« Tu ne sais pas parler, tu sauras peut-être photographier », Paul Riboud, père de Marc Riboud.
Du tâtonnement photographique au photojournalisme indépendant, Marc Riboud démontre, à travers ses premières photographies, une production riche et singulière.

Marc Riboud en 1952 ; Il a 29 ans.

Marc Riboud en 1952 ; il a 29 ans.

Du Kodak des tranchées à l’agence Magnum

Marc Riboud ne vient pas de nulle part. Issu d’une famille aisée de Saint-Genis-Laval, il reçoit le vieux Kodak Vest Pocket de son père, ancien soldat. Il rencontre son beau-frère qui n’est autre qu’Henri Cartier-Bresson, grand photographe ayant déjà inauguré sa propre rétrospective au MoMA en 1947. Intégré dans la célèbre agence Magnum, créée par Cartier-Bresson notamment, Marc Riboud débute sa carrière en tant que photojournaliste. Il est aussi aidé par Robert Capa, autre grande figure du photojournalisme de la première moitié du XXe siècle, dans le choix des planches-contacts.

Premiers tirages : deux décennies d’intenses voyages

L’enfant timide démarre la photographie à Lyon, point de départ d’une très longue série de voyages aujourd’hui achevée. Il abandonne les études en ingénierie et déménage à Paris. Le Leica, mobile, lui permet de réaliser son premier reportage à l’étranger : la Yougoslavie. Sur demade de Magnum, Riboud couvre l’actualité depuis l’intimité des locaux : ici, les dockers en grève, en 1954, forment une masse composée de nombreux visages singuliers.

Marc Riboud, Grève des dockers, Liverpool, 1954

Grève des dockers, Liverpool, 1954

Revenant sans cesse sur les lieux, Marc Riboud observe et photographie de nouveau les évolutions de nombreuses régions, à l’instar de Leeds qu’il visite en 1954 et en 2004. Il est l’un des premiers photojournalistes à pouvoir photographier la société chinoise à la fin des années 1950, et qu’il redécouvrira de nouveau après une dizaine de voyages. Son périple vers l’Inde, en passant par la Turquie et le Népal, lui permet de capturer la vie en Orient, ses habitants, ses événements. Son séjour en Alaska, en 1958, marque un temps fort, tant dans sa production que dans l’exposition. Les tirages présentent le blanc immaculé de la neige tendant vers l’abstraction et accentuent l’insularité de la région, manifeste même dans la scénographie. Le visiteur se retrouve dans une parenthèse, à l’écart du reste des photographies.

L’esthétisme instantané

Proche du courant de la photographie humaniste, Riboud photographie le quotidien, le peuple, les loisirs, le travail, le bistrot. D’un œil averti, le photographe a toujours travaillé sur le choix du cadrage, de l’échelle et de la figure géométrique. Les droites, les cercles, les triangles sont des formes communes à la plupart de ses photographies. Ainsi, sur le chantier de construction de la centrale hydroélectrique en Turquie, un travailleur s’affaire entre deux cylindres presque en mouvement, impulsé par la courbe au premier plan.

Marc Riboud, Zazou, le peintre de la tour Eiffel, Paris, France, 1953

Zazou, le peintre de la tour Eiffel, Paris, France, 1953

Zazou, peintre de la tour Eiffel, est comme protégé par le triangle de poutres de fer, elles-mêmes constituant un quadrillage de triangles. L’expression du peintre et sa posture de ballet redoublent l’effet du comique, présent dans d’autres photographies.

Les clichés de jeunesse d’un photographe libre

Ce langage visuel, ses multiples voyages et ses sujets classent Marc Riboud parmi les photographes au regard unique. Il se détache progressivement de l’empreinte d’Henri Cartier-Bresson, qui avait pour technique de rester en un même lieu de nombreuses heures afin de saisir le moment parfait. Riboud voyage, se déplace, va à la rencontre des populations. Si le côté technique est présent, la proximité avec ses sujets transparaît encore plus, à l’image de la jeune fille à la fleur avec qui il avait gardé contact au cours de plusieurs décennies. La plage, ses baigneurs et ses chaises longues annoncent quasiment le travail de Martin Parr, photographe américain contemporain. Durant toute sa carrière de photojournaliste, avant de quitter l’agence Magnum dans les années 1980, Marc Riboud reste, plus que jamais, exalté par l’être humain à travers la surprise esthétique. Hommage que lui fait Le Plateau, à l’Hôtel de Région, jusqu’au 20 février.

Marc Riboud : Premiers déclics, au Plateau (Hôtel de Région).
Entrée libre et gratuite du 3 octobre 2014 au 20 février 2015. Du lundi au vendredi de 10 h à 18 h et le samedi de 10 h à 19 h.

Print Friendly, PDF & Email

Related Posts

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.