Harry Potter et L’Enfant Maudit : critique du 8ème opus
Harry Potter et L'Enfant Maudit
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Ce vendredi 14 octobre sortira dans nos librairies françaises la 8e histoire de Harry Potter. Intitulée Harry Potter et L’Enfant Maudit, il s’agit en fait de la transcription de la pièce de théâtre créée le 7 juin 2016 au Palace Theatre de Londres. Si la version originale se vend déjà comme des petits pains, nul doute que la traduction causera un raz-de-marée. Après avoir aidé toute une génération à se passionner pour la lecture, la magicienne Rowling parviendra-t-elle à faire franchir la porte des théâtres aux jeunes ?

Harry Potter et L'Enfant Maudit
Harry (Jamie Parker) et son fils Albus Severus (Sam Clemmett)

On ne va pas se mentir, ce livre fait l’effet d’un portoloin : retour immédiat à Poudlard sans passer par la voie 9 ¾. L’imaginaire et les émotions qu’il reconvoque n’ont guère de prix pour un jeune adulte qui a grandi avec l’univers de Rowling. Mais on serait justement en droit de se poser la question. La nostalgie n’agirait-elle pas comme un sortilège de confusion qui brouillerait notre jugement ? Nous allons tâcher de nous en prémunir. Allez, installez-vous confortablement, servez-vous un grand verre de bièraubeurre, et c’est parti.

Accio résumé !

Une fois n’est pas coutume, ce nouvel opus raconte une histoire d’amitié et de filiation. Le Harry que nous connaissons n’a pas seulement grandi, il a vieilli. Et cette fois, il est confronté à un ennemi qu’il ne soupçonnait pas : lui-même. Si comme moi, vous avez toujours trouvé le personnage de Harry franchement pénible dans la saga originale, les choses ne s’arrangent pas. L’orphelin le plus connu du monde magique s’est toujours cherché une figure paternelle, sans grand succès ; de Sirius Black, le parrain prodigue qui disparaît prématurément, à Dumbledore, qui se révèle au fil des tomes s’être servi de lui au nom de l’intérêt supérieur. Assez logiquement, ces échecs répétés vont avoir un impact sur sa propre paternité.hp

Dans l’épilogue (un peu mièvre) du 7ème tome, Rowling nous montrait un Harry rassurant et bienveillant auprès de son benjamin, Albus Severus, affolé à l’idée d’être envoyé à Serpentard par le Choixpeau magique. L’Enfant Maudit s’ouvre sur une redite, mot pour mot, de cet épilogue. Mais le lecteur découvre vite, grâce à une série d’ellipses (4 années passent en quelques scènes), que les belles paroles ne font pas tout.

Albus Severus Potter est donc érigé en personnage principal de cette 8e histoire. Il atterrit bien à Serpentard, mais son expérience de Poudlard ne rejoint en rien celle de son illustre père. Il déteste l’école et tout ce qui, de près ou de loin, lui rappelle que son papounet est le sauveur de l’humanité. L’héritage est un peu lourd à porter pour le raté de la famille. Comble d’ironie (et du fan service – quoique la pièce arrive à faire pire, en fait), Albus se lie d’amitié avec Scorpius, le fils Malefoy.

Qu’en dit ma plume à papote ?

L’histoire suit deux lignes narratives. La première met à l’honneur la nouvelle génération, ses amitiés et son lot d’idées plus ou moins fumeuses. La seconde nous montre les personnages originaux aux prises avec leur vie d’adulte. Le tout s’entrecroise sur fond de voyage temporel. On avait vu les dégâts que pouvait causer un retourneur de temps dans Le prisonnier d’Azkaban (en dehors de l’éternel débat meurtrier de la prononciation « d’Azkaban »). Je vous laisse imaginer les ravages que peut causer un retour de plusieurs années dans le passé…

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Scorpius (Anthony Boyle) et Drago (Alex Price)

Personnellement, je trouve que la première ligne narrative fonctionne mieux. En effet, passé la joie de retrouver les interactions du trio, l’attrait de la nouveauté est quand même le plus fort. D’autre part, le traitement des personnages n’y est pas étranger. Scorpius, le fils Malefoy, est absolument génial. Ses répliques font mouche à chaque fois et il est très vite devenu mon nouveau chouchou.

De l’autre coté, Malefoy-père se coltine les lignes de dialogue pleines d’une emphase un peu gênante. Quant à Ron… Par la barbe de Merlin ! Ron n’a pas évolué d’un iota. Je dirais même qu’il a régressé à un rôle de bouffon que les derniers tomes étaient parvenus à nuancer. Dommage. Reste Harry le torturé et heureusement : les femmes. Rowling sait nous rappeler pourquoi on l’aime. Un livre sur lequel figure son nom est toujours signe de personnages féminins forts. Hermione et Ginny sont dans la place, pour notre plus grand plaisir.

« Pas de chance… Crotte de nez ! » (Dumbledore)

Je ne vais pas vous spoiler l’histoire qui use parfois de ficelles narratives un peu grosses. La fin, par exemple, est courue d’avance. Pour autant, et malgré les quelques réserves que j’émets, cette histoire est très plaisante. Sans être un chef-d’œuvre, elle satisfera tout fan de Harry Potter qui se respecte. D’autant que L’Enfant Maudit réserve aussi de belles surprises, en explorant tout un pan dystopique de la mythologie de la saga (via l’effet papillon causé par le voyage temporel).

Un autre aspect très intéressant de la pièce réside dans son humour, toujours au rendez-vous :

« Ginny : No. But the love I felt from you that day – I’m not sure Albus feels that.

Harry : I’d do anything for him.

Ginny : Harry, you’d do anything for anybody. You were pretty happy to sacrifice yourself for the world (…)

Traduction (approximative)

Ginny : Non. Mais cet amour que tu m’a porté ce jour-là… je ne suis pas certaine qu’Albus le ressente.

Harry : Je ferais n’importe quoi pour lui.

Ginny : Harry, tu ferais n’importe quoi pour n’importe qui. Tu étais plutôt content de te sacrifier pour le monde. »

Avec, en bonus, une intéressante ré-intégration de l’ère « post Harry Potter » ; ou comment l’une des œuvres les plus cultes du monde parvient à jouer avec son propre héritage. C’est ce que certains lui reprochent d’ailleurs, en la comparant à une fan fiction. Je ne suis pas d’accord. À mon sens, cela montre au contraire que l’héritage de l’œuvre est pleinement assumé.

L’analogie entre Albus Severus vis-à-vis de son père et Jack Thorne vis-à-vis de Rowling est un peu facile, mais je vous laisse imaginer la pression que ce dernier a dû porter sur ses épaules pendant et après l’écriture de la pièce. Loin de se laisser écraser par elle, il l’a surmontée. Au final, et c’est sans doute le plus important, cela fonctionne parfaitement, comme dans cet extrait :

[su_spoiler title= »Spoiler (cliquez à vos risques et périls) : » style= »simple » icon= »plus-square-1″ anchor= »https://www.youtube.com/watch?v=wQP9XZc2Y_c »](Rose Weasley et Albus Severus rencontrent pour la première fois Scorpius Malefoy. Rose et Scorpius évoquent une rumeur dont Albus n’a jamais entendu parler)

Rose : The rumour is that he’s [Scorpius] Voldemort’s son, Albus.

A horrible, uncomfortable silence.

It’s probably rubbish. I mean… look, you’ve got a nose.

Traduction :

Rose : La rumeur dit qu’il est le fils de Voldemort, Albus.

C’est sûrement n’importe quoi. Je veux dire… regarde, tu as un nez.[/su_spoiler]

Un trio aux manettes

Donnée indispensable : Harry Potter « 8 » est une pièce de théâtre. Et cela change beaucoup de choses. Premièrement, il s’agit d’une collaboration. Si Rowling est à l’origine de l’histoire, elle n’a pas écrit le texte. On doit ce dernier à Jack Thorne, un fan inconditionnel de la saga, par ailleurs dramaturge et scénariste (Skins, Shameless…). Mais pour tout vous dire, cela ne se sent pas.

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Jack Thorne, J.K. Rowling et John Tiffany

Plusieurs raisons à cela. D’une part, Thorne connaît très bien l’univers du sorcier. D’autre part, pièce de théâtre oblige, il s’agit surtout de dialogues, plus facilement « pastichables ». La version française ne devrait pas non plus trop s’éloigner de ce que l’on connaît. En effet, Gallimard a confié la traduction à Jean-François Ménard, le traducteur historique de la saga.

Mais justement, le fait que L’Enfant Maudit soit une pièce de théâtre peut laisser un goût d’inachevé dans la bouche. Une pièce de théâtre est faite pour être jouée, et celle-ci en particulier. Contrairement à ce qu’on aurait pu penser, la pièce est loin, mais alors très loin, d’être plan-plan. Des sortilèges par-ci, des changements de décor à toutes les scènes par-là… Première hypothèse : Tiffany est masochiste. Seconde hypothèse : il dispose d’un budget colossal.

Sortez les gallions…

Inutile de vous préciser laquelle de ces deux possibilités est la plus vraisemblable. Clairement, le show bénéficie d’une mise en scène anglo-saxonne à la Broadway. Cette débauche d’esbroufe est assurément plaisante pour le spectateur qui en a pour son argent (encore que, vu le prix – à trois chiffres – des billets, on puisse en douter). Mais elle soulève un autre problème : celui de l’adaptation à l’étranger.

On se doute que l’exclusivité de l’exploitation outre-Manche va durer un certain temps (jusqu’en mai 2017 minimum). Pourtant, même ce délai passé, la pièce ne pourra pas être jouée à sa juste valeur partout. Il faudra sortir un chéquier, et un gros, pour la mettre en scène. Certains producteurs se bousculeront pour attraper la poule aux œufs d’or, évidemment. Mais l’écrasante majorité des compagnies et des théâtres, même avec de l’imagination, se verront sans doute obligées de trahir le script, ou de renoncer à monter la pièce.

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Harry, après avoir vidé son coffre à Gringotts afin de se payer un billet pour la pièce, sans doute.

Bientôt une adaptation cinématographique ?

Une pièce de théâtre, mais pour combien de temps ? Cet été, la Warner Bros a déposé la marque « Cursed Child ». Faut-il pour autant s’emballer ? Pas forcément. Il peut s’agir d’une simple protection pour ne pas voir un autre studio leur voler l’exclusivité. Du côté des principaux intéressés, on dément fermement un futur film. Mais ils nous avaient déjà fait le coup avec Les Animaux Fantastiques, dans vos salles le mois prochain… ce qui permet d’émettre un doute raisonnable sur leur bonne foi. Néanmoins, Warner peut aussi avoir déposé le nom pour commercialiser une captation de la pièce, ou encore pour protéger de futurs spectacles ou attractions du parc à thème Harry Potter, à Orlando. Deux hypothèses sans doute plus vraisemblables.

Quant à une suite au théâtre, elle n’est pas à exclure. Une citation tronquée de Rowling traîne sur le net et laisserait croire que L’Enfant Maudit serait la dernière œuvre de la saga : « maintenant Harry c’est terminé ». En réalité, elle a déclaré :

« [Harry] effectue un long voyage durant cette pièce de théâtre en deux parties, mais après, oui, nous en avons terminé. C’est la génération suivante, vous savez. Je suis ravie de voir la pièce réalisée d’une aussi belle manière mais non, maintenant Harry c’est terminé. »

Ce qui, si on lit correctement, écarte simplement le personnage de Harry, mais laisse une belle porte ouverte à de nouvelles aventures de la famille Potter… Pour notre plus grand plaisir.


Crédits photo : Manuel Harlan

Yoann Clayeux

Yoann Clayeux

Fraichement débarqué dans l'association en 2014, passé par la rubrique Théâtre et la correction d'articles, avant d'occuper le poste de Rédacteur en chef pendant près de deux saisons, j'ai depuis cédé ma place pour revenir à l'écriture d'articles en dilettante.