À l’occasion de l’Euro 2016, la Métropole de Lyon accompagne le Musée Gadagne et vient nous rappeler, s’il le fallait encore, à quel point le football fait partie intégrante du patrimoine culturel lyonnais.

ArlyoMag avait déjà couvert l’exposition « Divinement foot ! » du musée, en faisant découvrir au visiteur les terrains insolites de la sociologie des religions, comme celui du ballon rond. Le parcours « 14 regards en Métropole » offre ici une immersion dans l’histoire locale de ce sport à travers [su_tooltip style= »tipsy » position= »north » shadow= »yes » rounded= »yes » size= »1″ content= »d’avril 2016 à janvier 2017″]14 expositions et rencontres* réparties sur tout le territoire.[/su_tooltip] Cet article vous propose une lecture de l’exposition « La démocratie par le foot » tenue à la [su_tooltip style= »tipsy » position= »north » shadow= »yes » rounded= »yes » size= »1″ content= »jusqu’au 24 septembre 2016″]Bibliothèque de la Part-Dieu[/su_tooltip]*. Celle-ci tente de répondre à une question qui s’est maintes fois posée cet été, avec plus ou moins d’optimisme : de quelles valeurs le football est-il porteur ?

© Roger Touchard, 1954 – Match Paris-Lyon. « On peut y admirer le geste athlétique de Vignal, dégageant du poing, de Jensen et de Sosa. À la base de cette pyramide humaine, Gabet, sur un pied, semble supporter, à lui seul, cet imposant fardeau. »

« Lyon, capitale des goals » s’amuse à écrire le photographe Pascal Boulanger, dont les œuvres tapissent la colonne blanche du 4e étage de la bibliothèque. Voilà une expression qui résume bien l’esprit qui semble avoir animé la commissaire en charge de l’exposition. Lyon, un centre politique fort qui n’a de cesse de polir son rayonnement, une cité sportive dont l’équipe professionnelle n’hésite pas à tirer son nom de l’Olympe. En filigrane, c’est bien l’histoire de la Métropole qui se donne à lire à travers cette exposition, une histoire politique donc. Cette histoire politique du football se décline sous différents aspects.

Liberté, égalité, fraternité : de la République au territoire

Elle le fait de manière explicite d’abord, quand un premier tableau vient directement répondre à notre question de départ. Les valeurs du foot sont la liberté, l’égalité et la fraternité. Dans un contexte difficile qui a d’ailleurs entaché les festivités de l’Euro 2016, la République est consacrée dans sa devise même. Mais la traduction de ces valeurs sur le territoire local ne manque pas de dévoiler l’axe politique de la Métropole, entre développement économique et social.

La liberté devient alors celle de s’associer librement grâce à la loi 1901. Elle permet la création des premières équipes de foot en dehors des lycées privés, sous forme amateur ou professionnelle, dans un but lucratif ou non. C’est donc la liberté d’entreprise, tout comme celle de se constituer en association, que la Métropole cherche à valoriser à travers l’histoire de son foot local.

Au chapitre de l’égalité, c’est celle entre hommes et femmes qui est ici célébrée, en faisant honneur à l’équipe féminine lyonnaise. On rappelle ses performances et sa contribution dans le regain d’intérêt pour le football féminin en général. L’exposition cherche ainsi à promouvoir une évolution sociétale qui attribue à tou-te-s les principes de détermination, de solidarité et d’excellence.

Enfin, la fraternité s’est donnée à lire dans deux expositions parallèles à celle de la Part-Dieu. La [su_tooltip style= »tipsy » position= »north » shadow= »yes » rounded= »yes » size= »1″ content= »Centre National de la Mémoire Arménienne, du 13 juin au 30 juillet 2016″]première[/su_tooltip]* rendait hommage aux habitants issus de l’immigration arménienne (dont le footballeur Youri Djorkaeff). La [su_tooltip style= »tipsy » position= »north » shadow= »yes » rounded= »yes » size= »1″ content= »Bibliothèque du 9e de la Duchère, du 24 mai au 25 juin 2016″]seconde[/su_tooltip]* relatait l’histoire de l’équipe de la Duchère, présentée comme symbole du vivre ensemble, née après la guerre d’Algérie et composée de Pieds Noirs.

La politique par le foot : des interprétations multiples

Au-delà de cette première lecture, l’exposition « La démocratie par le foot » permet de rendre compte des vies multiples de ce sport, aussi bien investies par les dirigeants politiques que par la société elle-même. Né dans les lycées et les universités, le football a pu se démocratiser grâce à la loi de 1901, autorisant à la population à se regrouper. De l’Ancien Régime à la Troisième République, toute initiative de la sorte était fortement réprimée, les préfets faisant des rapports complets sur les membres d’association. Jusqu’à la fin du 19e siècle, le sport est surtout un outil pour discipliner la jeunesse, forger son esprit combatif et en faire de bons soldats (contre la Prusse notamment).

Parallèlement à cette vision du sport comme outil de contrôle, les politiques hygiénistes, alors très en vogue aux 19e et 20e siècles, font du sport un enjeu de santé publique. Il devient un moyen d’avoir une jeunesse saine avec un esprit vif. L’hygiénisme va tour à tour être approprié par des dirigeants aux idéologies bien différentes, en allant du maire socialiste de Lyon Edouard Herriot jusqu’à Pétain ou encore Hitler, en passant par la [su_tooltip style= »tipsy » position= »north » shadow= »yes » rounded= »yes » size= »1″ content= »voir à la fin de l’article »]Résistance[/su_tooltip]*. Le sport sera tantôt patriotique, tantôt raciste, ou bien encore une forme de résistance face à l’oppression. D’ailleurs, le football en Amérique du Sud s’inscrit dans une démarche de construction de leur identité nationale, face à la colonisation européenne. La première Coupe du monde a ainsi lieu en 1930 en Uruguay, pour le centenaire de son indépendance politique.

Lithographie de Tony Garnier, 1914 - exposition internationale urbaine.

Lithographie de Tony Garnier pour l’exposition internationale urbaine de 1914. Le Stade de Gerland avait été construit par Édouard Herriot à cette occasion. On peut lire sur l’affiche la doctrine hygiéniste : « L’hygiène devrait être l’unique source de toutes les lois ».

La séparation du foot et de la ville : un nouveau partenariat

Pour Herriot, le football devait avant tout être bénéfique pour le bien-être et la santé de l’individu, créateur de lien social, accessible et amateur, pour éviter toute instrumentalisation mercantile. Certains partageront cette vision, comme la fédération Rhône sportif fondée par l’Abbé Firmin, dont la vocation pastorale l’éloigne d’une marchandisation du football. D’autres, comme Jules Rimet (organisateur de la première Coupe du monde), assureront au contraire que seule la professionnalisation du football peut permettre aux classes populaires de pratiquer le football à haut niveau.

Progressivement, la professionnalisation du football va s’avérer nécessaire pour qu’il devienne compétitif. L’influence politique des dirigeants va alors s’estomper, au profit d’une logique de privatisation soumise à des impératifs de rentabilité. Les pouvoirs publics vont s’adapter à cette situation et renégocier leur place. Ils laisseront l’OL à ses présidents et actionnaires, tout en s’associant à son dynamisme et à ses retombées économiques. C’est ainsi que le Grand Stade, fort de ses 500 bornes Wi-fi, de son centre hospitalier du sport et de ses commerces alentours, a été construit. Consciente de son attractivité footballistique, la Métropole s’est appuyée sur elle pour continuer de rayonner à l’international et s’assurer un développement économique croissant. Opportunisme politique, respect de l’autonomisation du sport : les conclusions potentielles sont variées.

Où sont passées les valeurs du foot ?

D’hier à aujourd’hui, que reste-t-il des valeurs sociales du sport le plus populaire au monde ? Sa démocratisation a ouvert la porte à une (sur)médiatisation propice à sa (sur)marchandisation, qui ne semble finalement pas plus échapper à l’instrumentalisation politique dont il a pu faire l’objet. Le football serait-il donc voué à passer sous le joug d’un intérêt à celui d’un autre ?

Coups de cœur de la visite

L’exposition « Le sport européen à l’épreuve du nazisme » au Centre d’Histoire de la Résistance et de la Déportation vient nuancer ce constat. Elle retrace le parcours d’athlètes (comme le lyonnais Tola Vologe) qui ont marqué l’histoire de la Résistance par leur engagement. Ce faisant, elle nous invite à penser les origines de la xénophobie et ses conséquences psychologiques pour ses boucs-émissaires. En outre, Patrick Clastres, chercheur en épistémologie de l’histoire du sport, y conduira une visite le samedi 26 novembre. Il s’intéresse à la façon dont cette histoire a pu être racontée et emprunte un prisme plus large, celui de la global history. On comprend alors que l’histoire conserve toute son actualité, puisqu’elle n’est jamais écrite et qu’elle peut se répéter dans un autre contexte.

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Finissons avec un dernier bond dans le temps. Tout le monde se souvient de cette nuit d’été du 12 juillet 1998, où pour un instant suspendu à nos lèvres souriantes, notre pays n’a fait qu’un. Aujourd’hui, les choses ont changé. Nous sommes en 2016 et l’unité de notre pays est tributaire de celle qui peine à se construire autour de nous. Dans un webdocumentaire poignant, intitulé Demandeurs d’asile Football Club, RFI prête au demandeur d’asile une voix, un visage, une histoire et lui rend son humanité en lui donnant un autre nom : le sien. Je vous invite donc à faire la connaissance de Paul, Ali, Chicago, Omar et Skender, originaires de Côte d’Ivoire, de République démocratique du Congo, de Guinée et du Kosovo.

Demandeurs d’asile Football Club à une séance d’entraînement

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