En voyant le titre de l’article, vous vient en tête le terme indigné et probablement les mouvements des Indignés, avec notamment les Indignados en Espagne ou bien aux États-Unis avec les Occupy Wall Street qui se sont étendus aux quatre coins du monde en 2011 avec des revendications variant selon les pays. Ou encore cela vous évoque peut-être Indignez-vous !, l’essai publié en 2010 de l’ancien résistant français et militant politique Stéphane Hessel. Le terme indigné a été tellement utilisé au cours de ces dernières années, prononcé à de si nombreuses reprises, que nous pouvons nous demander s’il n’a pas perdu de sa substance. Ce mot a-t-il  toujours une signification pour nous autres ? Savons-nous encore ce qu’est l’indignation ?

Ainsi, oubliant par moment le sens des mots que nous prononçons, le metteur en scène algérien Kheireddine Lardjam tente dans la pièce End/Igné, joué au Théâtre de Vénissieux le 21 février, de nous rappeler le sens de ce mot et le pouvoir, la charge véritable des mots, de la langue.

Nous sommes plongés au sein de la pièce dans la ville de BalBala, que nous pourrions traduire littéralement comme la ville du blablabla, où nous suivons dans un premier temps l’histoire d’un homme nommé Moussa, interprété par le comédien Azeddine Benamara, travaillant seul dans la morgue. Par la suite, nous assistons à la réception par ce dernier du corps de son meilleur ami Aziz qui s’est suicidé en s’immolant par le feu. Dans un monologue tantôt ironique, tantôt corrosif, mais également intimiste et rempli de poésie accentuée par les jeux de lumière, le temps des fois se suspend. Laissant vagabonder l’esprit ici et là, reprenant ensuite de plus belle le fil de la pensée parsemée d’interrogations et d’incompréhension face à un acte funeste, cherchant des réponses à des questions.

Aussi, avec force venant déchirer le silence de cette morgue, le texte de l’auteur Mustapha Benfodil nous conte une indignation qui fait mal à l’intérieur, celle qui pousse des gens à se donner la mort par les flammes, provoquée par les sentiments de désespoir, d’indifférence et de dépit par rapport aux conditions de vie. En outre, le lien entre le sujet traité et le printemps arabe peut être totalement cohérent au vu des événements. Néanmoins, l’accent est ici mis sur le phénomène igné, littéralement  « la fin par le feu », en évocation aux multiples suicides par le feu entre 2012 et 2013 en Algérie, également majoritairement présent dans d’autres pays d’Afrique, toutefois aussi dans d’autres parties du monde.

Ce spectacle nous brandit le postulat d’une jeunesse algérienne en crise, cherchant un avenir, une place au sein de la société. Nous sommes confrontés à deux positions devant ce postulat. D’un côté celle d’Aziz qui pense qu’il ne faut pas rester passif, mais exprimer et dénoncer les injustices et les travers de la société quels que soient les moyens, tandis que Moussa décide de supporter et de se soumettre à sa vie telle qu’elle est.

Dès lors, quel chemin cette jeunesse prendra-t-elle ? La résignation ou l’espoir d’un renouveau  possible ? Je ne sais pas pour vous, cependant moi, je crois en un plausible regain !

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