Entretien avec Jérémy Ferrari partie 2 : le public et les projets

by Léa Lallemant
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Après avoir conquis plus de 200.000 spectateurs avec Hallelujah Bordel, Jérémy Ferrari revient sur scène pour nous présenter son nouveau one-man-show : Vends deux pièces à Beyrouth. Cette fois-ci l’humoriste a choisi un thème plus léger : la guerre. De passage à Lyon, l’humoriste autodidacte assurait deux représentations de son spectacle, ainsi que la promotion de son livre illustré : Happy Hour à Mossoul. Malgré ce planning bien chargé, Jérémy a bien volontiers accepté de répondre à nos questions…

Pour celles et ceux qui n’ont pas eu la chance de découvrir la première partie de l’interview, c’est par là !

 

Jérémy Ferrari

Concernant votre communauté justement, on remarque qu’il y a une grande diversité de fans. Il y a effectivement un lien assez fort qui se tisse entre eux et vous puisque l’on vous voit souvent à la sortie du spectacle prendre le temps pour discuter, faire des photos, etc. Et je me souviens l’année dernière dans cette même salle d’une jeune femme qui s’était jetée à vos pieds avec un bouquet de fleurs en plein milieu du spectacle. Du coup, je voulais savoir si c’était quelque chose qui arrivait souvent ou si le public lyonnais était particulier ?

Alors ça n’arrive pas à chaque date, heureusement, mais oui ce sont des choses qui arrivent très régulièrement. Le truc c’est que j’ai des fans très respectueux. Je n’ai pas du tout le phénomène de fans relous et très intrusifs, pas du tout. Ils sont extrêmement polis, très à l’écoute et attentionnés. Ils lisent le moindre article qui sort sur moi et retiennent les infos. Je reçois aussi beaucoup de cadeaux. Ils sont très présents et pas seulement sur les dates de spectacle. Ils suivent aussi tout ce que je fais à côté. Il y a deux trois groupes de fans extrêmement actifs qui partagent les informations et je ne suis jamais tout seul. Hier j’ai vu les Ferraristes de Lyon, ils m’ont attendu à la sortie pour faire des photos et ils m’ont tous dit « à demain ! », parce qu’ils avaient leurs places pour les deux dates successives. Autre exemple, j’ai acheté un deuxième chien il y a un an et j’ai reçu des cadeaux pour lui pendant des mois.

C’est quand même très pratique, dites-moi…

Ah ben je n’achète plus rien du coup ! (rires) Non mais c’est très touchant et très sympathique. Bon après il y a toujours des tarés, comme partout, mais dans l’ensemble ils sont très gentils, très respectueux et très touchants.

Jérémy Ferrari

Crédit photo : Renaud Corlouër

En plus de travailler sur vos propres spectacles, on remarque aussi que vous avez travaillé avec de nombreux artistes. Vous avez notamment co-écrit le spectacle de Constance, mais aussi celui de Guillaume Bats, de Laura Laune et vous produirez aussi le spectacle de Philippe Croizon si je ne m’abuse. Pourquoi est-ce que cet engagement est important pour vous ?

Pour moi, ça fait partie tout simplement de mon métier. Lorsque j’ai commencé On ne demande qu’à en rire, j’ai remarqué que j’avais des facilités pour écrire. Faut bien se rendre compte que j’ai découvert l’existence des droits d’auteur à ce moment-là. J’ai découvert ce qu’on gagnait à la minute avec des sketchs diffusés sur France 2, alors que je vivais depuis longtemps avec mille balles par mois, en allant surveiller des parkings l’hiver au Stade de France. Donc lorsque l’on m’a dit que ce que je gagnais en un mois était équivalent à ce que je gagnais en un sketch, j’ai demandé si je pouvais écrire plusieurs sketchs (rires). Et on me disait alors « Jérémy, c’est incroyable ce que tu fais, quel courage ! » et je leur répondais « Mais quel courage ? Je m’amuse à faire quelque chose qui me plaît, je peux travailler chez moi et je gagne cinq fois plus que sur les parkings du Stade de France, ça n’est pas du courage ça ! » (rires).

À ce moment-là, je me suis rendu compte que j’arrivais très bien à écrire pour les autres. Parce que oui, je fais de l’humour noir mais j’ai toujours su m’adapter aux univers de chacun. Avec Constance, je ne produisais pas le spectacle mais je le co-écrivais parce qu’elle était mon amie depuis bien avant ONDAR. On avait envie de travailler ensemble depuis longtemps donc je l’aidais à écrire ses sketchs à la télé ainsi que le spectacle. C’était un véritable coup de cœur.

Ça a été la même chose pour Guillaume Bats. Il se trouve que je le produis depuis deux ans maintenant, avec Éric Antoine. Pour lequel j’écris aussi alors qu’il est dans un style totalement différent. Pour les Duos Impossibles, l’émission que je produis tous les ans en Belgique, j’ai écrit des duos qui étaient là encore pour des humoristes évoluant dans des univers complètement différents du mien. Et c’est quelque chose que j’adore faire.

         

Laura c’est pareil, c’est un coup de cœur. Je l’ai découverte au festival de Dinard. J’ai vu cette fille sur scène sortir des trucs incroyables. Elle avait besoin d’un co-auteur et je me suis dit que je voulais aussi la produire parce que je trouvais que la production précédente n’était pas bonne. À l’époque je ne produisais aucun artiste, Laura a été la première. Pendant des mois, je ne l’ai pas cachée mais je ne l’ai pas non plus exposée. Et c’est super compliqué pour un humoriste : parce que vous voyez des mecs inconnus qu’on lance sur des affiches énormes, dans la presse, à la télé, partout… Et elle me demandait « Pourquoi je n’ai pas ça moi ? » et je lui répondais « Parce que tu n’es pas prête ».

Je pense qu’un humoriste, s’il est connu au mauvais moment, c’est fini. Il n’y a rien de pire pour lui que d’être célèbre et de n’avoir personne dans sa salle. Parce que vous ne vendez pas une histoire, vous vendez une personnalité. Si vous vous êtes planté avec un film, vous pouvez en refaire un. Si vous vous êtes planté sur une pièce de théâtre, vous pouvez en réécrire. Si vous vous êtes planté avec vous-même, vous ne pouvez pas vendre autre chose que vous-même. Lancer des humoristes qui ne sont pas prêts, c’est les envoyer dans le trou et pour les ressortir de là, c’est vraiment galère. C’est très périlleux de produire un humoriste. Il faut y aller avec beaucoup d’humilité et pas à pas.

Laura m’a fait confiance. Je lui ai dit de commencer par les cafés théâtres, deux fois par semaine à Paris. Et puis on a commencé à lui proposer des passages à la télé. On a voulu la censurer ; j’ai dit hors de question, tu n’y vas pas. Elle a fait des vidéos internet, les salles se sont remplies, là aussi parce que le spectacle était prêt. Et puis on nous a appelé pour faire Incroyable Talent. Je leur ai dit oui à condition d’obtenir l’assurance qu’elle ne serait pas censurée. Elle a travaillé comme une ouf, elle a gagné et c’est mérité. C’est vraiment une fille qui passe sa vie à travailler. Et il n’y a pas de secret : les humoristes qui remplissent les salles en France, il n’y en a qu’une dizaine. On en voit quatre cents à la télé mais il y en a une dizaine qui réussissent.

Donc pour répondre clairement à votre question, c’est important parce que j’adore écrire et je l’ai toujours fait : écrire pour les autres, écrire pour la télé, la radio, le cinéma et dans tous les styles différents. Quand on a la chance d’avoir cette capacité-là, c’est dommage de ne pas s’en servir.

On le voit aussi dans la publication de votre livre illustré Happy Hour à Mossoul où il est aussi question d’un travail d’écriture. Est-ce qu’il s’inscrit dans la lignée de Vends deux pièces à Beyrouth comme le faisait votre précédent ouvrage ?

Eh bien justement, ça n’est pas exactement la même chose. Avec Hallelujah Bordel, on avait réuni tous les textes que je n’avais pas utilisés sur scène. Je me suis dit que je m’en servirai pour faire un livre illustré et j’ai rencontré ensuite l’artiste Ludovic Fevin, qui fait un travail incroyable. Le fait est qu’avec Hallelujah Bordel le livre, il n’y avait pas de plan : on a signé dans une petite maison d’édition, il n’y a eu aucune promo et on en a vendu 15.000. On était déjà très contents. Et puis on s’est demandé si on pouvait refaire la même chose pour V2PAB mais j’avais l’impression de faire un peu quelque chose de calculé, de commercial et ça ne me ressemble pas. Alors on s’est lancé dans tout un tas de nouvelles recherches et au lieu de publier un petit livre illustré de 90 pages avec les textes du spectacle, c’est devenu un livre de 300 pages qui a mis un an avant d’être fini (rires). C’est devenu un nouveau travail avec 80% de textes inédits, c’est pour ça qu’il ne s’appelle pas V2PAB mais Happy Hour à Mossoul.

Le but reste de dénoncer les horreurs de la guerre. Ça n’est pas axé sur l’argent et le business comme V2PAB mais c’est plutôt un récit sur la guerre complètement différent de ce que l’on peut en apprendre à l’école. Je fais des résumés de toutes les grandes guerres que l’on connaît, au moins de nom. Je traite aussi de nombreuses petites anecdotes de manière totalement absurde mais avec énormément de documentation. Et je suis très fier de ce livre parce qu’on a travaillé comme des acharnés et qu’il marche très bien pour le moment. On en est bientôt à plus de 40.000 ventes pour le moment et à la quatrième réimpression du livre, c’est vraiment génial.

Jérémy Ferrari

Le livre illustré Happy Hour à Mossoul en vente dans les grandes librairies

Je remercie vivement Ikram Ayata pour avoir organisé cette entretien ainsi que Jérémy Ferrari pour le temps et la sympathie qu’il nous a accordés lors de cette interview. Je ne saurais que trop vous conseiller de découvrir Vends deux pièces à Beyrouth. C’est un spectacle avant tout hilarant, servi par un dynamisme et une force comique à toute épreuve. Et au-delà de ça, c’est un spectacle coup de poing qui fait parfois frémir d’horreur et qui marque indéniablement les consciences. Pour celles et ceux qui n’auraient pas eu la chance de le découvrir sur scène (et c’est carrément dommage!), je vous conseille de vous plonger dans ce livre illustré qui traite des grands conflits de ce monde avec une approche novatrice et un cynisme aiguisé.

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