Cest à Croix-Rousse que nous avons rencontré Marie-Lys, artiste-auteur à son compte depuis deux ans. Illustratrice et traductrice graphique, elle multiplie les approches du dessin pour décrire le monde qu’elle observe. Ancienne architecte, l’image est son langage, et sa curiosité la porte vers des sujets aussi variés que possible, qu’elle traite souvent avec humour et légèreté.

dessinPas seulement artiste, pas totalement graphiste, elle s’est vite débarrassée des cases du monde artistique pour faire cavalière seule : « Je ne me sens pas à l’aise dans le milieu artistique, les galeries, les expositions, etc… C’est un milieu un peu spécial, où les gens se méfient de toi, de ce que tu pourrais leur voler comme idées. C’est pour ça que je me suis tournée progressivement vers la traduction graphique. Le milieu de la communication me convient mieux, je peux travailler en équipe sur certains projets mais je garde toujours mon indépendance au bout du compte. »

Qu’est-ce que la traduction graphique ?

Derrière cette expression étrange se cache un concept simple : « traduire le texte en dessins pour le rendre plus accessible, plus percutant. Le dessin devient complémentaire du texte, il aide à se souvenir de ce qu’on a lu. » A mi-chemin entre l’Art et la pédagogie, la traduction graphique revient à utiliser un autre langage pour faire passer une idée. Marie-Lys est traductrice du texte au dessin comme d’autres traduisent du japonais à l’espagnol, et pour elle, d’ailleurs, c’est le même principe : « Un de mes collègues de coworking, qui est traducteur, m’a dit que tous les traducteurs traduisaient dans leur langue natale. C’est drôle, ça veut dire que ma langue natale, c’est le dessin ! Et c’est un peu vrai, parce que quand on m’explique des choses, dans ma tête je vois des images, et pas des mots. »

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Un exemple de traduction graphique – Crédit Marie-Lys



Et du texte au dessin, on peut tout traduire : recettes de cuisine, fonctionnement des taxes, faits historiques, ou encore simplement des histoires inventées de toutes pièces, pour petits et grands, des voyages réels ou non, mais toujours dans le but de transmettre une information, une connaissance. C’est d’ailleurs dans cette optique d’apprentissage que Marie-Lys a réalisé Les aventures de Stellablabla avec sa sœur Anne-Claire Errard, orthophoniste : Stellablabla est là pour divertir les enfants, mais aussi et surtout pour leur apprendre des mots d’une nouvelle manière.

Stellablabla, une héroïne particulière…

« Stellablabla, c’est une histoire à co-raconter entre adulte et enfant, même si l’enfant n’est pas en bonne condition pour entrer dans la lecture. Des mots sont identifiés au début du récit et sont remplacés par des dessins dans le texte. Quand le dessin apparaît dans le texte c’est au tour de l’enfant de raconter, et il adore pouvoir dire des trucs alors qu’il ne sait pas lire, ça marche très bien. »

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Une planche de Stellablabla – Crédit Marie-Lys

La petite fille emmène donc le lecteur dans des aventures spatiales, où elle aide les habitants d’autres planètes à régler leurs problèmes. Quand on cherche à en savoir un peu plus sur l’héroïne, Marie-Lys répond mystérieusement : « Je ne sais même pas quel âge elle a. On avait passé une annonce pour un pilote de fusée, et elle s’est présentée : non seulement elle avait toutes les qualifications, mais son prénom était parfait pour faire parler les enfants et les emmener dans les étoiles ! »

Le thème de l’espace a été choisi car il semble faire rêver autant les filles que les garçons, et il les rend bavards. Or, c’est exactement le but de ces livres de jeunesse, mi-histoires, mi-outils pédagogiques : que les enfants parlent et s’approprient l’histoire autrement que par la lecture classique. Et encore une fois, ces sept livres ont plusieurs casquettes : « L’idée c’est que les enfants puissent s’habituer un peu à ces livres-là, chez eux ou à l’école, et que s’ils les retrouvent dans un cadre thérapeutique ça leur fasse des bons souvenirs, plutôt que ce soit un livre un peu nul, seulement utilisé par le corps médical. Là, ce sont des vrais petits livres d’enfant, ils sont jolis ».

… Et d’autres héros plus ordinaires

Dans l’univers de Marie-Lys, il y a d’autres héros qui, contrairement aux extraterrestres que Stellablabla rencontre, n’ont pas trois bras ou les yeux au bout des antennes. Sur son blog, on peut rencontrer « la moi-même », une jeune femme qui raconte les petites aventures de son quotidien, ou bien un bonhomme à la mèche folle.
Et puis il y a les carnets de voyage, où le personnage s’efface au profit de l’expérience : à chacun de ses déplacements, Marie-Lys dessine ce qu’elle découvre, que ce soit simplement les paysages qui s’offrent à son regard ou, plus précisément, les logos des marques étrangères et les recettes de cuisine, rappelant par-là que le dépaysement passe par bien des détails.

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Dessin du Pérou – Crédit Marie-Lys


Ces projets, plus personnels, sont l’autre côté de son travail, un côté qui la fait rarement manger mais qui la motive, et qu’elle veut faire connaître. « La difficulté des projets que tu lances toi-même, c’est que tu ne sais jamais jusqu’à quel point tu travailles gratuitement, ou bien si tu vas réussir à trouver quelqu’un que ça intéresse et qui veut l’acheter. J’ai déjà développé plusieurs projets comme ça, c’est vraiment frustrant quand tout le monde te dit « c’est chouette » mais que personne ne peut le financer. »
Pour elle d’ailleurs, c’est le grand souci des artistes : parfois on aime mais on ne paie pas, et si on n’aime pas le travail qu’on leur a demandé, on ne paie pas non plus. « C’est comme si tu allais dans une boulangerie, que tu goûtais tous les gâteaux puis qu’à la fin tu partais sans payer parce que rien ne t’a plu. » Situation précaire que le Tumblr Mon maçon était illustrateur transpose avec brio dans la vie d’un maçon, et contre laquelle Marie-Lys a l’impression de devoir se battre souvent.

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