Pour la 11e édition, le Musée des Beaux-Arts de Lyon offrait, le weekend dernier, des créations musicales et dansées mises en place par Frédérique Jury-Colanéri, chargée de cet évènement. Les artistes étaient libres de leurs conceptions du moment qu’ils trouvaient un lien avec l’œuvre. Au total, 17 créations ont été proposées en danse et en musique, vues par plus de mille visiteurs. Des chorégraphes et des étudiants en danse s’étaient donc inspirés d’une œuvre d’art pour en faire une chorégraphie, c’est une autre manière d’en apprécier les attraits.

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Le Centre Chorégraphique National de Rillieux-la-Pape (CCNR) était présent par le biais du collectif ÈS. Il avait imaginé une chorégraphie pour douze danseurs amateurs. Expérience était le titre de leur composition dansée, elle était inspirée de la Résurrection du Christ de Charles Le brun. L’objectif était de danser devant un chef-d’œuvre exprimant le pouvoir d’un individu, tout en étant un groupe de danseurs. C’était être un ensemble pour dialoguer avec la peinture, tout en tenant compte de la politique et de la propagande qu’elle évoque. Louis XIV, incarnant le pouvoir et connu pour la danse, mettait en opposition l’ensemble dansé et le pouvoir unique.

 

 

 

 

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Le jeune ballet du Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Lyon (CNSMD) proposait un quatuor de danseurs, chorégraphes et interprètes, autour de la Lecture d’Henri Fantin-Latour. Par le biais de la danse contemporaine, ils en donnaient une autre lecture, passant d’une vie quotidienne paisible à un bruissement, pour mettre en avant les pensées des femmes qui envahissent l’espace.

 

 

 

Nous voilà partis au Musée des Beaux-Arts, où la grandeur du lieu, riche d’histoire, est un apaisement en lui-même.

duoNous décidons de nous diriger tout d’abord vers le tableau la Lecture. Le quatuor se met en place, assis sur deux bancs devant la toile, et reste immobile dans le silence. L’un a la même position que le personnage de l’œuvre. Cette attitude silencieuse montre la pensée profonde qu’évoque la peinture et interpelle les spectateurs un peu désappointés par la longueur de cette immobilité. Les danseurs nous emmènent dans un autre univers par des gestes lents, probablement à la recherche d’une réponse. D’un seul coup, un mouvement brusque les ramène à leur position de départ, faisant survenir les aléas de la pensée. Puis chacun leur tour, ils récitent un texte extrait d’une description d’une jeune fille faisant référence à la femme au 1er plan. Les pensées de la femme blonde sont un peu floues. Colère, séduction, sensualité, provocation se mélangent, et sont traduites par les mouvements et les expressions des danseurs. Pour cette occasion, des duos contemporains font leur apparition dont la technique est correcte. Ils finissent comme ils ont commencé, dans le silence, debouts et immobiles. Ils sont habillés en noir, illustrant les costumes des personnages. Durant toute la prestation, il n’y a pas de musique, ce qui met en évidence la réflexion.

Petite discussion après avec la danseuse Marie Tassin, qui nous explique qu’ils ont choisi ce tableau car il est riche. Il y a une référence à l’espace temporel et une ambiguïté de son titre, car on ne sait pas si la femme fait vraiment la lecture.

 

Nous repartons à travers les galeries du musée à la recherche du deuxième rendez-vous dansé. À notre arrivée, le collectif ÈS fait une introduction sur le tableau et après 20 heures de répétition les danseurs se lancent. Image2Dans une bonne dynamique, ils apparaissent par duo, un par un en faisant des allers-retours sur les côtés de la salle et en se poussant l’un après l’autre. Une connivence se met en place pour porter un danseur en hauteur. D’ailleurs, l’artiste au sommet amène la sensation d’être unique, tout en dépendant entièrement du groupe. Une référence au Christ se distingue lors d’un porté avec les bras en croix. Ensuite, ils viennent un par un s’asseoir en regardant la peinture, sensation à ce moment du pouvoir de soi. L’entraide est signifiée par un danseur qui entraîne cinq autres personnes à former un cercle pour improviser un rock. Le jeu du début recommence, mais cette fois-ci en trio. Puis la troupe entière se rassemble et nous montre la décadence d’un groupe par manque de leader. Ensuite, tous s’organisent pour réaliser des figures représentatives du tableau. Il y a quelques couacs, cependant cela ne dérange pas l’ensemble de la prestation, car une touche comique y est présente tout le long. Il y a une bonne énergie communicative des amateurs, avec des visages rayonnants.

Le collectif ÈS nous a expliqué qu’ils ont voulu mettre en avant la hiérarchisation du tableau par le groupe, grâce au poids éphémère de la danse. Ils se savaient un groupe de douze danseurs pour réaliser cette performance et ils ont trouvé la peinture qui correspondait.

 

Ces deux créations ont été récompensées par les applaudissements du public.  Nous espérons que comme nous, vous trouvez le principe d’associer des œuvres à la danse très intéressant.

 

 

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