Son nom est Bond, Edward Bond… Il écrit la pièce Les Gens en 2005, mise en scène par Alain Françon et jouée du 26 février au 8 mars dernier au Théâtre National Populaire.

Dans Les Gens, l’écrivain britannique Edward Bond s’interroge comme à son habitude sur le devenir de notre société à la fin de notre XXIe siècle. Cet homme du XXe siècle, fortement marqué par les guerres et massacres de ces dernières années, explore dans cette pièce un futur noir et apocalyptique. À quoi pourrait ressembler notre avenir proche, dicté par la destruction des combats et des conflits des hommes ?

Les chemins de quatre individus se croisent dans un paysage à l’abandon, apocalyptique, un lieu indéfini et inhospitalier. Ainsi, l’un d’entre eux, Postern, agonise ventre troué dans un creux qui ressemble à une tombe ouverte. Un autre, Margerson, incapable de mettre un terme à l’enfermement mental dont il est victime, poursuit une idée fixe. Puis, Quelqu’un, un troisième aussi appelé Ken, plus ou moins amnésique, est en quête de son nom. Enfin, une femme, Lambeth, traîne son baluchon rempli d’habits pris aux cadavres, seul moyen de survie pour cette dernière ; elle convoite les bottes et le manteau du presque mort Postern.

Ces gens, peut-être des survivants d’une guerre, qui ne savent plus ce qu’ils doivent faire, s’efforcent tant bien que mal de se soustraire à leur manière à un traumatisme passé. Ainsi, les personnages de la pièce sont à la dérive, un peu semblables à d’autres, ceux du dramaturge Samuel Beckett, qui nous présente un héros mi-homme mi-zombie qui n’arrive pas à mourir. Ou à finir comme dirait Clov dans Fin de partie : « Fini, c’est fini, c’est fini, ça va finir, ça va peut-être finir. »

Tâchant de se raccrocher à quelque chose, les personnages procèdent entre eux à des tentatives d’échanges et essayent de tisser des liens. Tout d’abord, par la parole. Les quatre protagonistes se disputent, se crient dessus. Mais également par le biais du fameux manteau volé à Postern, passant de main en main, et du revolver qui circulera entre les individus sans que quiconque ne soit tué.

L’atmosphère noire de l’auteur, parfois violente et douloureuse, saisie par la mise en scène d’Alain Françon, est malheureusement quelquefois à la limite du supportable. Le personnage de Postern mangeant de la boue ou encore celui de Margerson, exalté par son histoire, avec un phrasé difficile voire inaudible pour les spectateurs, nous apparaît trop rude, même insoutenable par moments. Aussi, notre seule bouffée d’air frais au sein de ce quatuor miséreux reste la comédienne Dominique Valadié, qui interprète le rôle de Lambeth avec beaucoup d’humour et de poésie.

À l’image de la pièce, notre monde d’aujourd’hui est fondamentalement paradoxal. Nous sommes tous remplis d’une poésie, d’une grandeur, cependant parfois, les hommes s’enlisent dans la trivialité, la cruauté. Dès lors, que subsiste-t-il de nous ? Peut-être sommes-nous des êtres pleins d’humanité quoi qu’il arrive…

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