Le festival Peinture fraîche met la crème du street art à l’honneur

par Nelly Pailleux
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En ce mois de mai, avenue Debourg, les murs colorés se dressent et les passants se pressent. Devant l’entrée, les fumeurs ont des taches de peinture sur leurs baskets. À l’intérieur, le spectacle est grandiose.

Le festival international de street art Peinture fraîche a repeint les murs de la halle Debourg de mille couleurs et textures. Dans ce hangar devenu musée, les visiteurs sont aussi nombreux que leurs profils différents : de tous âges, de tous milieux sociaux et de toutes contrées. La curiosité les a poussés à se rendre à la toute première édition de ce festival international.

Au programme pendant dix jours, soixante-dix artistes venus du monde entier, beaucoup de litres de peinture et un regard nouveau sur ce qui fut, et continue parfois d’être, considéré comme du vandalisme.

Pour sa première édition, Peinture fraîche donne au street art une véritable mise en lumière. Lyon a vibré au rythme des live paintings, conférences, ateliers et films proposés dans le cadre du festival. Des résonances disséminées à travers la ville lui ont apporté une dimension omniprésente – un écho à l’omniprésence du street art dans la ville ? Au-delà d’une simple exposition d’artistes, Peinture fraîche offre un regard neuf sur les créations artistiques urbaines.

Diversité, engagement et accessibilité

Sur l’outil d’abord : street art est un terme qui fait parfois peur et qui évoque, chez certains, un voyou qui signe de son « blaze » le plus de supports possible. Or, les murs de la halle Debourg accueillent quasiment autant d’œuvres que de supports variés : du spray passionné de La Mite ou de Psy 156 au scalpel de Don Mateo, en passant par les collages d’Agrume, de MissMe, les déchets de Lor-K ou de Bordalo II, ou encore les néons de Katre, l’univers s’étend au-delà du graffiti pour laisser place à des supports originaux et diversifiés.

Bordalo II

Bordalo II

Cette modernité se ressent aussi dans le message porté au travers des différentes pièces. L’engagement de MissMe pour la cause féministe, avec cet énorme collage, à l’entrée, d’une femme masquée aux seins nus ; celui de Bordalo II pour l’écologie, réalisant des sculptures d’animaux en déchets plastiques ; et bien d’autres encore… Autant d’exemples qui prônent un discours engagé face aux enjeux de la société contemporaine. Si ces thématiques sont présentées par l’intermédiaire des œuvres, elles se discutent également au sein de conférences animées par divers journalistes lyonnais.

Missme

MissMe

Peinture fraîche s’empare aussi du numérique pour le bonheur du public : des espaces de réalité virtuelle pour graffer sur les (faux) murs, au mur virtuel où chacun peut apposer sa création et la voir diffusée en temps réel, apportent un aspect ludique et accessible aux visiteurs. Ces derniers ont pu également participer à des ateliers de sérigraphie, de customisation ou bien d’expression libre sur un mur dédié. Les cloisons qui séparent habituellement l’œuvre du spectateur tombent peu à peu.

De l’international au local

Pour cette édition, les artistes lyonnais ne sont pas en reste et l’on entend régulièrement certains visiteurs s’étonner devant des réalisations (« Ah mais c’est lui ! »). En effet étaient conviés Pec et ses oiseaux, Ememem et ses carrelages, ou encore Georges de Loup et ses roses qui tapissent les murs de la métropole lyonnaise.

Peinture fraîche livre, pour cette première édition, un savoureux mélange d’art avec des expositions et des ateliers, mais propose aussi une véritable effusion culturelle autour de réflexions partagées et d’engagements revendiqués. À travers ses murs, le festival fait tomber les a priori qui entourent le street art, permettant au féru de la bombe comme au craintif du tag de trouver son compte dans tout le vivier culturel qui en émane.

Prochain rendez-vous du street art à Lyon : le festival Urban Art Jungle, qui se tiendra du 14 au 16 juin 2019 dans un lieu encore tenu secret.

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