Vous avez dû voir plus d’une fois, dans le métro ou dans la rue, ces affiches rayées jaune et bleu. Mais avez-vous cherché à savoir ce qui se cachait derrière ?
Voici la réponse : une exposition temporaire sur la mode des femmes en temps de guerre, au Centre d’Histoire de la Résistance et de la Déportation (CHRD). Et si l’on peut se permettre un avis : elle est réellement passionnante. Alors dépêchez-vous, il ne vous reste que deux semaines !

La mode des femmes en temps de guerre : le sujet paraît comme cela assez futile. Et pourtant… On ne peut pas imaginer l’enjeu que cela a pu représenter à l’époque. Face à l’humiliation de l’Occupation allemande, continuer à s’habiller élégamment malgré les pénuries a permis aux femmes d’exprimer leur dignité et leur résistance aux évènements. Néanmoins, elles ont dû pour cela déployer de grands talents d’ingéniosité.

Durant cette période, la France connaît des pénuries en coton, laine, cuir et autres matériaux qui représentaient l’essentiel de l’habillement. De plus, l’Allemagne réquisitionne de grandes quantités de tissus. Des restrictions sont donc mises en place. Les Françaises vont alors faire appel à leur imagination pour confectionner elles-mêmes leurs vêtements à partir de matériaux insolites. En voici quelques exemples :

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Des sandales en raphia tressé

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Des semelles de chaussures en bois ou en liège. Cela était rigide et peu confortable, mais en 1942 apparaîtront les semelles en bois articulées. On pouvait également utiliser de la corde ou du pneu.

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Du ruban reps pour maintenir la sandale au pied. Cette méthode était très répandue, car il n’y avait pas de rationnement pour les rubans.

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Un sac fait à partir d’anciens châles, et l’autre en bois.

5Une tenue complète réalisée à partir d’un tissu d’ameublement en velours.

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Une chemise de nuit en toile de parachute. Celui-ci a probablement été récupéré au cours d’un parachutage de munitions pour la Résistance.

On citera encore une bandoulière de sac conçue à partir d’une paire de bretelles en cuir, une ceinture en fils électriques, ou la robe mille morceaux composée de bouts de tissus différents. Vous l’aurez compris, de nombreux objets sont détournés de leur fonction initiale pour devenir des vêtements ou des accessoires. La plupart de ces astuces sont issues de magazines féminins, tels que Marie Claire ou Elle.

Parmi les autres techniques d’élégance, on trouve la teinture pour jambes qui permet de masquer l’absence de bas. Par ailleurs, les jeunes filles se confectionnaient parfois une jupe d’une ancienne robe de leur mère ou d’un pantalon de leur père. On pratiquait également le retournement de vêtements, comme le prouve le témoignage de Jeannette Ruplinger, une Lyonnaise : « On prenait un vêtement déjà usagé qu’on avait porté beaucoup, on le décousait complètement et on le refaisait en mettant ce qui était à l’intérieur à l’extérieur. On le retournait et on avait un vêtement propre, net et pas trop usé, cela ne se voyait pas. »

Il a en outre fallu faire face aux nouvelles difficultés posées par le rationnement de l’essence : on doit désormais se déplacer en bicyclette ou en métro. On adapte par conséquent les tenues à ces nouveaux moyens de locomotion. Pour la bicyclette, on innove avec le sac en bandoulière, et aussi avec les jupes-culottes, c’est-à-dire des pantalons très larges pour ressembler à une jupe (car le port du pantalon est interdit dans de nombreuses régions). Quant au métro, on invente des gants avec une petite poche conçue spécialement pour mettre le ticket, et ainsi le conserver sur soi de manière élégante.

Certains accessoires peuvent aussi participer à l’expression d’une résistance : par exemple, les sacs à main à double fond ou à double paroi, qui permettent de dissimuler des tracts ou des armes légères.

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Cette exposition offre donc un panorama du vêtement pendant la guerre, vu de Lyon. Pour voir, de vos propres yeux, toutes ces œuvres d’ingéniosité et bien d’autres, rendez-vous au CHRD d’ici le dimanche 13 avril.

Pour finir, je vous incite à aller à l’un des défilés qui auront lieu lors de la nocturne de l’exposition, vendredi 11 avril à 18 h 15, 19 h 30 et 20 h 15. Il s’agira d’une collection de tenues inspirée des années 1940, réalisée par des élèves du lycée Ampère en spécialité arts plastiques. Ceux-ci ont préalablement travaillé sur les matériaux et sur les phénomènes de mode, pour finalement créer des patrons de vêtements. La plupart des tenues ont ensuite été réalisées par l’atelier Zig Zag (structure d’insertion professionnelle située à Mermoz dans le 8e), et l’une d’entre elles par les élèves eux-mêmes. Un joli partenariat qui peut permettre à tous de concrétiser son idée de la mode d’il y a 70 ans.

Crédits photos : © Yannick Bailly © Pierre Verrier © Laurent Vella

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