Inspiré d’une histoire vraie. Seuls les noms des personnages, des lieux, les dates et les situations ont été changées.

ugconfluence

SCÈNE 2. LYON. CENTRE COMMERCIAL CONFLUENCE. EXTERIEUR. NUIT.

CARTON : LUNDI 19 DÉCEMBRE 2016
À la sortie de l’UGC Ciné Cité Confluence, Simon Dunkle, qui s’y rendait, croise Jean-Philippe Ster, qui en sortait.

SIMON DUNKLE (moqueur)

Je viens de te prendre en flagrant délit ! Jean-Philippe Ster ! Toi, le plus gros hipster que je connaisse, tu sors d’un multiplexe !

JEAN-PHILIPPE STER (confus)

Je… je… En fait… Il faut bien parfois se mélanger à la populace pour comprendre leur attrait pour ces salles bruyantes Dolby machin chose ! Quand bien même cela signifie donner de l’argent à une société capitaliste qui nous opprime et fait certainement travailler des enfants au Nicaragua pour créer les sièges de leurs salles.

SD

Comme d’habitude, ce que tu dis n’a aucun sens. Quel film es-tu allé voir ?

JPS

Premier Contact, de Denis Villeneuve. Car ce cinéaste est un véritable auteur, il est Québécois et a infiltré le système capitaliste des studios américains pour mieux le pervertir de l’intérieur. Un peu à la manière d’un Xavier Dolan, quoi. Du coup, il fait des films bien plus intelligents que ce que propose le tout Hollywood, tu vois ?

premier_contact

Affiche

 

SD

Non. Mais si ça a du sens pour toi… En tous cas, cela nous permet également d’aborder un thème important, à savoir que le cinéma et toute forme d’art n’existent que par rapport à ce qui les précède. Nous avons un peu parlé de remakes la dernière fois, mais n’avons pas évoqué le « cinéma sous influence » que peut pratiquer, par exemple, un Denis Villeneuve. Ainsi, sans parler de sa qualité, un film comme Premier Contact peut être apprécié différemment selon que l’on ait vu tous les films dont il se sert pour construire sa logique scénaristique et visuelle. En l’occurrence, 2001, l’Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick (composition du cadre et musique), Rencontres Du Troisième Type de Steven Spielberg (scénario), Contact de Robert Zemeckis (scénario), Gravity de Alfonso Cuaron (mise en scène, technologie visuelle, et scénario), Le Jour où La Terre s’arrêta de Robert Wise (thème abordé) et Abyss de James Cameron (scénario).

JPS

Aaah… James Cameron : Pocahontas fait l’amour avec des schtroumpfs.

SD

Ça va devenir un running gag, j’imagine… Mais bon, c’est ça, discuter avec quelqu’un comme toi, j’imagine.

JPS (vexé)

Je suis unique, je te signale ! Bref, tu oubliais également Terence Malick pour certaines parties de mise en scène.

SD

C’est vrai. Donc, tu comprends bien que l’appréciation même d’un film est reliée à toute la culture que tu as emmagasinée avant celui-ci. Et également à la culture de son réalisateur et de son scénariste. Bien sûr, pour un spectateur ordinaire, cela n’a pas forcément d’importance. Le spectateur va voir un film et l’apprécie ou non. Mais pour un critique de cinéma, c’est plus embêtant, par exemple.

JPS

Voilà donc la raison de l’existence de la rubrique « Peut-on critiquer les critiques ? » sur le site !

SD

C’est cela, car il est du devoir de tout journaliste de connaître le sujet dont il parle. Et, s’il ne le connaît pas, il se doit alors de se renseigner dessus avant d’écrire. Particulièrement quand ils sont payés pour !

JPS

Je comprends mieux. C’est un peu comme la polémique qu’il y avait eu autour d’Hunger Games, les romans de Suzanne Collins, qui ressemblaient énormément au roman Battle Royale de Koshun Takami.

battle_royale_8110

SD

Exactement, ce qui nous rappelle le cas du remake de Psychose, dont l’appréciation dépend totalement de la vision ou non du film original. Ce qui en devient d’autant plus compliqué que le cinéma, et tout art, ne s’inspire pas forcément uniquement de l’art dont il fait partie.

(Simon Dunkle utilise alors ses supers pouvoirs pour faire apparaître une série d’images que voici :)

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spidermannomore

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Conan Le Barbare (1982) , John Milius

Les Chroniques De Riddick (2004), David Twohy

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Metropolis (1927), Fritz Lang

Mad Max Fury Road, Black And Chrome Edition (2015-2016), George Miller

JPS

Du coup, quand peut-on parler d’inspiration et quand peut-on parler de plagiat ?

SD

La question est très compliquée. Aussi, on va tenter d’y répondre uniquement en parlant de réalisation et non de scénario. On répondra à cette même question, concernant le scénario cette fois, dans de futures discussions. Revenons sur Mad Max Fury Road, comme ça nous pourrons boucler cette discussion avec la précédente. J’ai été voir le dernier Star Trek au cinéma, et qu’elle ne fut pas ma surprise d’y découvrir cette image là :

star-trek

Cette image-là que nous retrouvons également dans le trailer du dernier King Kong qui va sortir en 2017 :

king-kong

Cette image, donc, qui vient clairement de Mad Max Fury Road, soit exactement de celle-ci :

mad-max

Ici, nous sommes dans la citation. Cette image est reproduite pour sa puissance évocatrice uniquement. Les cinéastes se rendant compte qu’ils ne peuvent faire mieux vont se servir de l’image créée par George Miller pour amener la même émotion.

Un clin d’œil, c’est par exemple, les apparitions de Stan Lee dans les films Marvel, par exemple :

Un easter egg, c’est un objet mis à destination des fans uniquement. On ne va pas encore citer Marvel, du coup ; je pense que le plus emblématique, ce sont les apparitions d’Hitchcock dans ses propres films. On joue alors avec le public qui va chercher l’apparition du cinéaste, au détriment de toute la dramaturgie du film :

Le plagiat, en terme de réalisation, est très rare. Car il est similaire à de la citation. Mais le cas du Psycho de Gus Van Sant en serait un s’il n’avait pas eu les droits du film original. Idem, pour Darren Aronofsky qui est, à ma connaissance, pour ne pas être accusé de plagiat envers Satoshi Kon, le seul cinéaste connu à avoir non pas acheté des films mais des séquences de films, afin de s’octroyer les droits de les reproduire tels quels, la preuve :

Enfin, il y a la citation indirecte, à savoir que l’on ne reproduit pas tout à fait le même plan, mais par sa structure scénaristique et l’émotion qu’il procure, on sait qu’il s’agit d’un hommage, comme par exemple ici, avec Terminator 2 de James Cameron… Fais pas ta vanne où je t’explose la tronche… et Akira de Katsuhiro Otomo :

[su_youtube url= »https://www.youtube.com/watch?v=pX9hL93HPMI » width= »800″ responsive= »no »] ici![/su_youtube]

[su_youtube url= »https://www.youtube.com/watch?v=05i9YMvn46M » width= »800″ responsive= »no »] ici![/su_youtube]

Plus problématique, il y a ceci :

Vaiana (2016) de John Musker et Ron Clements

Abyss (1989), James Cameron

et ceci :

Le Xenomorphe, créé par le peintre suisse H.R Giger et utilisé dans la saga cinématographique « Alien » depuis 1979

Un extra-terrestre du film « Independance Day » créé par Patrick Tatopoulos en 1996

À savoir que nous ne sommes pas réellement dans la réalisation même d’un film mais dans le design important de l’intrigue. Pour Vaiana, je pense que la citation du film Abyss de James Cameron est voulue. Reste que, et c’est un point de vue personnel, elle me dérange, car je trouve que c’est une solution de facilité que de reprendre le travail d’un autre plutôt que de réfléchir à un autre type de représentation.

Pour Independance Day, pour moi, c’est clairement du plagiat. Je trouve ça ridicule qu’en plus le Xenomorphe de H.R Giger n’ait jamais été cité, à ma connaissance, dans les influences de Patrick Tatopoulos pour le design de ses créatures. Mais je me trompe peut-être.

JPS

Pigé.

SD
La dernière fois que l’on s’est vu, je t’ai montré un extrait de Mad Max Fury Road pour que tu comprennes l’importance d’un réalisateur. Du coup, as-tu compris ?

[su_youtube url= »https://www.youtube.com/watch?v=dB74pkelfUI » width= »800″ responsive= »no »] ici![/su_youtube]

JPS

Je crois. En fait, tout le récit du film est clairement mis en images dans cette séquence. Les enjeux sont rendus visuellement, et les relations entre les personnages et leur rapport de force se voient directement à l’image. Le spectateur passe d’une émotion à l’autre en une fraction de seconde.

SD

Tout à fait, et l’action y est compréhensible. Et voilà ce qui fait aussi la différence entre un bon et un mauvais réalisateur. Le fait de faire comprendre les choses au public.  Voici donc un contre-exemple avec cette scène tirée de La Mort Dans La Peau de Paul Greengrass où, comme tu le vois, on ne comprend rien à ce qui se passe à l’écran :

[su_youtube url= »https://www.youtube.com/watch?v=jyZU7lfGjyk » width= »800″ responsive= »no »] ici![/su_youtube]

 (jusqu’à 2mn)
On comprend vaguement ce qu’il se passe, mais la plupart du temps, on ne voit pas les coups portés et on a du mal à se repérer dans l’espace. On est clairement face à une scène confuse. Du coup, forcément, l’émotion du spectateur y est quasiment impossible car le cerveau cherche avant tout à comprendre ce qu’il a vu.

JPS

OK, mais y a pas que la violence au cinéma, non plus ! C’est pas grave si un réalisateur n’arrive pas à réaliser une scène d’action ; l’important, c’est qu’il arrive à réaliser une scène de dialogue, non ?

SD

Pourquoi pas. Pour la prochaine fois, je te laisse donc essayer de comprendre ce qui cloche dans ces scènes :

[su_youtube url= »https://www.youtube.com/watch?v=_yejEp3qRiw » width= »800″ responsive= »no »] ici![/su_youtube]

[su_youtube url= »https://www.youtube.com/watch?v=CvgYlYSkmeQ » width= »800″ responsive= »no »] ici![/su_youtube]

JPS

Avec plaisir ! Euh… attends ! Non, mais c’est du Maïwenn, c’est impossible qu’il y ait quelque chose qui cloche dans ces scènes ! C’est forcément génial !

SD
Ouais, c’est ça, à la prochaine ! Peace !

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