Georges Rousse, nous vous en parlions il y a quelques mois, dans un article présentant son exposition – je vous invite d’ailleurs à le (re)lire avant d’amorcer la lecture de ce nouvel article. Nous vous invitions également à vous rendre à la conférence que l’artiste donnait le 10 juin à l’Hôtel de Région. Nous y étions, et nous avons choisi de vous rapporter ce qui y a été dit.

Le photographe n’était pas seul pour présider cette conférence, mais était entouré de nombreux invités. Armelle Canitrot, critique photographique, animait le débat et lui posait des questions. Anne-Marie Garat (écrivain ayant rédigé de nombreux textes sur Georges Rousse) a embrasé le public de ses poignantes remarques, provoquant plusieurs fois les applaudissements. Atek Zabat et Malik Mouellef ont raconté les travaux du photographe auxquels ils ont participé alors qu’ils faisaient partie d’une association regroupant des jeunes en difficulté. Enfin, Dhun Davar, directrice de l’ONG Apnalaya (qui a accueilli Georges Rousse en Inde), était également présente, aux côtés d’une traductrice.

Suite à une question d’Armelle Canitrot sur les lieux de ses installations, Georges Rousse a exprimé à quel point il aimait les endroits abandonnés, en ruine. « Je suis né après la guerre, les ruines étaient nos terrains de jeux quotidiens, a-t-il expliqué. De plus, ces lieux dégradés, destinés à disparaître totalement dans un futur plus ou moins proche, sont pérennisés par la photographie. » Celle-ci est tout ce qu’il restera de ses installations éphémères.

Georges Rousse a ensuite détaillé les étapes qui constituent son processus de création. Après avoir trouvé un lieu, il fait des recherches sur son passé, pour comprendre qui est passé par là et mieux l’appréhender. Puis, il réalise un grand nettoyage du lieu, et seulement à partir de ce moment-là, choisit la figure à réaliser et commence ses croquis. Il casse parfois des murs pour parvenir au résultat souhaité, et passe à la peinture. Naissent des formes qui, depuis n’importe quel endroit excepté de l’objectif de l’appareil photo, semblent ne rien représenter. Au début, il travaillait seul, suivant le principe qu’ « un lieu abandonné doit rester abandonné ». Puis, avec le développement de l’informatique, de plus en plus de gens doutaient de l’authenticité de ses installations, pensaient la photographie simplement retravaillée sur Photoshop. C’est à ce moment-là que Georges Rousse a décidé d’ouvrir ses chantiers au public, et même de faire participer des personnes extérieures.

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Ses installations ont germé un peu partout dans le monde : États-Unis, Japon, Inde… « Le voyage s’est immédiatement intégré dans ma démarche de travail, car l’une de mes toutes premières expositions a eu lieu lors de la Biennale de Sydney en Australie. » Ce sont souvent des formes géométriques qui sont reproduites, mais il arrive au photographe de dessiner des cartes topographiques représentant ses marches au Népal, ou encore des plans du bâtiment en question avant qu’il ne soit délaissé. Toujours, il invite à la réflexion, au voyage spirituel, à l’imagination.

Quant à la région Rhône-Alpes, elle fut le lieu de l’invention de ce procédé. C’est en 1982 à Villeurbanne que Georges Rousse a choisi d’arrêter de peindre ses rêves et ses fantasmes sur les murs, mais de réellement s’adapter au lieu. L’idée des anamorphoses est née.

C’est également à Lyon qu’il a rencontré Daniel Siino, éducateur spécialisé au CEPAJ (Centre d’Enseignement Professionnel et d’Accueil des Jeunes), qui lui a proposé de travailler avec des jeunes en difficulté. Une belle histoire a alors commencé entre l’art de Georges Rousse et ces jeunes, dont Atek Zabat et Malik Mouellef faisaient partie. Ils ont participé à plusieurs chantiers, qui les ont beaucoup marqués – on pourrait même dire littéralement changés. « L’art était un monde que je ne connaissais pas », raconte Atek (aujourd’hui agent logistique dans un hôpital). « Être le coup de pinceau de Georges, c’est une expérience formidable. Cela enrichit, favorise l’ouverture d’esprit. » Malik (maraicher désormais) confie lui aussi avoir « appris à aimer l’art », et a été particulièrement marqué par le chantier effectué dans le bidonville de Bombay.

Ce chantier est souvent revenu dans la conversation au fil de la conférence. Il semble avoir bouleversé (au sens positif du terme) la plupart des intervenants. L’ONG indienne Apnalaya a accueilli Georges Rousse et a permis à des enfants des « slums » (bidonvilles) de découvrir l’art : non seulement être en contact avec l’art, mais être impliqués et investis dans le processus artistique. Ils ont pu réaliser une immense étoile en anamorphose dans les locaux de l’association. Dhun Davar, la directrice, qualifie l’expérience d’ « extraordinaire ». L’écrivain Anne-Marie Garat est quant à elle d’avis que « les gens des bidonvilles, qui manquent de tout, ont peut-être moins besoin de denrées alimentaires que de choses qui les font grandir, les nourrissent spirituellement. Georges Rousse leur a transmis un savoir-faire, c’est une action profondément éducative. »

Ainsi, les œuvres d’art de Georges Rousse semblent être de réels vecteurs d’ouverture, de partage… et de bonheur, comme l’expriment les étoiles dans les yeux de chaque personne qui parle de lui.

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