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Succès surprise lors du festival de Cannes, le blockbuster coréen Dernier Train pour Busan a fait sensation au-delà des attentes malgré le fait que, tout comme The Strangers/The Wailing/Gok Seong, il faisait honteusement partie des films hors compétition.

En effet, le cinéma coréen, tout comme le cinéma asiatique ou international en général, est victime du déni chauviniste de la critique française, preuve surtout du manque d’ouverture et d’intelligence de la part des distributeurs et du public.

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Durant les années 2000, le cinéma coréen a fait preuve d’une époustouflante vitalité, via une nouvelle génération de cinéastes plus engagés mais surtout faisant preuve d’un talent de la compréhension du médium cinématographique et ce, à tous les niveaux.

Après la claque cosmique de The Strangers de Na Hong Jin, le film de Sang Ho Yeon, réalisateur venu du milieu de l’animation, est là pour exploser les compteurs et donner une vraie leçon de maîtrise cinématographique à toute une génération de cinéastes mais aussi de spectateurs.

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L’histoire

Dernier Train pour Busan raconte l’histoire de Seok Woo, trader débordé par son travail qui néglige son rôle de père et sa fille par la même occasion.

Le jour de son anniversaire, sa fille, Soo Ann, lui demande de la ramener dès que possible chez sa mère ; il accepte et décide de la ramener dès le début de matinée via le train KTX en direction de Busan.

Sauf qu’en parallèle de cette histoire, une série d’incidents se produisent, conduisant à la contamination de la population, dont l’une des victimes infectées arrive à monter dans le train.

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Marqué par des références aussi maousses que les films de George Romero, le clip Thriller ou les sagas de jeux Resident Evil ainsi que récemment la série Walking Dead, le genre du film de zombies, ou dans ce cas-là d’infectés (qui est un sous-genre du film de zombies), doit se mesurer avec plus de 50 ans de médias différents ayant à peu près tout essayé.

On pourrait croire que le film s’attaque à un sacré morceau au vu de son sujet, mais soyons honnêtes : au vu du talent des auteurs coréens depuis le début de cette décennie, on était certains que le niveau serait à des années lumières du World War Z de Marc Foster…

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… à commencer par la structure dramatique et scénaristique de Busan qui réussit une fois encore, après le génial The Host de Bong-Joon Ho, à jongler avec les genres et les tons sans avoir à en faire pâtir le rythme du film, bien au contraire.

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Les passagers du train, en plus de Seok Woo et de sa fille Soo Ann, sont pour ainsi dire des stéréotypes du genre : les étudiants en sport avec la meilleure amie/girl interest, le couple avec la femme enceinte et le futur père un peu loser sur les bords, les deux grands-mères, le personnel du train, le patron d’entreprise lâche prêt à tout pour sauver sa peau…

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Un film qui joue avec les codes de son propre genre

Tout comme Na Hong Jin ou James Wan, le réalisateur sait que le public connaît les codes du genre et ce qui doit arriver à chacun des persos avec minimum 2 bobines d’avance. Mais il joue avec, comme c’était le cas dans le cinéma américain dans les années 70-80, avec les grands films de catastrophes tels que L’Aventure du Poséidon ou La Tour Infernale ou encore la veine horrifique des films de George Romero et du sous-genre de film de contamination.

Il le fait notamment avec une empathie permanente envers la galerie de ses personnages, afin de décupler l’émotion et de rendre leur issue tantôt tragique voire carrément bouleversante pour certains.

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Le genre du film d’infectés a eu comme premier représentant dans les années 60 L’Avion de l’Apocalypse, d’Umberto Lenzi, où le réalisateur créait ainsi le genre pour se différencier des films de zombies « standards », popularisés par Lucio Fulci et imposés en référence par Romero qui s’y frottera à son tour avec The crazies/La Nuit des fous vivants.

La différence avec les films de zombies vient du fait que les victimes contaminées retournent à un stade primal et transmettent la contamination via une morsure. L’exemple le plus récent du film d’infectés, autre que le méconnu film des frères Pastor Carriers/Infectés en VF, est surtout le dyptique 28 jours/28 semaines plus tard ou le récent World War Z.

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S’il est important de rappeler ses références, c’est qu’à l’exception de L’Avion (et aussi de World War Z, mais pour d’autres raisons, aka Damon Lindelof, l’homme qui saccage chaque scénario qu’il touche), l’empathie qui noue lie aux personnages et nous fait désirer leur survie est un facteur clé qui permet aux spectateurs de s’identifier, et cet aspect sera repoussé ici jusque dans les ultimes retranchements émotionnels… du spectateur, y compris dans l’aspect survie, stress et tension, propre au genre de manière presque sensitive.

On pourrait croire au vu du sujet que le film serait limité du point de vue de la gestion de l’espace (passé la séquence d’exposition, évidemment), mais là encore, ce piège est complètement déjoué.

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Le film joue constamment sur les sublimes plans d’ensemble pour illustrer la peinture de la destruction (les gares, les survols de la ville ou le superbe plan du largage des zombies par hélicoptère), sur la progression de la contamination et les victimes/dégâts occasionnés pour entrecouper les séquences d’intérieur dans le TGV, mais sans pour autant faire baisser ou essouffler le rythme du film passé le premier acte.

Course-poursuite permanente où vos nerfs ne seront épargnés que par deux-trois saillies d’humour (le futur père et sa femme), afin de ne laisser aucun répit à son spectateur pour qu’il ne reprenne surtout pas son souffle.

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Sang Ho Yeon, un réalisateur astucieux

Utilisant son expérience du cinéma d’animation afin de transposer son expérience sur un film live, Sang Ho Yeon offre une mise en scène hallucinante de maîtrise à tous les niveaux, de la peinture de ses personnages aux premiers signes de la contamination via une biche zombie, en passant par des scènes d’action époustouflantes de radicalité, d’inventivité et surtout de spectacle.

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Bien qu’inspiré à la fois par L’Armée des morts de Zack Snyder (qui est un remake du Zombie de George Romero) et par World War Z (lui-même inspiré du dyptique 28), Yeon digère complètements ses influences au service de son histoire en superposant l’iconicité des modèles, mais en servant surtout constamment au film et à ses personnages son récit, ceci jusque dans la logique de construction de ses scènes d’action.

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Des premières personnes infectées aux charges bloquées à chaque porte de ces dernières, de la scène hyper stressante des militaires lors la traversée des wagons dans le noir à la scène de cache-cache dans les toilettes en mode infiltration, d’un 3ème acte à un climax tétanisant et bouleversant, jusque même dans son plan final que seul le cinéma coréen (ou The Mist de Frank Darabont) peut oser, le film laisse le spectateur essoré d’avoir vu bien plus qu’un simple blockbuster, puisqu’il réussit à faire réfléchir au background et surtout à la portée politique du film, qui se peint en toile de fond.

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Dernier train pour Busan est plus qu’un simple blockbuster, il réussit à gagner sur tous les tableaux pour transcender le genre qu’il illustre ; il est la preuve évidente de la puissance du cinéma coréen en tant que renouveau pour tous ceux voulant être à la fois divertis et portés à réfléchir, car contrairement à ce que l’on pourrait croire, oui, il est possible de conjuguer les deux.

Plus que le gagnant de l’été aux côtés de The Strangers (avec Baahubali et The Mermaid pour ma part), Dernier train pour Busan est l’un des meilleurs voire le meilleur film de l’année pour le moment.

Le film creuse l’écart qualitatif de la vision d’un divertissement selon deux pays, mais il propose aussi aux spectateurs, n’en déplaise à certains critiques de ces dernières années, une réhabilitation du cinéma asiatique et pour ça je dis un grand MERCI à monsieur Sang Ho Yeon.   

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