Ce dossier aura pour but de servir de guide pour tout ce que les studios américains comptent sortir durant les 4 prochaines années dans le domaine à présent classé comme “film de super-héros”, malgré le fait qu’il y ait des films et des dates préprogrammées jusqu’en 2021 au bas mot.

Mais il a surtout pour but de se poser la question, au moment de la sortie de Deadpool, sur un aspect que beaucoup se sont résignés à admettre : que faut-il attendre désormais de cette invasion programmée déjà marketée et prête à être servie au public qui attend la bouche ouverte mais dont la lassitude et la méfiance commencent à pointer ?

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Petit retour en arrière en 2013 avec la sortie de Man of Steel, mais aussi d’Iron Man 3.
Après pas loin de presque 7 ans de development Hell, terme cinématographique désignant le cauchemar de processus de développement d’un film, Superman reprend son envol après l’essai raté mais passionnant dans ses intentions et ses grandes lignes qu’avait été Superman Returns en 2006.

Après avoir catapulté Christopher Nolan en nouveau roi des geeks avec sa version urbaine du Chevalier Noir de Gotham city et son hold-up onirique nommé Inception, Warner Bros et Legendary Pictures adoubent Zack Snyder (300, Watchmen, L’armée des morts ou le sous-estimé Sucker Punch) à la réalisation du reboot de Superman sur un script de David S Goyer (déjà la trilogie Batman version Nolan mais aussi la trilogie Blade et Dark City) et… malgré sa non-connaissance des codes du super-héros (l’étiquette estampillé “comic book” a été apportée par la patte de son frère Jonathan Nolan sur les réécritures de The Dark Knight et Dark Knight Rises) produit par Christopher Nolan, le trio Goyer/Snyder/Nolan est donc chargé de faire redécoller le fils de Krypton.

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Casse-gueule dans sa narration éclatée mêlant flashback de la jeunesse du super-héros et présent tourmenté d’un Clark Kent résolument partagé entre deux mondes et son destin à venir, le film se montre passionnant dans sa manière moderne et réaliste d’adapter les codes de Superman au 21e siècle (et fout à la poubelle le concept d’identité secrète de Clark Kent/Superman) avant de déraper dans la pyrotechnie et la destruction massive jusqu’à l’écœurement durant plus de 50 minutes (!!!) dans une seconde moitié de film à faire passer la filmographie de Michael Bay pour celle de Josée Dayan, et qui, visiblement, aura un impact sur les films de l’univers DC à venir.
Le film marche mais reste loin des chiffres de la concurrence Marvel Studios qui vient de décrocher la barre du milliard et la…. 3e place au box office all time derrière Titanic et Avatar, sans prendre en compte l’inflation.

Et pour lancer la phase 2 de Marvel, Iron Man 3 est chargé de succéder aux événements d’Avengers via le personnage le plus populaire des films Marvel mais, surtout, compte sur la présence du scénariste/réalisateur/acteur Shane Black (Kiss Kiss Bang Bang pour la réalisation, l’Arme Fatale, Au revoir à jamais, Last action hero pour ses scripts les plus mémorables) qui a déjà dirigé Downey junior dans Kiss Kiss Bang Bang, pour apporter un script et un film qui va faire hurler les puristes avec le twist le plus couillu qui soit via le personnage du Mandarin. Iron Man 3 sera aussi la confirmation, après Avengers, du “moule Marvel”, on nous fera le coup de ce que j’appelle la “darkitude cool” popularisé par le film the Dark Knight de Christopher Nolan où pour plaire au public, il faut faire le ton le plus sombre possible, hérité du traumatisme post 11 septembre jusqu’à la photographie.

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Malgré la trahison suprême aux yeux des puristes (le mandarin étant l’ennemi juré d’Iron Man dans les comics) et le fait d’apporter un semblant de mise en scène autant que les producteurs de Marvel lui permette, Shane Black réalise un buddy movie mâtiné d’action super-héroïque (et d’un excellent score dont un thème épique signé Bryan Tyler) mais, malheureusement aussi, une fois encore, un one man show pour Robert Downey Junior. Le film cartonne, réussissant lui aussi à atteindre la barre du milliard aussi facilement qu’à Avengers. La machinerie Marvel Studios est à présent rôdée et Disney va se frotter les mains et se remplir les poches jusqu’à 2015.

Tandis que Warner et DC Comics essayent de monter, eux aussi, leur univers partagé dans la continuité de Man of Steel, Marvel explose et décolle, devenant une valeur sûre auprès du public, d’Hollywood mais aussi un “modèle à suivre” auprès des studios. Pendant ce temps-là, Sony Pictures flingues Spider-man en deux films confiés à un réalisateur, Mark Webb, encore plus perdu que ne l’était Nolan après The Dark Knight.

Se tirant une balle dans le pied en voulant copier le modèle d’univers partagé en créant le spiderverse, les décisions de Sony et du représentant de chez Marvel, Avi Arad sur les grandes lignes de Amazing Spider-man 2 au détriment de ce pourquoi les deux scénaristes avaient été engagés, n’ont aucune continuité logique, narrative cinématographique. Seule la volonté commerciale de ne pas perdre Spider-man fait que le studio n’annule pas les futurs films du spiderverse, mais le box-office et les spectateurs en décident autrement et Spider-man sera désormais partagé chez Marvel mais aussi chez Sony.

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Chez la Fox, tout va pour le mieux car le duo Mathew Vaughn/Bryan Singer signe un film qui leur permet de rivaliser sans difficulté avec la concurrence avec X Men: Days of future Past. L’avantage que possèdent les films X Men depuis le début est que le traitement psychologique et réellement plus adulte offre une alternative vraiment intéressante pour le public, excepté dans certains cas comme le premier spin-off de Wolverine: x men origins qui singe les codes des films Marvel Studios.

2015 : les actionnaires de Disney enragent que les films Marvel n’aient pas rapporté autant que leur futur mastodonte Star Wars, et jugent que les films Marvel Studios de 2015 “sont des échecs” ; nous parlons de la modique somme d’1 milliard 800 en deux films avec Avengers : l’ère d’Ultron et Ant Man.

A compter de 2016, préparez-vous à une augmentation de rythme des sorties en proposant entre 7 et 9 films par an jusqu’à 2019, partagés entre les 3 studios : Marvel Studios via Disney, Warner Bros et donc DC Pictures et enfin la Twentieth Century Fox et enfin Sony Pictures récupérant les miettes financières de Spider-Man à compter de cette année mais détient aussi un certain contrôle “artistique” sur le personnage dont la première décision est de bloquer toutes images du personnage de Peter Parker/spiderman dans le futur Civil War.

Voici le calendrier des sorties par an (attention à l’indigestion) :

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Pour 2016, se succéderont donc : Deadpool à partir du 10 février puis Batman V Superman : l’aube de la justice le 23 Mars, Captain America : Civil War le 27 avril, X Men Apocalypse le 18 Mai, Suicide Squad le 3 août et enfin Docteur Strange le 26 Octobre…

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2017 : The Wolverine 2: Old Man Logan, Les Gardiens de la Galaxie : Volume 2, Wonder Woman, le reboot de Spiderman, Thor Ragnarok et Justice League partie 1.

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2018 : Black Panther, The Flash, Avengers : Infinity War partie 1, Aquaman, Ant Man et la Guèpe, et un film de l’univers X Men.

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2019: Captain Marvel, Shazam (qui risque d’être remplacé par un spin off de Batman), Avengers : Infinity War partie 2, Justice League partie 2 et à l’avenir incertain, Inhumans.

Puis confirmé en 2020 : Cyborg et Green Lantern Corps chez DC, et au moins trois films Marvel dont… un re-reboot des 4 fantastiques.

Je ne parlerai ni du potentiel des films, ni de leurs sujets pour m’attarder sur une simple question : malgré la volonté et les motivations purement commerciales exigées par les actionnaires des studios, combien de temps le grand public va-t-il tenir ?

Car il faut s’y résigner, ceux qui espèrent encore trouver un semblant de mise en scène ou de qualités cinématographiques peuvent désormais baisser les bras : l’âge d’or des années 2000 avec les Sam Raimi et autre Guillermo Del Toro ou malgré une qualité relative Christopher Nolan, est désormais révolu et oublié.
Je ne compte pas Bryan Singer, car il est le seul en 16 ans à avoir réussi à traverser les périodes de l’ère du renouveau super-héroïque à Hollywood, malgré ses qualités de metteur en scène assez limitées. Singer est un excellent directeur d’acteurs, un scénariste passionnant et bien entouré (Mathew Vaughn, Christopher Macquarrie, Simon Kinberg malgré des réserves sur lui), avec un apprentissage auprès des meilleurs (James Cameron et Peter Jackson mais aussi… George Lucas) afin d’apprendre à filmer des scènes d’actions et des effets visuels en grosse quantité (sa première partie de filmographie en était assez dépourvue). S’il montre des limites évidentes, Bryan Singer est pour le moment le plus compétent des réalisateurs encore actifs, avant la venue des nouveaux cette année ou dans les années à venir.

La notion de réalisation étant devenue aussi utile au public qu’une paire de gants à un manchot, il n’est plus étonnant de formater les films Marvel comme ce qu’ils sont vendus : des épisodes d’une immense série télé de luxe sur grand écran où les compétences des artistes sont immédiatement balayées par la présence castratrice de Kevin Feige mais aussi Ike Perlmutter, président de Marvel Studios qui doit rendre compte aux actionnaires de Disney et donc lui dicter le cahier des charges pré-établi sur le “modèle” d’Avengers pour réitérer le succès commercial à chacun des films, appuyé par une promo massive de la firme de la souris cannibale (on parle de 120 à 140 millions de dollars pour le budget promo de chaque film).

Zack Snyder, ayant déjà montré ce dont il est capable en bien comme en mal, et risquant de déteindre sur l’ensemble des futurs films DC, Marvel mise sur des réalisateurs venus du cinéma indépendant pour sa phase 3 afin d’apporter une caution « artistique et prestigieuse » qui leur fait défaut. Mais aussi, car ils commencent à écouter les coups de gueules du public sur l’apparence de séries télé interchangeables que sont Avengers 1 ou 2 ou Ant Man et même, malheureusement, malgré des qualités scénaristiques et narratives évidentes, les deux Captain America des frères Russo.

Je garde également des réserves sur les réalisateurs choisis pour les films DC, car coachés par Snyder en seconde équipe (il suffit de voir les ralentis “snyderesques” dans les premières images des scènes de combat de Wonder Woman). David Ayer semble avoir signé un film efficace, gardant sa patte, mais une fois encore, sans éclat autre que d’emballer de la money shot ponctué de punchlines déjà cultes (les répliques du joker ou d’Harley Quinn sont des futures références).
Et c’est bien ça le problème, comme Avengers 2 l’a prouvé l’an dernier : les films ne sont plus qu’une succession de money shots pour remplir trailers, futures spots TV et pubs pour voitures ou sodas (la guerre interne entre Marvel et DC y compris au niveau du marketing des canettes de sodas frôles le surréalisme) et perdant tout impact une fois resitué dans le contexte du film car n’ayant aucune cohérence narrative mais, et c’est là le plus catastrophique, des deux côtés de l’écran, ce genre de notion est inutile.

Côté studios, un semblant de profondeur ou de réelle cohérence ou intelligence du récit servi par une trace quelconque de mise en scène autre que celle des techniciens des effets visuels auxquels on demande de servir la soupe au public, peu importe le rendu final (voir la cinématique qui sert d’introduction à Avengers 2 à comparer à 11 ans d’écart le crash d’un métro entre ce même Avengers 2 et Spiderman 2) ou il y a 3 ans que le fameux plan continu liant les Avengers en action se montrait plus épique que trois-quarts des scènes live filmé et éclairé comme un épisode de NCIS.

Et du côté du public, le fait que tel personnage manque des profondeur psychologique car on a coupé toute scène de développement de caractère ou de sa psychologie, que la scène d’action soit oubliée et torchée en 5 minutes n’a aucune incidence sur le tweet posté ou le pop-corn acheté durant la séance… Et que de toute façon, il sera apprécié comme un divertissement tiré d’une licence connue et donc rassurante aux yeux du public, ne demandant aucun effort de concentration ou de réflexion.

Pour ceux qui espèrent autre chose, un semblant d’épaisseur, de sursaut de qualité stylistique ou narrative voire de fulgurances de mise en scène, eh bien… soit vous vous résignez à suivre le troupeau et à voir ces films comme un divertissement… soit vous vous tournez vers le passé… Soit on continue à espérer que du ras-le-bol approchant de plus en plus vite émergera ce qu’on appelle une surprise ou pourquoi pas, soyons fou, un bon ou un excellent film.

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