense en voyant ce film est qu’il est, picturalement, un 2001, l’Odyssée de l’Espace avec des fourmis.  

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Loin des standards hollywoodiens de l’époque en matière de films d’invasion de créatures tels que le cultissime Them/Des Monstres attaquent la ville, Saul Bass crée un film à la limite du documentaire mais où chacune des images entomologiques ou macroscopiques sont absolument sublimes.

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Dans un contexte tout à fait moderne, le film raconte la bataille entre deux scientifiques et une colonie de fourmis, pour le commun des mortels. Dit ainsi, cela parait ridicule. Pourtant, entre le nombre de fourmis et surtout l’intelligence qu’elles montrent durant tout le film (les constructions, l’énigme, les stratégies quasi-militaires), vous réfléchirez désormais à deux fois avant de toucher à l’une d’elle ! Si le film est une galerie d’images absolument superbes (cette obsession de Bass pour les motifs géométriques et principalement les lignes droites y est très sensible), Phase IV n’a rien du creature movie standard et cela explique sans doute le flop critique et public du film. Il montre une image de l’homme en infériorité numérique, mais surtout intellectuelle, face à l’insecte ; jusqu’à un final très biblique, visuellement dérangeant voire hypnotisant.   

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Créatures Célestes (1994)

Un film de Peter Jackson.

Tiré d’un fait divers de 1954, la rencontre de deux adolescentes, Juliet la nantie et Pauline la fille du peuple, qui va mener à une amitié bien trop puissante et destructrice au goût de leurs familles.

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Tous ceux qui ne connaissent ou n’ont découvert Peter Jackson que lors de sa période blockbuster seront surpris de le voir sur une oeuvre aussi différente.

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Avant de révolutionner le cinéma de divertissement dans les années 1990/2000 (le sous-estimé mais déjà fabuleux The Frighteners/Fantômes contre fantômes, puis la trilogie du Seigneur Des Anneaux), Créatures Célestes a été le virage de sa carrière et son passeport pour Hollywood.

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C’est en effet une date dans sa filmographie, puisqu’il lui a enfin été permis de montrer aussi bien à la presse qu’au grand public qu’il était capable d’être plus que le sale gosse amateur de gore de ses débuts, pour livrer un drame poignant, émouvant, cruel et réaliste, traversé de fulgurances fantastiques superbes (notamment le monde imaginaire de Juliet et Pauline ainsi que ses habitants, dont le roi aux traits d’un Orson Welles fantasmé). Tiré d’une histoire vraie, et malgré une approche lumineuse et complètement assumée dans son lyrisme par son auteur, Créatures Célestes reste une oeuvre à la fois magnifique et cruelle, révélant au passage la talentueuse Kate Winslet aux yeux du monde.   

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