Au commencement…

http://www.youtube.com/watch?v=lZQYJmzXAy0

Lorsque Peter Jackson termina Le Retour Du Roi, troisième et dernier volet de la trilogie du Seigneur Des Anneaux, il déclara qu’il ne retournerait plus de film se déroulant dans l’univers de J.RR Tolkien. Aussi, lorsque Le Hobbit est mis en chantier sous forme de dyptique, c’est à la production et au scénario que Jackson envisage d’abord d’entreprendre l’aventure, confiant les rennes de la mise en scène à un autre réalisateur. Si le premier nom évoqué n’est autre que Sam Raimi, le projet ne tarde pourtant pas à atterrir entre les mains de Guillermo Del Toro qui s’attèle alors à l’écriture, accompagné de Jackson donc, mais également de Philippa Bowens et Fran Walsh, le trio gagnant de la première trilogie. Alors que les scénarios sont terminés et que le cinéaste mexicain planche sur le design des différentes créatures de la terre du milieu, cherchant à apposer une identité visuelle qui lui est propre sur celui imaginé par Jackson, la faillite de la MGM ne cesse de repousser le tournage du film. En Juin 2009, intervient donc un rebondissement inattendu, Del Toro démissionne pour s’atteler à d’autres projets, dont le film le plus attendu de l’année prochaine, à savoir Pacific Rim :

Alors que l’on s’attend à un changement de réalisateur, Jackson ne tarde pas à annoncer qu’il reprend finalement le flambeau. Après cette annonce fracassante et alors que le tournage est en cours, le réalisateur déclare que Le Hobbit ne sera finalement pas un dyptique mais une trilogie. Chez les fans, la nouvelle divise. En effet, si Le Seigneur Des Anneaux était une épopée de plus d’un millier de pages, Bilbo Le Hobbit qui fut écrit avant par J.R.R Tolkien, n’en fait que 350. En soi, le manque du matière à faire trois films de 3h00 étonne, et nul ne sait ce que Jackson nous réserve, même si les rumeurs évoquent rapidement que le Silmarillon serait intégré dans l’intrigue des films de Jackson, afin de les relier plus facilement à la saga de l’Anneau. Mais pour l’instant, Wait & See…

Comme si le film n’avait pas eu sa dose de polémique, vient ensuite, celle du HFR. Aussi, avant d’en parler, me semble-t-il bon d’expliquer ce procédé. Pour tourner son film, Jackson s’est équipé de 48 caméras Red Epic, montées en Rig, c’est-à-dire en binôme, afin de tourner en 3D relief. En d’autres termes, c’est comme si le film avait été tourné avec 24 caméras et non 48. 48 est justement le chiffre qui nous intéresse puisque si polémique il y a, c’est parce que le long-métrage a été tourné en 48 images par secondes au lieu des 24 que l’on connait habituellement. La raison en est simple.

Notre oeil capture environ 50 images par secondes. Or, le cinéma, à l’origine était diffusé en 16 images par secondes. L’arrivée du parlant obligea les exploitants à en augmenter le débit pour que l’audio ne soit pas saccadé. Or, la pellicule coûtant cher, le débit fut donc augmenté au minimum, non pour des raisons artistiques, mais pour des raisons purement économiques. Aujourd’hui, l’arrivée du numérique nous permet donc d’augmenter le débit de l’image sans coût supplémentaire. Et le fait de tourner en 48 images par secondes donne donc un réalisme accru. Non seulement les images gagnent en fluidité, mais l’impression de flou ou de saccades sur les mouvements de caméras et de personnage s’atténue grandement. De plus, le 3D relief devient alors encore plus impressionnant. Que des avantages, me direz-vous ? Et bien non, puisque si polémique il y a, c’est justement parce que le public s’est déjà trop habitué au 24 images par secondes, et que le 48 lui paraît alors plus iréel (tout comme l’apparition de la couleur au cinéma lui semblait déjà à l’époque moins réaliste que le noir et blanc ! ). Ainsi, les projections tests seront désastreuses et la critique ne tarda pas à faire savoir son mécontentement envers un film qui leur semblait être passé en accéléré.

Mais au-delà de toutes ces rumeurs, voyons ce qu’il en est réellement.

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5 Commentaires

Jonathan Placide 15/12/2012 - 11:42

Guillaume,
lorsque tu dis qu’il te semble presque impossible de préférer cette nouvelle trilogie à l’ancienne, je suis un peu surpris. Ne serait-ce que parce que je préfère ce premier volet au premier volet de l’ancienne trilogie, en premier lieu. Mais aussi, parce qu’au final, on ne sait pas de quoi les prochains volets seront faits.
Concernant l’effet de surprise qui n’y serait plus, je ne suis pas d’accord non plus puisque moi, je l’ai ressenti de manière assez fulgurante cet effet de surprise. Le HFR est pour moi une évolution cinématographique majeure et voir ce film tourné de cette façon a été une surprise esthétique de premier ordre pour moi. Là où je m’attendais à retourner dans le monde que j’ai connu, c’est plutôt à une Terre Du Milieu 2.0 que j’ai eu droit et l’immersion n’y a donc été que grandement décuplé. Visuellement, c’est l’un des plus beaux films que j’ai vu (en HFR, je précise bien) et cela n’a rien à voir avec l’ancienne trilogie d’un point de vue esthétique. Pour quasiment paraphraser Jackson, si j’ai vu l’ancienne trilogie à travers une fenêtre, le premier volet de la nouvelle était lui, à portée de main. Le HFR et la 3D donnent cette impression que chaque objet, chaque décor est véritablement face à nous, créant une sensation de proximité qui n’était pas dans la trilogie précédente. C’est pourquoi je pense qu’il est tout à fait possible, et j’en suis la preuve vivante de préférer ce film au premier volet de l’ancienne trilogie.
Ensuite, quand bien même la structure scénaristique sera celle du monomythe, tout comme elle l’était sur Le Seigneur Des Anneaux, je ne peux m’empêcher de penser que ceux-ci seront néanmoins très différents, tout comme Matrix et Star Wars, basés sur cette même structure l’étaient. Jackson n’est pas du genre à ménager ses effets de surprise, et la suite en sera certainement remplie.
Toujours concernant Jackson, une des principale raison de ma préférence envers ce premier volet est le bond en avant qu’a fait sa mise en scène. Je ne veux pas me répéter mais quand même, sa gestion de l’espace est infiniment plus précise qu’à l’accoutumée, et si sa virtuosité n’atteint toujours pas celle d’un John Woo ou d’un Sam Raimi, elle a tout de même tendance à s’en rapprocher de plus en plus.
Donc oui, je pense que l’on peut préférer un film plus beau et mieux filmé à ses prédécesseurs, quand bien même celui-ci se passe dans le même univers.
Et pour rajouter un argument totalement subjectif, mais qu’on est nombreux à partager : Cette trilogie a de fortes chances d’être meilleure que la précédente car il y a un dragon dedans ! Un DRAGON !!!!!!!! Et il est gigantesque, en plus 😉

Guillaume Trenc-Torres 14/12/2012 - 23:25

Superbe article !!!

Comme tu le sais, je suis un adorateur de la trilogie de Jackson.

Je suis allé voir The Hobbit : an Unexpected Journey. En toute simplicité, j’ai beaucoup aimé le film pour les mêmes raisons que Le Seigneur des Anneaux : la Communauté de l’Anneau.

Avant tout, il faut dire qu’il me semble presque impossible de préférer The Hobbit à la trilogie originelle. L’effet de surprise et d’immersion dans un univers fantasy demeure assez éventé. Puis la structure du récit est quand même calquée sur le premier volet du Seigneur des Anneaux (présentation historique des enjeux, personnages à faire (re)découvrir, péripéties au milieu de séquences sur le rapport entre les personnages, enchaînement de séquences d’action dantesque dans la dernière demi-heure).

Néanmoins, il faut dire que le plaisir est toujours intact et bienvenu. Tout d’abord, même si quelques personnages sont sacrifiés au détriment de quelques uns, Jackson parvient à nous attacher à cette galerie à la fois pittoresques et empreintes d’une tristesse sourde, prête à s’émanciper tout en gardant leurs émotions intérieures pour montrer leur fierté et leur esprit de camaraderie en surface.
Le rythme du film (probablement à revoir dans une version plus longue et plus fluide) apparaît comme une volonté de poser une ambiance à travers des êtres voués à la quête. De très belles séquences à mes yeux s’accomplissent devant nos yeux, pas forcément à coups de virtuosité formelle, mais dans leur temps de pose (la complainte des Nains, les réponses de Gandalf à Galadriel). Puis il y a de la sobriété dans ce déluge de décors et créatures numériques (qui portent quelque part la marque graphique d’un Guillermo Del Toro) : cet aspect s’incarne finalement dans la caractérisation de Bilbo et le jeu de Martin Freeman. Notre héros, dépassé par les évènements le plus souvent, se pose avant tout comme un observateur, se prenant réflexion sur réflexion. Un être relativement passif qui passera dans l’actif dans un moment à la fois attendu mais émouvant.

A ce titre, la séquence des énigmes entre Gollum et Bilbo sont les plus beaux moments du film et le jeu des deux acteurs sont à la fois brillants et insolites, aidant à rendre ce moment comme une parenthèse indépendante, complexifiant les motivations psychologiques de notre héros.

Peter Jackson parvient à mêler l’humour et l’esprit d’aventure tout du long, grâce à une mise en scène finalement plus proche des personnages, presque à hauteur de nains. La beauté des gros plans, la virtuosité invisible des séquences où se parlent parfois plus de dix personnages, avec des effets visuels encore plus bluffants et l’enveloppe 3D participent à l’idée que finalement, dans le genre, Jackson est celui qui me convainc, n’en déplaise à ses détracteurs que je sais nombreux.

Un petit régal d’introduction.

xenocross 14/12/2012 - 23:00

Chapeau, une vraie déclaration d’amour pour le film et le HFR! revu le film jeudi, j’ai vu les effets accéléres malheureusement au début mais me suis pris une vraie claque rien qu’au logo warner et resté scotché (sensation de vertige sur certains plans de gobelinville, textures presque palpable). Et comme tu le pensais, certains critiques presse ont donnés leur avis sur le HFR qu’après la projection en 24 et non 48.

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