« En Attendant Godot » aux Célestins, un spectacle insipide et convenu

par Yoann Clayeux
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Du 29 septembre au 3 octobre 2015, Les Célestins proposait la fameuse pièce de Beckett, En attendant Godot, mise en scène par Jean-Pierre Vincent. Du Samuel Beckett aux Célestins. Il s’agissait tout simplement de l’événement à ne pas rater en ce début de saison théâtrale. L’affiche promettait beaucoup aux lyonnais. Beaucoup trop. Car la pièce fut loin d’être à la hauteur. Retour sur un spectacle décevant.

Ne faisons pas durer le suspens et rentrons dans le vif du sujet. Outre certains défauts sur lesquels nous reviendrons, ce spectacle manquait avant tout, et cruellement, d’engagement. Alors oui, on peut entendre l’engagement théâtral au sens politique. Nous en avions déjà parlé, l’année passée. Mais l’engagement théâtral, c’est surtout savoir prendre une direction, se jeter à l’eau, bref, faire des choix artistiques. Tout le contraire de livrer une copie insipide et convenue, destinée à plaire au plus grand monde. Tout le contraire donc, de ce qui s’est donné à voir aux Célestins.

Même Vladimir (Charlie Nelson) et Estragon (Abbes Zahmani) semblent dubitatifs...

Même Vladimir (Charlie Nelson) et Estragon (Abbes Zahmani) semblent dubitatifs…

Comprenons-nous bien : l’œuvre de Samuel Beckett n’est pas limpide. Porteuse d’un message existentiel pour certains ; absurde pour d’autres ; polysémique, quoi que l’on en pense. Bien sûr, une pièce de Beckett, cela fait rire. Winnie et Willie ; Ham et Clov ; Vladimir et Estragon… les duos comiques qui ne manquent à aucune de ses pièces sont emblématiques. Mais si Beckett plaît autant, et s’il est devenu prix Nobel en 1969, ce n’est certainement pas grâce à une simple lecture burlesque de ses textes. Pourtant, des multiples possibilités que Jean-Pierre Vincent pouvait exploiter, le metteur en scène n’aura guère retenu que cette option.

Non, ne soyons pas médisant. Des choix, Jean-Pierre Vincent en a fait. Armé d’une bonne tronçonneuse, il s’est appliqué à couper dans le texte original avec plus de dextérité qu’Edward aux mains d’argent n’aurait su le faire. Les répliques les plus incompréhensibles, et donc les plus intéressantes, sont ainsi passées à la moulinette du consensus. Non seulement cette version gruyère d’En attendant Godot n’a donné aucune réponse, mais surtout, elle n’a posé aucune question. Réussissant le double exploit de se prémunir, à la fois d’une vision personnelle, et d’une vision authentique…

godot 2

Malheureusement, le très bon jeu des acteurs et un joli décor ne sauraient, à eux seuls, rattraper ce gâchis. Et par pitié, qu’on ne me parle pas d’audace pour avoir installé un écran dans le fond de scène où par deux fois, une boule jaune et blanche se croisent. Si c’est tout ce que l’on peut attendre de l’alliance d’un grand théâtre et d’un grand metteur en scène autour d’une pièce exceptionnelle, on a du souci à se faire… Certes, je concède que la salle a ri, et même plusieurs fois (« burlesque », on vous a dit). Chapeau l’artiste  ! Mais la prochaine fois que je voudrai aller au café-théâtre, je me dirigerai plutôt vers les pentes de la Croix-Rousse.

En parlant du gros caillou, j’attends maintenant avec impatience la version d’En attendant Godot proposée au Théâtre de la Croix-Rousse du 19 au 30 janvier, par Laurent Fréchuret. Cela ne devrait pas être trop dur de faire plus original.


 Crédits Photos : Bertrand Langlois, AFP

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