L’Institut Lumière relance le 21 février son programme « L’Épouvantable Vendredi » consacré ce soir-là, au réalisateur français, Alexandre Aja. En première partie aura lieu la projection de La colline a des yeux sortie en 2006, c’est une œuvre qui a réconcilié le public français avec les films d’horreur contemporains. Le film est un excellent remake de La colline a des yeux de Wes Craven sorti en 1977. Il raconte l’histoire d’une famille américaine perdue dans le désert du Nouveau-Mexique qui va être confrontée à une population sauvage et métamorphosée par les essais nucléaires des années 1950, ils vont tenter de survivre, en pleine nature, aux attaques meurtrières des autochtones.

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Le film s’inscrit dans une grande violence et reprend le genre du Survival : un groupe prend la route, et va devoir se battre contre une communauté ou une personne hostile pour avoir pénétré sur leur territoire. Le genre a été très exploité dans les années 1960-70 (Les Chiens de paille et les habitants du village, Psychose et Norman Bates…), La colline a des yeux se rapproche beaucoup du survival légendaire Délivrance (un groupe américain contre des consanguins féroces), et aborde le genre par le road-movie (Easy Rider et les rednecks…) et le film d’horreur (Massacre à la tronçonneuse…).

Le tour de force du film est de créer une forte tension en plein jour, de faire ressentir une oppression dans un désert (comme pour Duel de Spielberg, on retrouve la nécessité de survivre sur une route désertique), les paysages sont grandioses, infinis, l’ambiance de la ville fantôme fait référence au western, tout est poussiéreux, sale et au final très malsain. C’est Man in the Wilderness, nous sommes loin de l’urbanisation américaine, face à une nature sauvage en opposition avec la forte civilisation de la famille hiérarchisée, organisée et conservatrice. Leur ordre va être bouleversé violemment par l’attaque de leurs opposés : des autochtones cannibales n’écoutant que leurs instincts primitifs (sexuels, nutritifs, de domination) et leur sadisme. La musique est celle du cinéma de l’Ouest américain (soul, rock, country…), d’autres symboles nous ramènent à ce genre telle la station-service vide qui serait le dernier endroit plus ou moins « humain » du contexte.sitraEVE1021271_432286_colline-a-des-yeux-2006-23

L’attaque de la caravane (refuge de la famille) ou encore les derniers moments du film (grands déchaînements de fureur) sont très intenses, la nuit est sanglante, pourtant même sous le soleil, le spectateur n’est jamais en sécurité à cause de cette impression d’être observé en permanence. Le voyeurisme des sauvages et du spectateur lui-même (dans le gore, la focalisation interne…) est très puissant, il y a un regard lourd qui surplombe tout le film et crée l’angoisse, tous sont constamment observés, c’est ce qui étouffe et met mal à l’aise. Cette impression d’être épié se retrouve régulièrement, comme dans Les Dents de la mer : on est placé dans des espaces naturels, infinis et à perte de vue, mais les personnages sont espionnés à leur insu par un regard étranger et malveillant qui s’acharnera sur eux jusqu’à la mort.

Autre point intéressant, l’évolution du personnage principal, présenté comme un lâche, aigri et clamant ses idées démocrates et pacifiques qui finira par devenir un véritable héros, écoutant ses pulsions de la même façon que ses ennemis, il suivra son instinct de vengeance meurtrier, et deviendra presque aussi trivial et violent que les habitants de la colline. Le spectateur s’accroche fortement à son héros qui n’inspirait que du mépris au départ.

En arrière-plan se trouve une critique de l’Amérique, les essais nucléaires dénoncés placent les monstres en victimes durant quelques minutes du film (sentiment de culpabilité envers des individus sanguinaires), le générique montre des images historiques des conséquences du nucléaire sur l’homme « 1945-1962 : Nouveau-Mexique : 331 essais nucléaires, sur 3 400 km², la radioactivité fit muter tous les êtres vivants. ». Le stéréotype de la famille américaine vivant le rêve américain et arborant les grands espaces est décimé par le peuple refoulé qui est à la fois victime et bourreau. Le héros montre aussi une Amérique qui semble civilisée et paisible, mais qui finira par devenir terriblement brutale pour s’approprier un territoire qui ne lui appartient pas. Cet aspect d’invasion, de colonisation, rappelle les films de monstres, de zombies ou d’extraterrestres, en effet la population qui a muté est totalement déshumanisée, ils ont été détruits physiquement, mentalement et envahissent tout l’espace.

La-colline-a-des-yeux-image-2Un groupe doit survivre à l’autre dans le désert, traverser un espace peuplé, la frontière symbolique de la caravane et du périmètre qui l’entoure est la métaphore d’une « conquête », de l’appropriation d’un lieu étranger par les États-Unis. Mais cette limite va être réduite puis violée (autant symboliquement qu’au sens propre du terme), le groupe traqué est pris au piège, ils n’ont aucun moyen de communication, pas d’échappatoire face à la menace extérieure et la représentation de l’autre. Alexandre Aja signe un très grand survival, entre le film d’horreur et le road-movie, La colline a des yeux est un film intense et magnifiquement mis en scène.

La colline a des yeux (The Hills Have Eyes), A. Aja 2006 avec Aaron Stanford, Ted Levine, Kathleen Quinlan. Int – 16 ans, VO, 1h48

Vendredi 21 février, 20h présentation par Jean-Pierre Andrevon – Institut Lumière, 25 rue du 1er Film, 69008 Lyon (Métro Monplaisir)

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