Ce que Lyon offre à la scène comique : retour sur « MicMac » et « Le Chant des Baleines »

par Yoann Clayeux
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À la recherche d’une singularité de la scène comique lyonnaise ! Retour sur deux spectacles très différents, mais  complémentaires dans leur originalité : « MicMac », proposé tous les mardis de la saison au Complexe du Rire, et « Le Chant des Baleines », qui s’est joué à l’Espace Gerson le mois dernier.

On ne va pas se mentir, pour la plupart des artistes, Paris est une sorte d’eldorado. Que la capitale reconnaisse leur potentiel et leur talent, voilà le but ultime. Les choses ont en réalité peu changé depuis les romans de Balzac. Les comédiens ne font pas exception à la règle. Pourtant, toute proportion gardée, la programmation lyonnaise n’a pas à pâlir face à celle de sa grande sœur. Comment l’expliquer ? La capitale des Gaules aurait-elle une recette secrète ? Si c’est le cas, ses deux ingrédients mystères se nommeraient peut-être « audace » et « innovation ».

MicMac

MicMac, c’est une aventure collective, innovante et multi-formes. De l’improvisation qui met la barre encore plus haut. Il faut imaginer deux comédiens qui imaginent des scènes savoureuses d’après les propositions de son public, par l’intermédiaire de petites cartes thématiques (« onomatopée » ; « réplique » ; « titres »…). Jusque là, rien de très original. Alors ajoutons un musicien qui, avec son clavier, improvise lui aussi. Des petits airs comiques aux musiques d’ambiances, les notes accompagnent souvent avec justesse les deux comédiens.

Du déjà-vu, dites-vous ? Alors rajoutez encore à ce joyeux dispositif un quatrième larron : un dessinateur à l’imagination débridée. Depuis sa table côté jardin, il croque ce que lui inspire les cartes du public, lançant les scènes ou les agrémentant, comme autant de petites contraintes qui font le sel de l’improvisation. La salle peut profiter de son coup de crayon grâce à une caméra située au dessus de ses planches, et qui vidéo-projette ses dessins sur le fond de scène. Simple, mais bien pensé. En bonus, les spectateurs peuvent emporter avec eux, à l’issue de la représentation, et contre quelques euros, un des dessins de la soirée.

Le Chant des Baleines

Si, au moment où nous avons assisté au spectacle il y a plusieurs semaines de cela, il manquait d’une véritable cohérence entre tout ce petit monde, on ne peut leur reprocher de s’ébrouer avec humour et complicité. Le format est encore au rodage, mais il fallait oser ! Combiner sur scène et sans filet, le jeu, la musique et le dessin, voilà le genre d’audace que se permet le collectif Cervelle de Canut, et que Lyon accueille avec joie. Tony Curien (comédien à l’origine du concept avec sa complice Éléonore Lavigne et le dessinateur Greg Dizer), nous confiait ceci :

«  À Paris, on ne peut y monter qu’avec un spectacle hyper construit.  »

Ce qui fait de la deuxième ville de France un génial laboratoire d’expériences. Bien sûr, il existe, de fait, un risque plus grand de « se planter ». Mais c’est aussi ce qui nous prémunit d’un formatage et redonne à l’art de la scène toute sa force : une philosophie de l’immédiateté et de communion avec son public.

Le Chant des Baleines

« Si vous n’aimez pas le théâtre cérébreux, cette pièce est faite pour vous, mais si vous n’aimez pas les pièces salement populaires, alors le Chant des Baleines est fait pour vous aussi ! »

Le slogan se veut rassembleur, et pour cause, Le Chant des Baleines ne ressemble pas aux pièces que l’on voit d’ordinaire dans les cafés-théâtres. Le rire n’hésite pas a y côtoyer les larmes. Le regard posé sur le monde du théâtre est acerbe, mais jubilatoire.

Le Chant des Baleines

Tout commence lorsqu’un dramaturge pédant, égocentrique et grandiloquent reçoit par erreur un résultat d’analyse qui annonce sa mort prochaine ; mais quand il se rend finalement compte qu’il y a eu erreur sur la personne, et que le condamné n’est autre qu’un metteur en scène populaire qu’il tient en horreur pour sa grivoiserie, le jeu peut débuter…

Deux regards opposés portant sur un même objet : le théâtre. Et en creux, le rapport que le public entretient avec celui-ci. Car si Victor Rossi fait porter au personnage de l’insupportable dramaturge le prénom de « Célestin(s) », il ne faut pas y voir un pur hasard… Le spectacle commence par une parodie hilarante du théâtre contemporain (saluons l’excellent jeu de Clément Cordero), et les tacles de s’enchaîner sans interruption. C’est simple, tout le monde en prend pour son grade.

Le Chant des Baleines

L’intérêt du Chant des Baleines ne se situe cependant pas uniquement dans sa capacité à distribuer des piques à tout-va. Déjà, parce qu’il sait le faire avec justesse. Ce qui explique aussi que la pièce ne soit pas la bienvenue partout (l’auto-dérision reste pour certains un concept encore un peu abstrait). Mais le spectacle parvient aussi, en nouant un lien entre les deux protagonistes dont l’issue de la relation ne peut être que tragique, à partager des émotions sincères, dans un genre ou le seul comique est d’ordinaire roi. En bref, une pièce doublement audacieuse et originale.

L’humour entre Rhône et Saône

MicMac et Le Chant des Baleines sont donc deux exemples assez parlants de ce que la scène comique lyonnaise est capable d’offrir à son public : une constante innovation, doublée d’une bonne dose de cran. Et n’oublions pas non plus que la ville peut s’enorgueillir de posséder, avec L’Improvidence, le premier théâtre de France uniquement dédié à l’improvisation, ou bien encore qu’elle est capable d’accueillir des événements tel que le festival Juste pour Rire. Alors, convaincus ?

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