Itinéraire littéraire (2) – les légendes lyonnaises

by Arlyo Team
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Les légendes et contes populaires font partie intégrante de l’histoire de Lyon. Après un premier itinéraire à travers les hommages rendus aux grands auteurs lyonnais, il est temps de partir à la conquête des mystères de la ville. C’est à grand renfort de productions littéraires faisant état de ses étrangetés que j’ai bâti cette visite. Suivez le guide !

Si vous êtes natifs de la ville de Lyon, ou que vous la connaissez depuis quelques temps, bon nombre des légendes qui l’entourent vous seront familières. Amatrice de tarte aux pralines depuis 21 ans, je pensais tout savoir ou presque. J’avais tort. C’est en feuilletant un vieux livre familial sur l’histoire de Lyon que j’ai réalisé qu’il me restait beaucoup à apprendre. J’ai sélectionné pour vous des légendes se fondant sur des textes ou des témoignages de Lyonnais. Je vous propose de les découvrir.

Du côté de la colline de Fourvière

Le lac souterrain et la veuve Richard

Les pentes de la colline de Fourvière ont connu de nombreux effondrements à travers le temps. Au IXe siècle, une partie du forum gallo-romain s’écroule à la suite d’un glissement de terrain. Dans la nuit du 12 au 13 novembre 1930, c’est l’effondrement rue Tramassac qui fait quarante morts et détruit six immeubles. Des infiltrations d’eau auraient été à l’origine du tragique événement, permettant à une croyance populaire de prendre de l’ampleur. De nombreux Lyonnais l’affirment : il existe un véritable lac souterrain à l’intérieur de la colline. Cette dernière est en effet percée de nombreuses galeries de drainage, issues de l’époque romaine. D’anciennes citernes existent sous la piste de la Sara et l’esplanade du lycée Saint-Just. C’est lors de leur fermeture au public, que la curiosité à l’égard des souterrains de Lyon amplifie.

En 1931, peu après l’effondrement rue Tramassac, la veuve Richard, d’origine ardéchoise, affirme qu’il existe bel et bien un lac souterrain que l’on peut traverser en bateau. Lac qu’elle affirme avoir vu de ses propres yeux. Elle fait parvenir une [su_tooltip style= »tipsy » position= »north » shadow= »yes » rounded= »yes » size= »1″ content= »retranscrite en l’état, avec ses fautes d’orthographe »]lettre*[/su_tooltip] au maire de la ville, Édouard Herriot, pour relater son expérience :

 « SATILLEU

le 30 janvier 1931

Monsieur le Maire

Depuis le 13 décembre la catastrophe me préocupe beaucoup. De voir tan deaux et ne savoir pas d’out elle viens. Par la vois des journau je doit comprandre que tres peu de personne save comme moi quond peut se promené en bateau à Fourvière. Pour la révolution des choses très précieuse ont été caché dans se soutérin qu’une personne avait déposé. Vous me direz comment le savé vous ? J’ai habité lomptan à fourvière. Un jour un ami me dit qui voulait me faire voir le lac de Fourvière et qui me ferait allez en bateau. Je sourit et le suivie. A mon plus grand étonnement il me fit rentré à reculon, on ne peut pas autrement, une fois dans le soutérin. Nous fimes 80 ou 100 mètre et nous étions au lac avec un bateau. Crinte d’accident nous ni sommes pas allé. Depui cette époque savait été bouché; il faudrait que je sois sur les lieu pour faire voir la fermeture. Si monsieur le maire croit à ma parole qui me fasse allez à Lyon je me charge de le conduire comme lon ms fait. se serait un grand service pour le cartier st-jean attendu que l’eau se repan vien toute du lac.

Recevé monsieur le maire de votre très umble veuve Richard à Satilleu Ardeche. »

En 1952, la cavité a de nouveau été explorée par les services municipaux. Leur constat est le suivant : il existe « une galerie dont il est impossible de discerner si elle se prolonge ou pas ». Le lac serait une immense citerne d’époque romaine ayant servi à stocker les eaux de pluie et celles des aqueducs. Conclusion, peut-être pas de lac à proprement parler, mais bel et bien une étendue d’eau sous la colline. Merci la veuve Richard.

Dans la rue Juiverie

« Le diamant des Juifs »

légendes Lyon rue juiverieLes fins de mois sont difficiles ? La solution se trouve peut-être dans le Vieux Lyon, plus précisément rue Juiverie. La rumeur voudrait qu’un énorme diamant soit dissimulé dans l’une de ses caves. Les Médicis, et après eux des générations de chercheurs, ont mené l’enquête (sans grand succès). On trouve un certain nombre de témoignages relatifs à la quête de la pierre précieuse. Certains sont allés jusqu’à associer la mort du Dauphin, fils de François Ier, a un intérêt un peu trop prononcé pour le joyau. La légende dit alors qu’il aurait été empoisonné, pour s’être intéressé de trop près à cette pierre surnommée « le diamant des Juifs ».

Cette hypothèse est contredite par un certain Sandoval dans un bulletin de l’Académie Royale des Sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique (1853). Il attribue l’empoisonnement à Catherine de Médicis : « L’historien Sandoval prétend qu’il [le troisième fils de François Ier] fut empoisonné par Catherine de Médicis, qui avait aussi, dit-il, fait empoisonner le Dauphin, appelé François en 1536. » Ses motivations auraient été politiques, mais soyons honnêtes, les conflits de ce type sont moins fascinants que les histoires de diamant. La légende s’est donc joyeusement propagée.

L’appellation « diamant des Juifs », quant à elle, serait liée au fait que la communauté a largement investi le quartier au Moyen-Âge. Les nombreuses traboules traversant le Vieux Lyon permettaient de se protéger des multiples persécutions, et notamment de se rendre à la synagogue.

Plus récemment, il fut supputé que le fameux joyau serait dissimulé derrière l’une des têtes de lion qui ornent l’une des façades de la rue. Il s’agirait d’un lion de l’immeuble situé au n°23 rue Juiverie : la « Maison Lentillon ». Le système d’accès serait décrit dans l’un des détails de la sculpture. Une légende qui en évoque facilement une autre. À croire que quelqu’un a mélangé les vieux grimoires.

L’énigme de Nicolas Flamel

Il est écrivain, mais aussi alchimiste, à l’origine de la fameuse (bien qu’officieuse) découverte de la Pierre philosophale. Nicolas Flamel aurait décidé d’unir l’une de ses filles à un jeune homme lyonnais de bonne naissance. Mais la jeune femme aurait refusé, préférant à cette union le couvent.

Pour consoler le jeune homme éconduit, l’alchimiste lui offre alors de l’argent, ainsi qu’une énigme sous forme de dessin. Ce dernier représente onze têtes de lions, alignées sur trois rangs, et doit permettre de découvrir un trésor enfoui. L’ancien prétendant aidé de quelques amis se met au travail. Ensemble, ils résolvent l’énigme et le trésor est découvert. Les jeunes Lyonnais auraient alors fait le choix d’investir leur argent, s’offrant de magnifiques hôtels particuliers. Chacun de ses hôtels présentaient un ornement commun : une tête de lion. Têtes de lions que l’on retrouve bel et bien dans la rue Juiverie.

Quant à l’origine des trésors, Bréghot du Lut en dit plus dans Nouveaux mélanges biographiques et littéraires pour servir à l’histoire de la ville de Lyon. Dans l’ouvrage datant de 1839, il mentionne Nicolas Flamel. Ce dernier aurait (au cours de recherches livresques sur l’art royal) été informé de l’existence de plus de vingt trésors cachés. Ils auraient été dissimulés par des Juifs contraints d’abandonner leurs logements autour de Saint-Jean par la volonté de Philippe le Bel. Le riche propriétaire de l’hôtel Gadagne aurait même dévoilé à Louis XIII avoir trouvé l’un des trésors cachés évoqués par Nicolas Flamel. La boucle est bouclée.

Vers la cathédrale Saint-Jean

Ésotérisme et Grand Œuvre

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La cathédrale Saint-Jean, qui se situe dans le 5e arrondissement de la ville, est le siège du Primat des Gaules (titre accordé à l’archevêque de Lyon en raison de l’ancienneté de son siège). La cathédrale s’élève sur un complexe épiscopal datant de l’époque mérovingienne et a été édifiée sur trois siècles. Elle mêle donc trois styles architecturaux différents : roman, gothique et gothique flamboyant.

Beaucoup perçoivent sur la cathédrale de nombreuses représentations occultes et références au livre du Grand Œuvre. Le Magnus Opus en latin, ou Grand Œuvre, se réfère, en alchimie, à la réalisation de la pierre philosophale, pierre qui serait capable de transmuter les métaux, d’apporter une guérison infaillible ou encore et surtout, l’immortalité. Des bas-reliefs aux figures ésotériques et symboles alchimiques, bon nombre des médaillons qui entourent la cathédrale se sont prouvés difficiles à déchiffrer.

Au centre de la façade de la cathédrale, on découvre ainsi une statue représentant un chevalier en armure. Il se tient debout, épée et bouclier en main. La statue est appelée « l’Alchimiste », et la croix sur le bouclier du personnage étant enfermée dans un losange, il s’agirait de symboliser l’Église, mais aussi de montrer son désaccord avec ses principes. Les légendes veulent que la statue ait été construite pour rendre hommage à un alchimiste qui aurait financé une partie de la façade.
légendes lyon statue alchimiste
Parmi les détails de ce type, on pourra également s’attarder sur un vitrail de la vierge. Ce dernier la représente avec une main blanche disproportionnée. Pour certains, il s’agirait de faire écho au dieu celte Lug, vénéré des siècles durant sur la colline de Fourvière. Lug, qui a également donné son nom à la ville romaine : Lugdunum (signifiant la colline de Lug). Le dieu en question a aussi donné naissance au mythe du loup-garou. Selon la légende, de nombreux Lyonnais le vénéraient de façon clandestine la nuit, sur la colline de Fourvière, couverts de peaux de bêtes. Des « païens » connus sous le nom de Lup-gariens.légendes lyon vitrail - vierge

Il y a encore beaucoup à apprendre sur les secrets de la ville de Lyon. Les légendes sont nombreuses, des « arêtes de poisson », aux contes sur le Parc de la Tête d’or et ses trésors. Mais le reste sera pour une prochaine fois… Et vous ? D’autres légendes à nous proposer ?

*la lettre de la veuve Richard a été retranscrite en l’état
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