musée des tissus

Vue de l’exposition @Musée des tissus

Le Musée des Tissus et des Arts déco (MTMAD), sauvé dernièrement in extremis, lance un projet de reconstruction par le biais d’un financement participatif. Étant un fervent supporteur de la culture, ne pas soutenir les collections lyonnaises serait se faire outrage. Pourtant, sous prétexte qu’il s’agisse de culture, il faudrait foncer tête dans le guidon à la rescousse ? Aider la culture oui, mais pas les yeux fermés.

Actuellement, un premier palier de contribution à 50 000 euros a été franchi. Le dernier palier s’élevant à plus de 450 000 euros. La communication fonctionne à plein régime et soutenu par l’État, les réductions fiscales et autres avantages foisonnent. Tout est bon pour attirer les dons. Cerise sur le gâteau, les donateurs auront une chance de rencontrer le célèbre historien Stéphane Berne. En 2015, une pétition avait déjà réuni 135.000 signatures pour se protéger de la fermeture. Aujourd’hui, le MTMAD sollicite le grand public pour une aide financière. Certes, il faut sauver l’institution, mais pas à n’importe quel prix.  Si la refonte du MTMAD, après les crises récentes qu’il a connues, apparaît nécessaire, le chemin qu’il prend est-il le bon ? Notre avis reste ambigu.

Musée des tissus 2.0 

musée des tissus

Pour « un parcours sensoriel, virtuel et personnalisable » ?

Commençons par les inquiétudes. La renaissance du Musée des Tissus se traduit par une volonté d’ouverture sur son temps. Cette démarche de modernisation à tout prix est-elle vraiment utile ? Un musée aujourd’hui est-il condamné à être moderne et à être équipé des derniers équipements technologiques ?

La refonte des galeries s’oriente, a priori, vers une technologisation de son espace d’exposition. Plusieurs écueils apparaissent indéniablement. D’abord, la perte d’identité de l’institution et de son histoire. Ensuite, la disparition de l’expérience avec le réel au profit des nouvelles technologies. La première des volontés du MTMAD est de s’équiper d’un « dispositif de visite en réalité augmentée », de « tables connectées », de « bornes didactiques » et d’« écrans digitaux ». Tout cela pour « proposer aux visiteurs un parcours sensoriel, virtuel et personnalisable ». Le musée est ainsi complètement redéfini.

Évidemment, la technologie n’est qu’un outil pour la médiation, mais la médiation n’est pas non plus la finalité du musée. C’est la médiation qui accompagne les œuvres et non l’inverse. S’il ne faut pas être contre les nouvelles technologies, il faut, en revanche, être critique sur leur utilisation systématique. Est-ce que ces nouvelles installations vont servir les œuvres des collections ou au contraire les dévorer ? Cela, nous ne le saurons pas avant 2020.

L’objectif de « transformer le musée en un univers connecté, digital, vivant et hybride » est tout à fait compréhensible dans notre société du spectacle, mais cette disneylandisation ne peut que faire périr une partie du MTMAD. Le lieu va sans doute – et c’est tout le mal qu’on lui souhaite – faire un carton pour le grand public. Le Musée ultramoderne des Confluences a largement fait ses preuves et l’institution lyonnaise entend bien surfer sur ce nouveau genre muséal.

Retour aux sources

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Vue des expositions

Revenons quand même sur un des aspects positifs, la forme s’accorde avec le fond. Le musée du textile a été créé suite à la visite des Lyonnais de l’Exposition Universelle de 1851 à Londres. Par cette institution, Lyon souhaitait conserver ses avantages économiques, son avance technique et sa pointe artistique dans le domaine du textile. La Chambre des Commerces ouvrait alors un musée d’Art et d’Industrie en 1864. Il ne se limitait pas à la soie, ni même au textile mais englobait toutes les disciplines des arts appliqués et de l’industrie. Ce n’est qu’en 1890 qu’il s’est restreint au textile.

La renaissance du MTMAD n’est pas qu’une affaire de nouvelles technologies et d’investissement de façade, c’est aussi une réorganisation de l’institution. La vraie bonne idée de cette métamorphose est de réouvrir ses frontières au domaine de la recherche, de la formation et de la créativité. De cette manière, en étant un lieu multidisciplinaire, le musée retrouve son identité originelle. Imaginer une place qui abrite design, art contemporain, mode et décoration ne peut que donner envie de participer au projet.

Parce que le MTMAD est un lieu unique et indispensable à Lyon, il mériterait d’être sauvé. Lyon, capitale de la soie, ne peut pas se priver d’un musée sur le tissu. Non seulement elle abrite la plus grande collection de textiles au monde mais elle retrace aussi l’histoire de Lyon, l’histoire de la région et celle de la France. « Conserver les collections du passé pour influencer la création du futur ! » semble clamer le musée des tissus et des arts déco.

Entre l’envie de créer des galeries à la pointe de la technologie et l’envie d’améliorer sa visibilité, notre position reste indécise. Rendez-vous donc en 2020 pour connaître les aboutissements du projet.

 

Informations générales :

Adresse : Musée des Tissus et des Arts décoratifs, 34, rue de la Charité, 69002 Lyon – France

Pour faire un don, c’est par ici

Le site du Musée des tissus

Exposition jusqu’au 31 décembre 2018: « Le Génie de la Fabrique » et « Compositions dévoilées »