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Outsider du paysage estival, The Shallows/Instinct de Survie avait tout de l’inoffensive série B voulue par son studio pour renflouer ses caisses.

Chose rare dans l’industrie hollywoodienne, Sony Pictures, le studio qui change l’or en plomb depuis quelques années (Amazing Spiderman, Pixels, Ghostbusters…), mise sur un sujet original, digne d’un DTV, pour se mesurer à la concurrence américaine d’Independance Day Resurgence plus que sur leur « tentpole » conduit à l’abattoir depuis plusieurs mois, le reboot de Ghostbusters ; en somme, pour assurer leur place au box office estival.

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Instinct de Survie, un film qui se distingue

Le film raconte l’histoire de Nancy (Blake Lively), très jolie étudiante en médecine voulant revenir sur le spot secret où sa mère est venue quand elle était enceinte d’elle.

Surfeuse accomplie, elle va profiter alors de ce coin de paradis pour se ressourcer avant que les choses ne se gâtent. En effet, le coin est le territoire de chasse d’un requin qui a l’intention de rajouter du surfeur à son menu s’ils viennent trop sur son territoire.

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Gravement blessée à la cuisse, Nancy est coincée sur un rocher qui sera immergé à la prochaine marée. Commence alors l’attente et la survie pour la jolie surfeuse, dans l’espoir de voir venir la moindre personne capable de lui porter secours, ou de les appeler ; mais le requin est bien décidé à ne laisser personne s’approcher d’elle ou de son territoire.    

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Raconté comme ça, Instinct de Survie ressemble à 12735 autres séries B, et encore plus avec le sujet du requin qui a été épuisé jusqu’à la corde depuis presque 15 ans avec la série des Shark Attack et autres mutations diverses de squales (Sharknado, Ghost Shark, Sand Shark, Snow Shark, Sky Sharks, Shark Exorcist…), faisant tomber la descendance du mythique Dents de la Mer de Steven Spielberg et de ses suites (qui étaient déjà sur la pente descendante) vers les méandres des programmes de seconde partie de soirée des chaînes de la TNT.

Et pourtant, Sony oblige, malgré des défauts de production qui vont influencer le sujet et surtout le ton, le film arrive à se distinguer du lot.      

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Le réalisateur est le très honnête artisan Jaume Collet-Serra, dont la filmographie assez éclectique a permis à sa touche personnelle d’émerger, laquelle apporte au sujet de ses films et que l’on retrouve complètement dans Instinct de survie.

On pouvait déjà voir dans le très bon remake de l’Homme au Masque de Cire, intitulé La maison de Cire, qu’il avait la force visuelle pour transcender son sujet de départ, soit le remake d’un film d’épouvante avec le mythique Vincent Price, mais cette fois transposé avec des codes du slasher moderne et avec un casting 100% estampillé populaire en 2005 : Paris Hilton, Elisha « Kim Bauer » Cuthbert, Jared « Supernatural » Padalecki… Et il marquera l’essai avec le fade mais très sympathique Esther, en montrant à l’écran, durant la période Saw, une tension héritée des productions d’antan. Mais il affichera surtout une certaine violence grâce à ses scènes assez graphiques au sadisme et à la viscéralité frontale : le doigt coupé ou la découverte du secret des mannequins dans La Maison de Cire, les meurtres giallesques d’Esther…   

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… puis dans sa filmographie plus récente, avec Sans Identité, de faire du Jason Bourne/Taken like en utilisant une méthode conceptualisée par Tony Scott sur le mythique Man of Fire qui consiste à afficher à l’écran les différents textes ou écrans en surexposition d’une autre séquence.

Sur Non stop et Instinct de Survie : SMS et Skype occupent un quart de l’écran en s’affichant non pas en raccord écran/visage mais en surexposition dans la scène. Exemple : le chrono de la montre de Nancy indiquant le temps qui lui reste avant la prochaine marée haute ou le lever du soleil.

Dit comme ça, il est assez difficile de comprendre le lien entre les scories de Collet-Serra et Instinct de Survie mais c’est justement là que réside la force du film.

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Tout comme le remake de La Maison de Cire et Esther auraient pu finir en série Z gore et grandguignolesque dans les mains de n’importe qui d’autre, ou encore les « takeneries » qui auraient pu être bonnes pour un programme façon Hollywood Night, Collet-Serra sublime son sujet dès qu’il en a l’occasion, et les occasions ne manquent pas : coin paradisiaque au bord de l’océan, héroïne iconisée de la façon la plus sexy possible jusqu’à la limite de l’exagération, rappelant le défaut sur le remake de Massacre à la Tronçonneuse où Marcus Nispel filmait les formes de Jessica Biel de façon trop insistante, pour le plus grand plaisir de son spectateur certes, mais au détriment de l’histoire ou de la scène en cours et surtout au détriment d’un découpage et d’une notion d’espace totalement compréhensibles à chaque instant.  

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Son utilisation de surexposition de la technologie sert à la fois le récit mais aussi à souligner l’exposition et les enjeux de l’héroïne ainsi que des autres personnages (voir l’utilisation très astucieuse de la caméra GoPro en build up dès l’intro du film). De la même manière, il arrive à mêler espace de plan et efficacité d’un 24 heures chrono grâce au lien du suspense d’un compte à rebours et de la tension d’une séquence.

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Quant à son approche du traitement de la violence, le réalisateur rappelle clairement les limites de l’interdiction PG13 : déjà, avec l’attaque du requin sur ses victimes, dont deux d’une violence assez inouïe et pourtant hors champ dans le cas de la seconde (le mexicain ivre qui rampe sur la plage, coupé en deux) ; ensuite, avec la façon viscérale de montrer la morsure à la cuisse de Nancy et sa douleur quand elle se suture (comme enjeu de la scène mais aussi du film), puis un 3e acte et un climax avec des méduses, où un moyen assez radical d’éliminer le requin est trouvé.

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Clair-obscur au creux des vagues

Le scénario, au premier abord totalement fun et divertissant (comme les images estivales du film le laissent présager), pourrait être en effet un statut de départ standard pour ce genre de film, mais un fond plus mélancolique, presque doux-amer, apporte un supplément bienvenu.

Contrairement à toutes les héroïnes ou héros qui doivent vivre cette situation, Nancy a une raison personnelle de venir ici, quitte à être isolée du monde ; sa lutte avec le requin pourrait être interprétée comme une sorte de lutte intérieure ou encore un moyen de parvenir à une catharsis personnelle.

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Le fait que le spot se situe derrière une formation rocheuse nommée « La Femme Enceinte », et la symbolique que représente l’élément aquatique, n’est pas si anodin et est clairement exploité de façon inconsciente dans la toile de fond du film, tout comme ce plan de conclusion du climax, hautement symbolique, lie de façon claire et précise la vie à la mort et surtout l’héroïne à sa mère.

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Voulant garder un aspect cool et balisé pour une production estivale, quelques idées sentent malheureusement la demande de rajouts de la part de la production…

… déjà, en rajoutant un sidekick avec Steven Seagull, mouette blessée et unique compagnon de Nancy durant toute une partie du film.

Si on peut sentir une volonté claire d’apaiser la tension entre deux apparitions ou attaques du requin, elle apporte une touche de légèreté et d’humour ; néanmoins, les placements de produits (défaut qui plombait déjà les productions Sony citées plus haut) et surtout ce happy end forcé gâchent l’effort du film.

Légers spoilers : je dis bien « forcé », car si on le comprend par l’image et parfois par le dialogue sans que ça vire dans le pathos complet, le film montre plus qu’une épreuve de survie, il montre bel et bien une acceptation quasi symbolique du deuil, en passant par de petites touches subtiles.

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Le plan de fin du climax, qui conclut une séquence de combat spectaculaire entre la surfeuse et le requin, bien que glauque et un tantinet déprimant, est cohérent avec le parcours de Nancy sans qu’il soit nécessaire d’ajouter un happy end.

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Conscient de son statut de divertissement estival, le film offre plus de profondeur qu’on ne pourrait le croire mais surtout une mise en scène plutôt élégante, totalement adaptée à son sujet, pour se distinguer des autres films de requin(s) avant lui.

Malgré deux-trois défauts qui plombent le film vers le bas, Instinct de Survie est un film à voir, car honnête aussi bien avec son sujet qu’avec son spectateur, assurant ainsi le divertissement demandé et ayant assez de qualités du point de vue du fond et de la forme pour être une production estivale réussie.  

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