Les Exs à l’Improvidence

by Arlyo Team
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Un duo d’improvisateurs se rassemble autour du thème amoureux, inspiré par les histoires du public, entre douceur et légèreté. Le tout dans le cadre chaleureux de l’Improvidence, théâtre entièrement dédié à l’improvisation.

Il y a quelques mois de cela, ArlyoMag se glissait à l‘Improvidence, premier théâtre en France entièrement dédié à l’improvisation. Nous avons à nouveau poussé les portes de ce lieu atypique pour Les Exs, duo d’improvisateurs qui centre son spectacle et son savoir-faire autour du thème amoureux.

improvidence

Dans une salle minuscule, l’équipe (très accueillante) plonge tout de suite le public dans une atmosphère détendue, propice aux confidences et à la participation de chacun. Le spectacle part d’une situation initiale (deux exs se retrouvent autour d’un verre pour se raconter mutuellement leurs nouveaux amours, entre gêne et confidences) mais se nourrit également des expériences timidement racontées par les membres du public. Personne n’est pourtant pris à partie, cela fonctionne sur des questions lancées à la générale : « Pourquoi on se quitte ? » « Comment on se rencontre ? » « Comment ça serait, si on devait se remettre ensemble ? ».

Les quelques réponses, ça et là, servent à construire des saynètes qui parviennent à se répondre et s’enchaîner sans plus d’interruption qu’un noir bref. Les personnages se font écho, les références aux scènes précédentes fusent – les rires aussi. J’ai regretté le manque, pourtant, d’appel au public : bien que nous ayons été timides, quelques simples mots ont suffit à lancer une histoire, qui aurait pu être plus riche encore en détails, en anecdotes, que les participants n’ont pas eu le temps de développer (et non, ce n’est pas mon irrésistible envie de raconter ma dernière histoire d’amour qui parle).

Un possible de l’émotion

Les comédiens, de toute évidence, se connaissent et se répondent dans un mécanisme plutôt invisible. Les esquisses de personnages sont attachants, drôles, évitant les clichés. Je me suis surprise à être émue : non, l’impro n’est pas uniquement le terrain du rire mais bel et bien l’expression naturelle de sentiments communs. On peut y jouer la tristesse, la vieillesse, la peur et la solitude, tout en restant dans une sobriété des mots et une accessibilité réconfortante. Étonnement, la concentration permanente des comédiens n’empêche pas l’expression d’une certaine honnêteté : ils jouent des rôles, bien sûr, mais nous parlent réellement d’un nous commun qui fait du bien.

Avec quelques maigres éléments de décors, deux trois fonds sonores créateurs d’ambiances et quelques jeux de lumières, tout se rapporte finalement au cerveau vif du comédien, en alerte face à son partenaire et aux mécanismes de l’humour commun, qu’il faut soigneusement choisir de suivre ou d’éviter. Néanmoins, les réactions du public restent très extérieures à l’histoire… le jeu est principalement centré sur les évolutions des personnages créés. Quoi qu’il en soit, Odile Cantero et Nicolas Moitron ont su mener leur barque vers un final doux et léger, autour d’un thème qui se voulait rassembleur. Il n’y avait rien de meilleur pour passer une jolie soirée, seul ou accompagné…

Le théâtre d’impro… dévalorisé ?

Mais l’Improvidence est aussi prétexte à évoquer un point plus général : celui du théâtre d’impro et de sa considération dans le monde du spectacle. Il demeure peu évoqué lorsqu’on nous vend la richesse culturelle lyonnaise et pourtant, de plus en plus de lieux tels que celui-ci arpentent nos rues, en marge des grandes structures où les noms à la mode s’invitent au cours des saisons. Deux mondes se construisent, semble-t-il, en opposition : la culture des « grands théâtres », où l’on va pour penser, puis, celle des petits théâtres de quartiers, dont les richesses insoupçonnées parviennent à attirer de plus en plus de nuances au sein même des programmations. Oui, vous pouvez être submergé d’émotions dans une salle de vingt-cinq places, voire même vous poser des questions absolument essentielles (et trouver les réponses ?…).

Ne tardons plus à nous aventurer en terrain inconnu : les spectacles y sont nombreux, le milieu est en pleine floraison, l’ambiance toujours chaleureuse. Sortir d’un cadre, peut-être, pour découvrir des structures dédiées à d’autres choses parfois plus bouleversantes qu’ailleurs.

Le théâtre d’impro valorise des savoirs-faire qui prennent en compte chaque membre du public – voilà pourquoi notre nombre est restreint, sachant toucher diverses sensibilités par une approche originelle du théâtre. C’est ramener cet art à celui du comédien, sa voix et son corps : il se passe ainsi d’histoires de héros, de décors assommants et de musique émotive. Tout est recentré sur l’art originel du comédien puisqu’il redevient un conteur, sa propre marionnette consciente n’ayant pour but que d’entraîner la salle avec lui, là où sa propre imagination l’aura mené. Comme au championnat Calice, belle incarnation de ce retour aux essentiels…

À ne jamais oublier que la force de l’impro, c’est son public et donc, notre force de curiosité et nos émotions communes.

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