Lorsque je suis arrivée à Lyon, j’ai été réellement épatée par le nombre de créateurs que j’y ai rencontrés. Ceux qui, comme moi, viennent de la campagne comprendront. Dans une petite ville, on ne voit pas de créateurs. À vrai dire, ce n’est pas du tout le meilleur endroit pour avoir de la visibilité. Certes, j’avais déjà vu quelques potiers, souffleurs de verre et autres personnes qui créent de manière artisanale. Néanmoins dans mon esprit, fabriquer des vêtements de ses mains ne se faisait plus depuis l’époque de mon arrière-grand-mère. Les vêtements étaient pour moi tous fabriqués en Chine, et se vendaient chez Pimkie ou Camaïeu.

C’est donc totalement sous le charme que j’ai découvert des personnes, en plus très jeunes pour la plupart, imaginer et réaliser des vêtements tout à fait originaux et modernes. On saisit immédiatement leur valeur mille fois plus grande par rapport à ceux qu’on a l’habitude d’acheter dans des enseignes de grande distribution.

Cependant, ce qui peut en refroidir certains, ce sont les prix. Oui, les produits de créateurs coûtent cher. Tout le monde ne peut pas se les offrir. Mais comment l’expliquer ? Après avoir entendu une créatrice (Mélanie Sola de la marque Bao) en parler, je dirais que nous avons l’impression qu’ils sont chers car nos repères sont faussés par les pays que l’on nomme en voie de développement, notamment la Chine qui a quasiment le monopole de la production textile. Mais, ce n’est pas moi qui vous l’apprendrai, le coût du travail en Chine est bien moins important que celui en Europe. Par exemple, les heures de travail n’y sont pas véritablement comptées. Or dans le droit du travail français, la rémunération doit compter les heures passées à la tâche. Ainsi, le juste prix est sans nul doute celui qu’affichent les vêtements de créateurs français, contrairement à ce que l’on peut penser à première vue, habitués à des étiquettes à moins de 20 €.

Sachant cela, même si l’on n’a pas les moyens d’acheter, on peut malgré tout entrer dans une boutique de créateur et simplement admirer. Considérez l’atelier-boutique comme une galerie d’art. N’hésitez pas à vous intéresser au créateur, à le questionner, à savoir comment il travaille : je vous garantis de belles rencontres, toujours très enrichissantes. C’est également très important pour un créateur de savoir que ce qu’il fait plaît, d’autant plus lorsqu’il a du mal à vivre de sa passion, comme c’est le cas pour bon nombre d’entre eux.

Les articles de créateurs sont sans conteste d’une qualité supérieure à la majorité des vêtements que l’on peut trouver. Les tissus sont minutieusement choisis pour leur qualité, tandis que les finitions et les coutures à la main garantissent une meilleure solidité. Enfin, les produits sont made in France, il y a donc moins de transport et ainsi moins d’impact sur l’environnement.

J’ai le sentiment que Lyon est davantage orienté création que la plupart des villes françaises. À vrai dire, cela n’est pas réellement étonnant : avec son passé de capitale de la soie, elle est naturellement plus ouverte à tout ce qui touche à la création et surtout au textile. La ville de Lyon encourage d’ailleurs beaucoup les créateurs, notamment au travers du Village des Créateurs (photo), une organisation qui les aide à se développer grâce à un impressionnant réseau.

Enfin, j’ai remarqué que les créateurs restaient souvent dans la ville où ils avaient fait leurs études. Or à Lyon, les formations dans le domaine de la mode sont nombreuses et réputées : je pense notamment à Esmod, Supdemod, l’École de Condé, Bellecour École, l’Université de la Mode…

Je conclurai donc en disant que Lyon est une ville formidable pour accueillir des créateurs, et que les Lyonnais doivent se rendre compte au plus vite de leur chance afin que cette présence perdure.

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