LA COURSE AU PROFIT

Thriller français de Costa-Gavras (2012).

Avec Gad Elmaleh, Gabriel Byrne, Natacha Régnier, Bernard Le Coq et Hippolyte Girardot.


Marc Tourneuil, jeune homme d’affaires ambitieux et sans scrupules, se retrouve propulsé à la tête de la banque Phénix. Rapidement, il bâtit son empire et connaît une ascension aussi fulgurante que dévastatrice, quitte à choquer ses collaborateurs. De plus, Tourneuil va vite devoir se frotter à des banquiers américains qui s’intéressent de près à Phénix…

A n’en point douter, le monde cinglant et impitoyable de la finance, de même que ses dérives ravageuses et ses répercutions sur la société, ne pouvaient qu’intéresser Costa-Gavras. L’état économique désastreux de pays comme la Grèce ou l’Espagne incite donc le cinéaste à tirer une sonnette d’alarme d’autant plus salutaire que les effets de la crise se font également ressentir avec violence dans l’Hexagone. On le sait, le réalisateur franco-grec de Z, L’Aveu, Missing et Amen. s’est toujours montré extrêmement sensible aux problématiques actuelles et à la dénonciation des injustices (politiques, sociales, religieuses…), et s’est illustré à travers bon nombre de films passionnants et fort bien troussés, qui avaient de plus le mérite non négligeable d’allier avec intelligence et adresse cinéma engagé et cinéma de genre. Ici, il adapte le roman de Stéphane Osmont, Le Capital, et s’attaque donc à l’univers déshumanisé du Grand Capital, véritable Mecque du dollar.

Cynique, calculateur, uniquement guidé par le gain et le pouvoir (peut-être même arbore-t-il des caleçons recouverts de dollars ?), Marc Tourneuil est un jeune loup de la finance brillantissime aux dents longues et à l’appétit féroce : sur la route cahoteuse du profit, il dévore les obstacles avec nihilisme et aisance et sauve sa peau dans ce jeu cruel, sorte de Monopoly grandeur nature. Le capitalisme sauvage est sa religion. Et quand une poignée de requins américains retors veulent faire main basse sur Phénix, qu’à cela ne tienne : Tourneuil n’est pas en manque pour brouiller les cartes et tourner la situation à son avantage, pour finalement les manger tout crus eux aussi à leur tour. Le coup de l’arroseur arrosé.

Costa-Gavras a du savoir-faire. Beaucoup, même. La preuve est qu’il parvient à rendre Gad Elmaleh supportable. Le comique fait même parfois mouche dans son rôle de prédateur au service du Grand Capital : guindé, autoritaire, soigneusement encravaté et sec comme un coup de trique, affichant perpétuellement un regard glaçant et un air de crapule satisfaite et décontractée, Elmaleh livre une interprétation correcte qui lui permet également de se frotter à un nouveau registre et de prouver qu’il est capable de jouer avec ses partenaires au lieu de se livrer à un one-man show permanent comme il le faisait dans tous ses films jusqu’à présent. Le syndrome « Tchao Pantin » est toujours vivace et reconnaissons à cet égard que le comédien tire honnêtement son épingle du jeu.


Pourtant, malgré son interprète principal, Le Capital déçoit. Le film échappe en effet difficilement à un sentiment de déjà-vu et ne nous apprend finalement pas grand chose de plus sur l’univers qu’il aborde et sur la situation actuelle, d’autant que la charge est ici considérablement alourdie par des procédés qui ne brillent ni par leur finesse ni par leur utilité : la voix-off et les interventions face-caméra du personnage principal installent une distanciation superflue et ne sont nullement justifiées (de même, les coups de sang imaginaires de Tourneuil surprennent et frôlent même le ridicule). En outre, le film se perd en intrigues secondaires (la relation entre Marc Tourneuil et une mannequin noire… ça ne vous rappelle rien, une idylle un peu brutale entre un grand économiste français et une afro-américaine ? Vraiment rien ?…) qui ramollissent le suspense auquel l’oeuvre prétendait légitimement.

A l’arrivée, Le Capital est un petit film pas honteux, pas mal ficelé, mais manquant de saveur et de hargne. Bref, nullement l’oeuvre majeure que l’on espérait. On a connu Costa-Gavras plus incisif et plus inspiré, car ici, s’il dépeint bien la violence et l’immoralité du monde de la finance (il s’y limite avec même un certain manichéisme), à aucun moment il ne soulève de vraies questions lucides et pertinentes sur le contexte économique actuel. On aurait espérer un film coup-de-poing et intense, muni d’un vrai enjeu dramatique et générant un solide suspense, tout en abordant des problématiques délicates et sérieuses sur la crise. Rien de tout ça ici. Faire un film juste pour nous montrer à quel point les banquiers sont des salauds sans coeur, on était en droit d’attendre mieux de Costa-Gavras, qui passe hélas à côté de son sujet. Le vrai film sur la crise actuelle se fait encore attendre…

 

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1 Commentaire

Jonathan Placide 21/11/2012 - 22:19

Pas vu le film, mais à la seule vue de la bande-annonce, on sentait que le propos allait manquer de subtilité « volons aux pauvres pour donner aux riches ». Mouais…
Sinon, le vrai film sur la crise actuelle s’appelle « The Other Guys », enfin, c’est mon avis.

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