Krampus : je n’ai pas été, tous les jours, très sage…

by Philippe Orlandini
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Scandaleusement boudé par la distribution après déjà un report de cinq mois, Krampus arrive enfin chez nous en salles… dans un parc très limité.  

Après le déjà génial (et toujours inédit en France après neuf ans) Trick ’r Treat, où le scénariste Michael Dougherty (X-Men 2, Superman Returns…) passait à la réalisation en s’attaquant à sa vision très Creepshow de la fête d’Halloween, il revient avec Krampus. En mettant à mal l’esprit de Noël, il s’inspire, cette fois, d’une vieille légende racontant l’histoire de l’ombre de saint Nicolas nommé Krampus… Et autant dire que le film va donner envie d’être très sage d’ici les prochaines fêtes, au vu de ce qui va arriver aux protagonistes.

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Cette fois limité par la mention PG-13, contrairement au R bien senti et fort bien exploité de son précédent film, Krampus est une vraie proposition de cinéma fantastique comme on n’en fait plus. Hommage affiché, jusque dans les intentions de son réalisateur, aux films Amblin des années 80 (la première société de production de Steven Spielberg), tels que Poltergeist ou Gremlins, des références auxquelles je ne m’attendais vraiment pas en matière d’humour noir et de cruauté. Le film se pose ainsi comme un pendant hivernal de Jeepers Creepers de Victor Salva.  

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Il raconte comment, à deux jours de Noël, la famille Engel reçoit sa belle-famille pour les fêtes. Max est le seul enfant à encore croire à l’existence du père Noël et lui écrit une lettre où il lui demande de retrouver l’ambiance des Noëls en famille d’autrefois.

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Sauf que le chaos familial qui va se créer entre ses parents, son oncle, sa tante et surtout ses cousines, va déclencher une réaction en chaîne.

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Sous le coup de la colère, Max déchire sa lettre et perd alors la foi en l’esprit de Noël, entraînant alors sur la région une tempête de neige inimaginable et ouvertement surnaturelle, cachant la venue du Krampus et de ses assistants…

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Le cadre fantastique est posé directement après une exposition fort bien gérée (l’intro au ralenti dans le supermarché digne d’un Black Friday et la peinture familiale au vitriol avec photos à la clé).

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Construit sur les bases d’un slasher, Krampus montre pourtant une écriture de qualité en opérant le tour de force de briser tout le côté manichéen inhérent au genre, permettant aux personnages de dépasser leur statut de pivot tout juste bon à se faire manger/tuer/enlever. Bien que toujours mis sous tension par une mise en scène élégante et une photo superbe, on a également droit à de très jolies séquences de dialogue sur le ton de l’humour, parfois caustique, venant de l’impeccable Conchata Ferrell (Mon oncle Charlie) en tante Dorothy.

Emjay Anthony, Krista Stadler

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Le premier acte est d’ailleurs l’occasion de dépeindre les personnages par un humour bienvenu afin de souligner encore le malaise ambiant et cette tension typique des repas de famille, proche du premier Maman j’ai raté l’avion, qu’on a tous déjà vécus au moins une fois, au point de créer l’identification immédiate avec son public.

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Mais sans avoir à balayer l’exposition ou la mise en tension au profit de la mise en place du fantastique, son réalisateur se fait plaisir tel un gosse à Noël avec des pétards et des bombes à eau, illustrant de la façon la plus iconique qui soit chaque scène dévoilant son bestiaire et ce, très tôt dans le film, avant de réellement rentrer dans l’action en moitié de second acte, avec la séquence du grenier, véritable hommage aux films Gremlins, qui illustre parfaitement avec un respect et un plaisir non dissimulés chacune de ses créatures, partagée entre l’angoisse (les apparitions glauques à souhait du Diable dans la boîte puis celle de l’Angelot et du Teddy) et le grotesque (les bonshommes en cookie). Il met ensuite à mal vos repères et vos limites avant un troisième acte purement fantastique et d’une noirceur qu’on n’avait pas revue depuis un moment dans ce genre de film.

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Et jouant avec l’intelligence et la connaissance des codes du genre de son public, Dougherty conclut son long-métrage de la façon la plus tordue et jouissive possible.

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Je ne cache pas que j’attendais beaucoup du film, vu le degré de générosité et d’inventivité qu’il nous avait concocté sur Trick ’r Treat. Cette fois, même limité par un cadre PG-13, Krampus ne prend jamais de gants là où des films comme Chair de poule esquissaient à peine la surface.

Là où la réunion des monstres des livres de R. L. Stine avait tout de l’imagerie iconique grandiose mais jamais exploitée à son maximum, elle est ici balayée en quelques minutes par les déferlements, tous plus superbes les uns que les autres, d’une dizaine de money shots du film.

Dès sa première apparition, Krampus est iconisé, atteignant son aura de véritable bad guy lors d’un flashback magnifique graphiquement mais tragique à souhait, renvoyant à des œuvres comme L’Étrange Noël de M. Jack, Coraline ou encore à l’introduction de Hellboy 2. Michael Dougherty crée au même titre que Victor Salva sur Jeepers Creepers un monstre totalement et instantanément culte.kramp_043af_0030_v108.1248-660x277krampus3

Mais plus que tout, le film nous fait retrouver cette sensation d’incertitude propre aux codes du genre sur la survie des héros. Il serait presque trop facile de croire à la survie de certains des personnages tellement on s’est attaché à eux. À l’opposé, on aurait eu envie que certains disparaissent plus tôt.

Et il en est de même avec l’incertitude de la conclusion qui sera choisie, de peur qu’elle soit forcément décevante.

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Avec son premier film le réalisateur arrivait à poser à la fois une ambiance mais surtout une patte graphique au service d’un scénario malin et pervers, mais il ne réussissait pas à marquer de son empreinte chacun des segments de l’histoire. Sur Krampus, il se lâche carrément sans aucune retenue, avec une énergie débordante et un plaisir communicatif sur la mythologie et la mise en image du film, sans pour autant oublier de s’attacher aux personnages, même les plus détestables, pour nous livrer un conte de Noël à la fois fun, jouissif et cruel, proche des contes de fées d’antan, mais aussi rendre hommage aux films qui l’ont marqué durant son adolescence, sans se poser de limites sur le plan technique ou narratif, et marque ainsi l’essai pour son second film.

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Je ne peux que vous encourager à vous précipiter pour voir le film. Même s’il est cependant assez rageant de le voir passer complètement à la trappe (sortir un film se passant à Noël en plein mois de mai) sans qu’aucune chance ne lui ait été accordée. Je vous invite à vous procurer dès maintenant le DVD/Blu-Ray (disponible en import depuis peu) afin de permettre à Krampus d’exister comme il le mérite, au point qu’il serait de bon aloi qu’il aille rendre visite aux responsables de cette programmation désastreuse.

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