Les apparences. Il faut les sauver. Elles sont trompeuses. Elles sont partout. Comme une cachette à ciel ouvert dans laquelle planquer ses travers, ses démons, ses secrets. Marc Fitoussi suit dans son dernier film un couple embourbé dans les privilèges et les faux-semblants, dans une comédie dramatique aux accents de thriller, si ce n’est pas l’inverse.

Autopsie d’un milieu

Dans Les Apparences, on a d’abord un tableau. Un tableau que l’on connaît même sans l’avoir jamais vraiment vécu. Une communauté d’expatriés privilégiés, un microcosme où l’on se sert les coudes, où les codes sont bien installés, où l’on se juge et où l’on vit tous au même diapason. Dans ce cocon vivent Henri, le célèbre chef d’orchestre, sa femme Eve et leur fils Malo. Un cocon reluisant, brillant et un brin suffisant. Mais une fois que le doute s’installe, quand le vernis se fissure, c’est tout un milieu qui éclate. On peut alors observer avec quelle facilité chacun se ment allègrement, et à quel point ce que l’on se dit n’est pas ce que l’on a à se dire. C’est cet écart entre le portrait qui est dressé au début et à la fin du film qui a un intérêt, comme dans un bon polar.

Photo Jérôme Prébois

La ligne entre finesse et facilité

Mais cet intérêt à des limites, qui apparaissent de bout en bout. Tout d’abord, l’aspect lisse et policé de cette communauté est dépeint de façon si appuyée, les codes sont si marqués, que l’on ne peut que savoir que cela va déraper. Il n’y a pas de soupape, pas de surprise, puisque cet équilibre bâti sur les paillettes et les mensonges ne peut que s’effondrer. On est donc dans des allers et retours constants. D’un côté, Karin Viard est puissante, usant d’une grande finesse de jeu et de ruptures très justes. De l’autre, les personnages secondaires sont tous sur le même mode, dans une énergie égale, laissant peu de place à la surprise. De même, le personnage du jeune homme qui symbolise aussitôt la tentation, mais aussi très rapidement la menace dans la vie d’Eve, n’est écrit que sur ce trait de caractère dangereux. Le film est empreint d’un classicisme intelligent, mais qui déborde, parfois.

Photo Jérôme Prébois

Au détour de l’amour, la peur

L’argument majeur de ce film demeure son ton. Et c’est ce que l’on retient, malgré les défauts et ce côté un peu appuyé. La caméra suit les personnages, semble rôder, les accompagne dans leurs vies troublées, installant aussitôt le suspense, un ton inquiétant. On se demande à tout instant jusqu’où ce drame va se jouer. Jusqu’où ira-t-on pour sauver les apparences ? Ou encore pire, peut-on même les sauver ? Car il est facile de prononcer des petits mensonges, de feindre la droiture… Mais l’homme est-il vraiment un loup pour l’homme, capable de tout pour sauver sa peau ? C’est ce qu’entreprend de raconter Les Apparences, s’interrogeant finalement sur ces drames derrière les portes closes, sur cet engrenage de trahison (titre du roman dont est tiré le film) qui n’annonce rien de bon.

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