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Cela fait exactement 10 ans que le film de Guillermo Del Toro, Le Labyrinthe de Pan, est sorti en salles. Retour sur une des œuvres les plus marquante du 7e art de ces dernières années.

Le destin de ce film est aussi atypique que la filmographie de son réalisateur. Œuvre restée depuis plusieurs années en gestation dans un recoin de la tête de son auteur-réalisateur à l’imaginaire fertile, il lui a fallu attendre presque 20 ans — et d’accéder à la notoriété auprès de la presse spécialisée mais surtout du public — afin de la concrétiser.

Les précédents films de son réalisateur étaient des œuvres, au départ, de commandes (Mimic, Blade 2). Mais après une débâcle inimaginable avec Mimic, avec les terribles frères Weinstein (patron des studios Miramax et Dimension, connus pour charcuter les films lors de la post-production), Del Toro a réussi à franchir le cap de cette traumatisante expérience malgré les qualités indéniables du film qui subsistent et nous parviennent en dépit de l’aspect « film patchwork ».

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Dans le cas de Blade 2, la façon avec laquelle Del Toro s’est imprégné de sa première débâcle pour rendre le film plus personnel, dans sa forme et dans son fond, fait qu’on ne peut pas le qualifier de simple suite commerciale ou d’œuvre de commande. 

Suite du film de Stephen Norrington sorti en 1998 (Blade), ayant lancé Wesley Snipes et popularisé via la branche New Line un super héros méconnu de l’écurie Marvel, Del Toro sera repéré par Snipes et le scénariste David Goyer. Et, de fait, Guillermo épouse complètement le sujet qui le passionne et auquel il peut totalement s’identifier : un univers gothique, des monstres, un personnage de comic book cool et torturé au background assez riche ; c’est avant tout l’occasion pour lui de faire un film de monstres doublé d’un hommage à toute la culture geek qui le nourrit.

Une œuvre hybride

Les mangas, en passant par les jeux-vidéo, la peinture et la littérature, enrichissent ce qui ressemblerait en temps normal à un « simple » actionner ou une suite commerciale calibrée comme blockbuster estival…

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Il en résulte une œuvre hybride explosant complètement les médiums auxquels on était en droit de s’attendre. Lui, le réalisateur mexicain de deux films horrifiques quasi inconnus hier, celui qu’on croyait simple pantin d’un des pires studios, livre aujourd’hui un blockbuster sous influence, survitaminée, à la fois incroyablement généreux et plus complexe qu’il n’y paraît dans le développement en filigrane de tout un univers et d’une société de vampires.

Univers qu’il ira reprendre et développer plus tard pour co-écrire les romans puis la série The Strain.

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Et en parallèle du tournage de Blade 2, Del Toro montre une partie de ces facettes et de sa diversité en ayant signé, avec l’aide de Pedro Almodovar à la production, un film indépendant fantastique en langue espagnole : L’Échine du Diable.

La coïncidence veut d’ailleurs que les deux films sortent en France à une semaine d’écart, histoire de souligner encore plus le contraste de ton et de style dont le réalisateur est capable…

Aux antipodes de ses références geek de Blade 2, L’Échine du Diable est un film à la fois personnel et intimiste, où on sent un aspect presque cathartique derrière cette histoire d’enfants dans un orphelinat, et de fantôme sur fond de guerre civile.

Hommages, toujours

Mais malgré l’aspect indépendant de sa production et la différence de genre, L’Échine du Diable reste une œuvre tout aussi envoûtante que passionnante, et rejoint Blade 2 par son incroyable capacité à rendre hommage à tout un pan de la culture cinématographique et littéraire de son réalisateur.

À savoir cette fois-ci les films de fantômes et de maisons hantées des années 40/60, ou de citer des œuvres du cinéma bis comme les Révoltés de l’an 2000. Et enfin de montrer à une partie de son public qu’on peut faire un film indépendant tout en faisant preuve de puissance visuelle, en faisant s’imprimer nombre de séquences sur la rétine dès le premier visionnage (le plan de grue de la bombe sous la pluie dans la cour ou la première apparition du fantôme). Oui, on peut faire cela tout en ayant fait un blockbuster comme Blade 2.

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Après ce doublé prenant tout le monde de court aussi bien côté critique que public, Guillermo Del Toro est catalogué comme réalisateurs geek aux côtés de Sam Raimi et Peter Jackson.

L’aventure Hellboy

Il aurait pu céder aux sirènes d’Hollywood très facilement, elles qui le courtisaient pour nombre de suites ou adaptations en cours : Les 4 fantastiques, Van Helsing, Harry Potter et le prisonnier d’Azkaban (qui finira dans les mains de son ami de longue date, Alfonso Cuaron) ou Alien VS Predator ou, forcémentn Blade 3. Aussi folle que soit sa décision, le réalisateur décline toutes ces propositions pour réaliser un projet qui lui tient à cœur : l’adaptation de Hellboy avec l’aide de son ami et comédien fétiche Ron Perlman.

Et plus encore que sur Blade 2, Hellboy est une œuvre à part entière et une très libre adaptation des romans graphiques de Mike Mignola, qui approuve le projet et la vision de Del Toro en allant d’ailleurs jusqu’à superviser le design du film.

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Là où le grand public s’attendait à un « Blade 2 bis avec un démon », son réalisateur signe un film d’auteur super héroïque au rythme posé, presque contemplatif par moment, mais respectant parfaitement l’essence même du personnage et de sa mythologie.

Hellboy est un film qui hybride les deux styles des films Blade 2 et L’Échine du diable, allant chercher les obsessions personnelles de son auteur — principalement la représentation de la mort et de la religion — sous un aspect paganiste comme dans L’Échine du diable. Totalement en accord avec son sujet et surtout avec ses personnages, on y trouve des thèmes chers au cinéaste, tels que le temps qui passe via l’image de la montre ou de l’horloge, ainsi que l’empathie tragique du monstre et sa façon de se confronter à l’être humain, tirée d’un de ses films de chevet, Frankenstein de James Whale.

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Déjouer les attentes

Dit comme ça, on pourrait croire que, comme sur Blade 2, l’aspect gothique et tragique sera mis en avant au vu de son héros, un démon recueilli et élevé par les humains, luttant contre les forces surnaturelles et portant en lui les germes de la destruction de notre monde. Il n’en est rien puisque le film est certes un film d’auteur fantastique gothique et tragique, tout comme l’était L’Échine du Diable, mais il est également dynamité par le fun, l’humour et la générosité du sujet si foisonnant qu’est Hellboy.

Comme d’autres réalisateurs avant lui, Del Toro jongle entre les genres, passant des rires aux larmes, de l’humour à l’action puis au drame, flirtant cette fois encore avec un fantastique horrifique, à la fois glauque et viscéral, toujours au service d’une adaptation très personnelle du roman graphique, et surtout de son héros (la date de « naissance » d’Hellboy a été changée pour devenir celle de Del Toro lui-même).

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Un univers personnel et intime au service des plus grands récits du fantastique…

Revenir sur ces trois films permet de comprendre en filigrane les thématiques et obsessions du réalisateur, mais aussi la manière dont il les a totalement imprégnés pour façonner ce qui reste à ce jour son chef d’œuvre et la pierre angulaire de toute sa filmographie ; une sorte de pierre philosophale dont son créateur va se servir pour nourrir son imaginaire mais aussi construire tous ses autres films.

Alternant lui aussi les œuvres plus commerciales et intimistes comme de nombreux autres réalisateurs (je pense surtout à Steven Spielberg durant sa période 1990-2010), Guillermo Del Toro se sent enfin prêt à concrétiser son projet fétiche, qu’il traîne depuis plusieurs années.

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L’Échine du diable mais aussi Cronos, son premier film, étaient une sorte d’ébauche de ses capacités intimistes et dramatiques, ne cherchant pas pour autant à servir la soupe à la presse et au public bobo des festivals. La présentation du Labyrinthe de Pan au Festival de Cannes aurait pu être synonyme de relâchement de l’auteur. Ce qui ne fut clairement pas le cas.

Voir un réalisateur enchaîner deux blockbusters (malgré leurs budgets de moins de 100 millions) pour passer à une œuvre d’ores et déjà classée comme « de festival » n’est non pas un cheval de Troie mais la confirmation de tout le talent qu’a l’auteur pour briser les barrières qui séparent les genres et les publics.

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Le Labyrinthe de Pan

Le Labyrinthe de Pan est une œuvre à la fois parfaite dans son aboutissement créatif et complètement hors du système comme les précédents (et futurs) films de la filmographie de Del Toro.

Il est assez difficile de résumer simplement le film car cela le réduirait à un style seulement. À la fois suite et prolongation de L’Échine du Diable, conte fantastique, film d’auteur, drame historique, le film est avant tout et surtout une plongée intime dans les méandres de l’imaginaire fertile de Del Toro ; un voyage intime et intérieur où, comme pour ses précédents films, le cœur et l’estomac seront autant mis à l’épreuve que le cerveau et les yeux, pour peu qu’on accepte les règles et de plonger dans le terrier du lapin telle Alice qui s’engouffrait au pays des merveilles.

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Le film peut être vu de deux manières. L’aspect imaginaire en fera une quête initiatique tragique, magique et grandiose pour la jeune Ofelia, héroïne qui devra, comme d’autres avant elle, traverser des épreuves toutes plus dangereuses, afin d’en ressortir changée et adulte ; mais condenser ainsi l’intrigue serait la simplifier et ne pas rendre honneur à la complexité de son scénario, riche de milles facettes absolument fantastiques.

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Film historique ? Fantastique ? Les deux ?

Si on suit le film comme le ferait un spectateur distrait (ou actuel), jamais on ne pourrait y rentrer. Il faut, pour ceci, comprendre que les clés qui sont données par le réalisateur ne sont non pas transmises par mais la voix mais bel et bien transmise par l’image, délivrées par un mise en scène complètement libérée de toute contrainte.

Plus que le seul aspect comic book ou lyrique qui est voulu par les mouvements superbes de caméra, ces derniers montrent surtout le camp qu’ils choisissent : ne jamais faire hésiter sur le message du film ni sur les choix qu’il offre à son personnage comme à son spectateur.

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Tout comme de nombreux réalisateurs, Del Toro traite chacune de ses thématiques de façon totalement inconsciente, comme si elles faisaient partie d’un grand tout et non comme si elles devaient, comme un producteur, remplir un cahier des charges sur ce qui doit être mis à l’écran pour apporter une patte. Tout le contraire de Tim Burton depuis les années 2000 en soit, comme il est très bien expliqué dans cette vidéo :

Au même titre que l’obsession du jeu de reflets et de miroirs chez Steven Spielberg ou Robert Zemeckis, Guillermo Del Toro joue les alchimistes en brisant chacune des barrières stylistiques et narratives qui faisaient ses propres codes.

Le Labyrinthe de Pan est une œuvre hors-norme dans sa façon de raconter une histoire, mais le film échappe complètement à la forme de sophistication que pourraient représenter les genres abordés.

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De l’utilisation des personnages

Si l’on regarde attentivement le film sans avoir à choisir la manière dont on va le « classifier », on voit que l’aspect historique est traité de façon égale en termes de ton et de construction narrative, renvoyant même certaines séquences en miroir (comme le dîner organisé par Vidal/la table du festin de l’homme pâle, la différence de point de vue réalité/imaginaire de deux personnages pour la séquence de la mandragore, ou encore celle du climax), et en allant jusqu’à représenter encore une fois ses propres thématiques via des personnages. Par exemple Vidal, le général franquiste et beau-père d’Ofelia, est à la fois porteur et victime de la représentation du temps via la montre de son père, objet hautement symbolique pour son personnage mais aussi pour Del Toro.

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Le dernier personnage de la filmographie, cumulant la représentation de la mort et de l’horloge mécanique, est bien évidemment Kroenen dans Hellboy, soldat revenant à la vie, via une horlogerie interne, afin d’accomplir ses missions dont celle, très ambiguë, de servir la figure maléfique du Père qu’est Raspoutine mais aussi (spoilers au cas où) de tuer le père adoptif d’Hellboy, le professeur Broom, qui représente la part d’humanité de la créature.

À la façon d’un Decker dans le génial et méconnu NightBreed/Cabal de Clive Barker, le général Vidal est le vrai monstre du film, celui ayant un visage humain.

Zur ARTE-Sendung Pans Labyrinth 1752701: Die Rätsel, die Ofelia (Ivana Baquero, li.) lösen muss, werden immer gefährlicher. Vor allem die Gestalt (Doug Jones, re.) im unterirdischen Gemäuer ist zu fürchten, denn sie hat Hunger … © Warner Bros. Foto: ARTE France Honorarfreie Verwendung nur im Zusammenhang mit genannter Sendung und bei folgender Nennung "Bild: Sendeanstalt/Copyright". Andere Verwendungen nur nach vorheriger Absprache: ARTE-Bildredaktion, Silke Wölk Tel.: +33 3 881 422 25, E-Mail: bildredaktion@arte.tv

Galerie de monstres intimes

Comme dans ses précédents films, le monstre prend toute sa dimension iconique au fur et à mesure que progresse la filmographie de son réalisateur, atteignant son apogée stylistique — avec le bestiaire fabuleux d’Hellboy : the Golden Army — puis cinématographique avec Pacific Rim.

Dans le cas du Labyrinthe de Pan, jamais la figure du monstre n’aura été mieux représentée chez Del Toro que par les deux « stars » du film, qui sont le Faune et l’Homme Pâle.

Encore « bridé » sur Hellboy, car adaptant à l’écran des personnages déjà existants, Le Labyrinthe de Pan libère enfin les capacités entraperçues par petites touches sur ses précédents films comme les Reapers et Nomak dans Blade 2 ou même les Judas dans Mimic.

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Le Faune repose sur la figure ancestrale et mythologique ancrée dans les illustrations des contes de fées, comme le montre la séquence de transformation des fées dans le film. Il n’en reste pas moins un élément clé de l’histoire mais aussi, par son sous texte, une représentation quasi jungienne des tourments de l’adolescence auxquels Ofelia va être confrontée (la prémonition du livre se gorgeant de sang est on ne peut plus symbolique).

Le personnage au design fabuleux est interprété par le génial Doug Jones, complice de Del Toro depuis Hellboy (dont son chef d’œuvre sera l’Ange de la Mort dans Hellboy 2).

Il est la figure classique du mentor ou du sage, un croisement improbable entre Gandalf et le chat du Cheshire qui va traverser le film et servir de guide à la jeune fille pour l’aider dans ses épreuves aussi bien personnelles (la mandragore ou le choix à faire lors la troisième épreuve) qu’héroïques (il délivre les objets pour aider à la quête et lui indique où et quand elles auront lieu).

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Le cas de l’homme pâle

Second personnage instantanément culte malgré son faible temps de présence : l’homme pâle. Si le Faune représente le mentor ou l’aide magique, cette créature au design fantastique est la représentation symbolique de l’Ogre. Dans le contexte de la séquence, tout est affaire de représentation.

Ainsi les peintures illustrant l’homme pâle, inspiré d’une peinture du dieu romain Saturne dévorant des enfants, l’aspect exiguë de son antre et enfin le festin qui apparaît, est là aussi une belle représentation psychologique et freudienne de la tentation dans l’esprit de la jeune fille.

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Les images sur le mur pouvant même être comprises comme étant un souvenir d’une illustration dont Ofelia se rappelle ou, aspect comic book en filigrane, une bulle de pensée d’un personnage.

Mais surtout, la fascination et la popularité du personnage proviennent du fait qu’il est aussi la représentation de l’échec d’Ofelia, ou même des pulsions intérieures auxquelles elle est confrontée depuis quelques temps dans le background du film.

L’imaginaire plus fort que le réalité…

Le Labyrinthe de Pan est raconté à la façon d’un conte de fées traditionnel, commençant par l’éternel « Il était une fois » et racontant l’histoire de la princesse Moana du royaume de Bezmorra (royaume repris et visible dans Hellboy 2 au passage). Mais quand je dis « contes traditionnels », je ne parle pas de ceux dont les versions modernes sont mignonnes et colorées comme chez Walt Disney, je parle des contes d’origine, sombres et glauques, comme ceux des frères Grimm, ou de Charles Perrault, ayant inspiré l’artiste Rackham, auquel le film rend hommage (la représentation de l’arbre où se terre la grenouille ou le conte avec la rose et les ronces).

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Un des aspects qui a choqué nombre de personnes est le fait que que le film soit (entre autres choses) un conte de fées qui se passant durant la guerre.

Les personnes en question ont sans doute oublié le contexte de départ des romans Les Chroniques de Narnia, ou même le point de départ de Peter Pan ou, dans un contexte plus vaste via la fantasy moderne, L’Histoire sans fin.

Campbell, encore…

Nombre de récits fantastiques se partagent entre deux mondes qui communiquent l‘un avec l’autre, Harry Potter en est un parfait exemple mais dans le cas du Labyrinthe de Pan, on n’est pas sur du matériel adapté et le public a toujours du mal à accepter les règles des univers originaux. Bien évidemment, ce concept même des deux mondes se retrouve dans le concept du monomythe de Joseph Campbell, dont on a déjà parlé maintes fois dans quelques articles d’Arlyo.

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En effet, l’héroïne, à l’instar de Néo, Harry Potter, Frodon, Jake Sully…, finit par devenir maître des deux mondes à l’issue de son sacrifice et ainsi gagner sur les deux tableaux, avec toute la symbolique que cela suppose ; ce qui n’est pas anodin, Del Toro étant familier des thèses campbelliennes puisque lui-même associé pendant de nombreuses années à Bilbo Le Hobbit, œuvre campbellienne s’il en est (qu’il devait réaliser mais qui échouera à Peter Jackson, bien que le scénario soit toujours signé, en partie, par Del Toro).

Encore un peu de symbolisme…

Dans le cas du film, l’aspect historique et guerrier est une représentation de la dureté et de la violence de la réalité auxquelles est confrontée Ofelia tous les jours, y compris dans le contexte douloureux et intime pour elle qui est de rester impassible en voyant sa mère malade malgré le fait qu’elle soit enceinte.

Là aussi Del Toro joue avec le symbole de l’espoir et de la maternité. L’enfant est, lui aussi, porteur d’espoir et d’amertume puisque son père reporte sur lui son envie de lui transmettre ses valeurs.

Lors du choix de la troisième épreuve, Ofelia décide de verser son sang et non celui de son petit frère pour ouvrir le portail.

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Comme le Faune l’a précisé, il fallait verser le sang d’un innocent ; mais plus que le propre lien du sang qu’elle partage avec son petit frère, c’est en tant que femme qu’elle décide de le protéger.

Le montage interrompt la séquence montrant la mort d’Ofelia pour revenir sur l’exécution de Vidal. On a ensuite le dialogue de Mercedes sur le fait que l’enfant ne connaîtra jamais son père qui prouve que le bambin, par-delà les liens du sang, restera porteur d’espoir car sauvé par une figure maternelle innocente qu’est Ofelia.

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Et c’est dans ces dernières minutes que le message du film apparaît au grand jour : le fait que Del Toro ait laissé à chacun sa propre interprétation sur ce que devient Ofelia à la fin.

Plusieurs interprétations

Pour certaines personnes et les plus cyniques, Ofelia pourrait être juste une gamine ayant trop d’imagination ou ayant consommé de la drogue ; mais le poids de la douleur que représente la mort d’un enfant heureux face à elle, vivant pour toujours dans son monde imaginaire, est une solution trop sombre et surtout trop brutale dans un contexte réaliste. Néanmoins, le film ne montre jamais une distance ou même un point de vue négatif sur ce que vit et voit Ofelia… Après tout, il commence par un « il était une fois ».

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Au-delà de son contexte historique et/ou de son aspect fantastique, Guillermo Del Toro offre surtout une ode à l’imaginaire à travers le parcours fantasmagorique des épreuves et des créatures que va rencontrer Ofelia.

Au-delà des références inconscientes présentes et complètement imprégnées dans chaque parcelle de l’image, Le Labyrinthe de Pan est avant tout un film qui offre les clés d’un imaginaire pour s’évader, que nous possédons tous en nous et dont le réalisateur mexicain a ravivé le souvenir et la nécessité d’y replonger afin de faire jaillir l’espoir face à l’adversité, peu importe les épreuves auxquelles nous sommes confrontés.

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