Freddie (Mercury) VS Freddy (Krueger) à L’Élysée

par Yoann Clayeux
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The last but not least. Du 16 au 19 juin, s’est joué Freddy Versus Freddie, au théâtre de l’Élysée (Lyon 7). Ce spectacle s’impose tout simplement comme le meilleur souvenir de cette saison théâtrale qui s’achève.

Un cadre qui embellit le tableau

Si parmi vous, certains ne connaissent pas (encore) le théâtre de l’Élysée, commençons par en dire un mot. Situé au cœur du quartier le plus hétéroclite de Lyon, à la Guillotière, cet ancien cinéma, reconverti en théâtre, en a gardé sa façade old-school, avec son enseigne aux lettres escamotables qui rappellent Broadway ou les années 50. L’Élysée, c’est aussi un bar convivial avant et après les représentations, une salle atypique muni de fauteuils confortables et d’un balcon, mais surtout, une programmation variée, qui ne se limite pas aux 5ème arts. Un théâtre un peu hors-norme, et si le dicton est vrai, « qui se ressemble, s’assemble », il n’était peut-être pas si surprenant que cela de tomber, dans cette antre, sur Freddy vs Freddie

« Un show entre chien et loup »

Une affiche inédite, un duel sans merci entre la Lumière et les Ténèbres, entre le cauchemar et le rêve, entre deux créatures réversibles, deux faces d’une même pièce : Freddie Mercury leader charismatique et mégalomane du groupe de rock Queen et Freddy Krueger, tueur psychopathe.

Avec un tel speech, difficile de résister à l’envie de se frotter à ce spectacle délirant ! Nous n’avions pas eu l’occasion d’aller le voir lors de sa création en mars dernier, à la MJC de Villeurbanne, l’Élysée nous a donné l’occasion parfaite de nous rattraper.

À gauche, Freddie Krueger, personnage cinématographique créé par Wes Craven, face à son sympathique copain, Jason

À gauche, Freddy Krueger, personnage cinématographique créé par Wes Craven, face à son sympathique copain, Jason

Crier, c’est un métier

La pièce commence doucement, et l’on découvre un homme assis sur un lit, dans une chambre qui a refusé de voir son propriétaire grandir, nous expliquer son mal-être identitaire. Il s’appelle Frédéric. À qui cherche-t-on à le faire ressembler ? À qui ne ressemble-t-il pas ? Et au final, qui peut-il bien être ? La question mérite d’être posée : comment être sûr que nous sommes nous ? C’est en pleine digression philosophique que l’élément perturbateur fait une entrée fracassante, en la personne de Frédérique (profession : victime), une jeune femme persuadée d’être pourchassée par un tueur. L’alter-ego éponyme du héros, à trois lettres près, vient se réfugier dans cette antichambre de la folie dans la pure tradition du film d’horreur, ou d’une de ses parodies (la distinction est parfois ardue. Pour preuve, je vous invite cordialement à vous infligez un nouveau visionnage de « Souviens-toi l’été dernier »). Le ton est donné : préparez-vous à un mélange explosif de références populaires et de questionnement philosophiques, saupoudrés d’une bonne dose de parodie.

Jennifer Love Hewitt, quelques années avant Ghost Whisperer...

Jennifer Love Hewitt, quelques années avant Ghost Whisperer…

Minuit, l’heure du crime

Tour à tour, Frédéric va donc endosser le costume de chacun de ces deux personnages, en commençant par le tueur d’enfants, armé de son gant emblématique. On retiendra une succession de scènes plus folles les unes que les autres, des running gags, mais aussi des moments plus réflexifs, assez poétiques, et au final, un effort narratif qui porte ses fruits. Sans que l’on arrive à déterminer si nous sommes plongés dans les rêves du héros, dans sa folie ou dans une sorte de voyage initiatique, la succession des scènes donne l’illusion de l’incohérence, alors que le fil rouge de l’histoire, car il existe bel et bien, se tisse subtilement. Une vraie leçon d’écriture, mais une leçon follement distrayante.

The Show Must Go On

Quand Frédéric se retrouve propulsé dans la peau de Freddie Mercury, moustache à l’appui et équipé comme il se doit de la célèbre veste jaune du légendaire concert de Wembley. Le spectacle prend encore une nouvelle dimension, musicale cette fois. Et aux acteurs de prouver qu’en plus de jouer parfaitement la comédie, ils se défendent également en chant, qui plus est sur des ré-arrangements de Queen, ce qui n’est pas à la portée du premier venu. À ce sujet, saluons la magnifique reprise de Who Wants to Live Forever, mais surtout celle de The Show Must Go On, le tout sur un slow hypnotique doux-amer de « Fred » Mercury avec un squelette. Parfait sur toute la ligne.

Freddy Mercury en 1986, au stade de Wembley

Freddy Mercury en 1986, au stade de Wembley

L’envers du décor

Les critiques se concentrent en général sur le texte ou les acteurs (ici, tous aussi bons les uns que les autres). Mais l’on oublie trop souvent, faute de matière peut-être, de dire un mot sur la scénographie. Cette fois, nous ne pouvions pas passer à coté. Toute l’ingéniosité de Freddy vs Freddie se révèle dans ses décors. Quand le spectacle commence, une simple chambre d’enfant se donne à voir au public. De ce panneau de bois en apparence très simple, vont peu à peu surgir de nouveaux décors, dissimulés jusque là on ne sait où. Un peu à la manière d’une poupée russe géante. Les panneaux mobiles forment un puzzle géant, que les acteurs composent et décomposent au gré de l’histoire. Ils peuvent ainsi les combiner pour créer de nouvelles réalités, utiliser le verso… ou tout simplement les déplacer pour révéler un autre décor, habilement dissimulé par le premier. Sans pause ou presque. Rien n’est laissé au hasard, avec une précision digne de domino day. On reste bluffé de l’inventivité qui permet une utilisation aussi varié des décors.

En fait, on reste bluffé tout court. Freddy versus Freddie : définitivement, mon coup de cœur de l’année.


Freddy Versus Freddie, écrit et mis en scène par Myriam Boudenia, au théâtre de L’Élysée, du 16 au 19 juin 2015, compagnie La Volière.

Le site du théâtre de l’Élysée : www.lelysee.com

Le site de la compagnie théâtrale la Volière : cielavoliere.wordpress.com

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