Il était une fois le sport et le nazisme, au CHRD

par Arlyo Team
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L’exposition « Le sport à l’épreuve européenne du nazisme » se tient du 24 juin 2016 au 29 janvier 2017 au Centre d’Histoire de la Résistance et de la Déportation (CHRD) de Lyon. Cette dernière nous offre, à travers l’étude des pratiques sportives, une approche originale de la période. Pour ce faire, l’exposition balaie de nombreuses problématiques et nous présente également des portraits de sportifs aux carrières brisées.

Ce projet, créé en 2011 par le Mémorial de la Shoah, se veut accessible au grand public et aux scolaires. Nous découvrons comment le sport est instrumentalisé selon les pays mais aussi l’acte de résistance qu’il peut incarner. L’histoire des Jeux Olympiques actualise d’ailleurs régulièrement cette problématique.

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Des thématiques plurielles

C’est toute une Histoire du sport qui s’esquisse au fil des panneaux, et de la relation au corps. Tout débute avec Mussolini et sa politique de développement sportif de masse où l’activité physique est sous contrôle de l’État. De plus, le public est amené à réfléchir sur la place de cet enseignement, comme en Allemagne où les jeunes écoliers ont dix heures d’EPS hebdomadaires. La relation au sport est donc examinée en Italie, en Allemagne, en France, dans les camps. À chacun de ces espaces, correspond un discours, une vision qui lui sont propres. Mais en dehors de ces politiques, le sport, c’est également un moyen de résister, d’affirmer sa dignité humaine malgré l’horreur. On rencontre alors le portrait de Alfred Nakache, champion de natation Français, qui continue à nager, malgré les risques, dans les bassins de rétentions d’Auschwitz.

La place des Jeux Olympiques

Une place importante est laissée aux Jeux Olympiques dès ceux de Berlin en 1936. Ces jeux attirant 75 000 visiteurs sont l’occasion d’une vaste propagande nazie, d’une mise en scène aux yeux du monde. Hitler les utilise pour montrer notamment la puissance industrielle et technologique via la construction de nombreux édifices et équipements modernes. Mais ils sont aussi l’expression d’un racisme et d’un antisémitisme qui ne cessent de croître. L’exposition nous entraîne ensuite à la découverte de l’Olympiade populaire de Barcelone, suivie des « premiers Jeux Olympiques Juifs ». Enfin, nous voyons, avec l’Olympiade sacrifiée de 1940, que la guerre s’immisce jusque dans le sport. Les démonstrations sportives sont pour Mussolini et Hitler l’occasion de montrer leur force, dont les sportifs en sont les ambassadeurs. Il faudra attendre les Jeux de 1948, que le CIO attribue à la cité martyre de Londres, pour rompre avec l’image belliqueuse qui s’y mêlait depuis 1936.

Si ces manifestations furent le théâtre d’affrontements, nous ne pouvons pas oublier ces sportifs qui ont pris le risque d’afficher leur opposition au régime nazi. À l’instar de Lunz Long qui, battu par le Noir Américain Jesse Owens au saut en longueur, s’empresse de le féliciter en lui levant le bras sous les yeux des dignitaires nazis. Ce geste le conduira sur un champ de bataille en Italie où il perdra la vie le 14 juillet 1943.

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Des destins brisés

L’exposition nous mène ensuite dans une salle sombre pour découvrir ces itinéraires de champions et championnes. L’atmosphère se fait plus confinée et parmi ces objets, ces tenues, les vestiges de ces heures de gloires, nous les rencontrons. Qui sont-ils, ces hommes et ces femmes au destin bafoué et aux rêves brisés ? Nous croisons le tennisman Daniel Penn, la gymnaste Agnès Keleti, mais aussi Sim Kessel sauvé par un SS car « Un boxeur ne peut en tuer un autre », ou bien Judith Deutsh qui refuse de participer aux JO de Berlin par solidarité avec les Juifs Allemands persécutés, ou bien alors Alfred Nakache, Matthias Sindelar et tant d’autres encore.

Mais l’exposition rend tout particulièrement hommage à Tola Vologe et Tony Bertrand, deux sportifs lyonnais, pour nous montrer l’impact de la politique sportive menée par le régime de Vichy. À travers la lecture de ces portraits singuliers, le visiteur est appelé à s’identifier et laisser place à l’émotion.

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En bref…

« Le sport à l’épreuve européenne du nazisme » nous offre une approche différente de la Seconde Guerre Mondiale. La première partie est très historicisante, et la lecture des nombreux panneaux peut s’avérer fastidieuse (notamment pour les scolaires). Néanmoins, la présence d’objets ainsi que la salle contenant les portraits de champion.ne.s rendent la visite plus accessible à un public non initié. Une exposition à recommander, mais en prévoyant du temps pour ne pas être trop submergé d’informations.

Toutes les infos sont disponibles ici : « Le sport à l’épreuve européenne du nazisme ».

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