Après avoir conquis plus de 200.000 spectateurs avec Hallelujah Bordel, Jérémy Ferrari revient sur scène pour nous présenter son nouveau one-man show : Vends 2 pièces à Beyrouth. Cette fois-ci l’humoriste a choisi un thème plus léger : la guerre. De passage à Lyon, l’humoriste autodidacte assurait deux représentations de son spectacle, ainsi que la promotion de son livre illustré : Happy Hour à Mossoul. Malgré ce planning bien chargé, Jérémy a bien volontiers accepté de répondre à nos questions…


Jérémy Ferrari

Bonjour Jérémy ! Je voulais tout d’abord vous remercier d’avoir accepté de prendre votre temps pour cette interview.

Pas de problème, c’est bien normal.

J’ai vu sur votre site officiel que la dernière de Vends deux pièces à Beyrouth se concluait le 14 février. Quelles sont vos impressions sur cette nouvelle tournée qui s’achève ?

Je ne l’ai absolument pas vu passer. D’un côté c’est bien parce que cette tournée a été très fluide, très agréable. Mais d’un autre côté, j’ai l’impression de ne pas en avoir profité… Je suis un peu triste que ça se termine. Déjà, avec Hallelujah Bordel, ça avait été fou parce que je découvrais le succès. C’était incroyable de jouer dans toutes ces grandes salles, avec autant de monde. Et quand j’ai écrit celui-ci, j’ai dû m’arrêter pendant presque deux ans, et je ne savais pas s’il fonctionnerait. Parce qu’on se demande toujours si on a bénéficié du côté découverte, si les gens vont continuer à nous suivre sur le deuxième spectacle, si on ne s’est pas arrêté pendant trop longtemps…

Et pourtant, il y a eu plus de monde pour ce spectacle que pour Hallelujah Bordel. J’ai eu la chance de jouer dans des zéniths complets, c’était vraiment incroyable. Donc je suis un peu sonné (rires). Un peu nostalgique parce que c’est déjà la fin mais aussi comblé. Et en même temps, je reste un grand angoissé. On se dit toujours « C’est peut-être la dernière fois qu’on vit un truc comme ça. » Du coup à chaque vanne, je me dis « C’est peut-être la dernière ! » (rires). Et pourtant, j’enchaîne deux soirs de suite à Lyon, c’est déjà la cinquième Bourse du Travail que l’on fait dans cette tournée, ça n’a quand même pas de sens de s’angoisser…

En même temps, cela permet de ne pas prendre tout pour acquis et de continuer à donner le meilleur de soi, non ?

Alors le problème chez moi, c’est que c’est un peu excessif. Ça m’empêche de profiter de certaines choses. Par exemple à Paris, on a quand même fait une semaine au Trianon, une semaine à l’Olympia, quinze jours aux Folies Bergères et on a fini par la Salle Pleyel, ce qui représente à peu près 150 000 personnes. Et lorsque j’ai fini la semaine à l’Olympia, je discutais avec mon bras droit qui m’accompagne depuis quinze ans maintenant, et je lui disais : « Tu vois, ce que je ferai quand ça marchera vraiment… » et il m’a répondu « Quoi ?! » (rires).

Parce que j’ai toujours l’impression que c’est un peu un coup de chance. C’est bien en un sens parce que je n’ai pas l’impression d’avoir trop pris le melon. On change tous un peu mais je suis resté le même dans les grandes lignes. Ça me permet aussi de continuer à travailler, de ne pas prendre les choses pour acquises. Le seul point négatif, c’est que je ne profite pas vraiment sur le moment. Pour mes proches, c’est un peu frustrant : les gens ont envie de me voir vraiment content mais je me dis « Ne sois pas trop content parce que tu vas le payer ensuite ». C’est cette culpabilité chrétienne qu’on nous a mis dans la tête depuis des lustres (rires).

Jérémy Ferrari

Crédit photo : Renaud Corlouër

Concernant les endroits où vous vous produisez, on remarque une grande diversité des salles de spectacle. On passe des halles, des zéniths à des salles plus modestes. Est-ce que le plaisir de jouer reste le même ?

C’est très différent et tout est très agréable. Je sais que ça va faire l’humoriste très cliché qui n’ose pas dire qu’il préfère jouer dans des zéniths sauf que c’est une vraie volonté pour ma part. Pour cette troisième année de tournée, j’ai demandé à ce que l’on retourne dans des endroits plus intimistes parce que les spectacles qui marchent bien ne se déplacent plus trop dans les salles de 400/500 places.

Un zénith, je ne vais pas vous mentir, c’est quand même vachement génial. On est face à 4000 personnes qui crient leur enthousiasme, on a l’impression d’être une rock star. C’est hyper grisant ! J’ai joué dans ces zéniths parce que je savais qu’on aurait les capacités techniques et financières pour offrir un beau spectacle aux gens. Il y avait des écrans géants, un système son qui permettait à n’importe quel spectateur, même celui tout au fond, d’entendre extrêmement bien. Et j’ai un spectacle qui s’y prête : je suis tout le temps en avant-scène, je m’adresse toujours au public, je me balade dans la salle…

Pour les salles plus intimistes, ce qui est extrêmement agréable c’est d’entendre les réactions du public. On les reçoit vraiment en frontal. Dans un zénith, on a l’impression d’entendre une personne rire très fort, alors que dans l’autre cas, on a l’impression de recevoir les réactions individuelles du public. C’est dingue à ressentir parce que ça vous apporte plus de sensations.

Et puis surtout, ça fait partie de mon métier. On ne peut pas se dire « Maintenant que ça marche, je ne vais pas m’emmerder à aller dans une salle de 400 » parce que ça ne se fait pas, tout simplement (rires). Ce sont des gens qu’on a en face de nous à un moment. Ils sont super contents de voir que l’on se déplace dans des salles plus intimistes, et moi aussi.

Au niveau du spectacle, celui-ci est énormément documenté et pour cause, vous avez passé des années à le travailler. À quel moment est-ce que vous avez su que vous pouviez arrêter les recherches et commencer à le monter ? Est-ce qu’il y a un moment déclencheur ?

Oui, le déclencheur, c’est quand les gens viennent vous dire qu’il faut commencer à le monter parce qu’il ne reste que quatre mois avant la première représentation (rires). Je pense que si la notion de temps n’existait pas, je pourrais continuer à travailler éternellement sans m’en rendre compte. On ne considère jamais qu’il est prêt, je pense.

Je me souviens qu’en décembre, je commençais à l’apprendre. Le spectacle était prêt et je jouais un mois et demi après. J’avais emmené ma petite cousine au ski et elle me faisait répéter toute la journée. À un moment, elle me chronomètre et me dit « Top ! ». Alors je lui demande « On en est à combien ? », elle me répond « Trois heures quarante-sept. » Et là, je me dis que c’est mal barré. Du coup j’ai coupé une heure quarante-sept de spectacle juste avant ma première (rires).

On remarque que le public rit énormément dans vos spectacles, mais aussi qu’il s’informe, comme le faisait déjà Hallelujah Bordel. Pensez-vous que cela soit une des clés de votre réussite, cette capacité à faire rire mais aussi à éveiller les consciences ?

Alors effectivement c’est quelque chose qui revient souvent. L’essentiel c’est d’abord de les faire rire. L’humour noir a souffert d’humoristes qui n’étaient pas assez drôles selon moi. On a eu des gens en colère qui vous expliquaient leur point de vue sur la vie, qui étaient parfois emportés par leurs idéaux et qui oubliaient du coup d’être drôles. Sauf que c’est notre métier d’être drôles. Ce que je veux tout d’abord, c’est que les gens soient éclatés de rire, je ne veux pas qu’ils rient moins qu’à un spectacle léger. Et qu’ils se disent ensuite que je leur ai apporté des choses. Donc oui, je pense que ça y participe mais je crois que ce qui fait vraiment le lien entre moi et le public, c’est ma sincérité.

Je crois que c’est ça qu’ils aiment chez moi. Ils sentent que je ne me fous pas de leur gueule. Je ne sais pas comment vous expliquer mais il y a une sorte de lien qui se crée entre eux et moi et ils savent que dans mon quotidien, je les respecte. Ils savent que je refuse des pubs ou des émissions de teubé juste pour faire de la télé. Par exemple hier j’ai fait une impro qui a duré bien vingt minutes, ce qui fait que le spectacle a duré deux heures vingt. Je leur pose des questions et je vois qu’ils sont moins réactifs sur les réponses. Et je m’arrête pour leur dire « Eh, moi aussi j’ai envie de me casser ! Il est trop long pour tout le monde ce spectacle ! » Je crois que c’était le plus gros rire du spectacle parce qu’ils se sont dit « Putain, même ça il ose nous le dire ! » (rires).

Jérémy Ferrari

Bourse du travail, Lyon – Page facebook officielle de Jérémy Ferrari

 

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