Le 25 décembre, sort en salle le nouveau film de Martin Scorsese, Le Loup de Wall Street, qui signe sa cinquième collaboration avec Leonardo DiCaprio. C’est l’occasion de nous intéresser à un symbole du cinéma moderne, probablement un des plus grands réalisateurs de son temps : Martin Scorsese. Il s’est ancré dans l’histoire du cinéma New-yorkais et fait partie de la génération des cinéastes qui ont marqué le Nouvel Hollywood (1950-1980) comme Brian De Palma, Michael Cimino ou encore Francis Ford Coppola. Constamment entre des long-métrages marginaux ou commerciaux, Scorsese a réalisé plus d’une trentaine de films et réussit à marquer durablement le cinéma contemporain. Ses films sont aujourd’hui des classiques, avec beaucoup de contrastes mais toujours une grande énergie et une vision forte de l’Amérique. Cinéaste réaliste, Scorsese nous démontre à travers le temps la richesse de son univers et la puissance du regard qu’il porte sur le monde social.

Martin SCORSESE et Robert DE NIRO

Martin SCORSESE et Robert DE NIRO

La filmographie du réalisateur se démarque avec Mean Streets en 1973 et débute son association avec Robert De Niro, le succès du film va permettre la reconnaissance de son cinéma à travers le monde, il va alors pouvoir jouir d’un solide soutient critique et public. Animés par de nombreuses références, ses films sont le résultat de la grande cinéphilie du réalisateur marquée par l’âge d’or Hollywoodien, l’arrivée de la télévision a fait naître une multitude de « cinéastes-cinéphiles ». Son amour pour le cinéma l’a amené a fonder et présider de nombreuses associations qui participent à la préservation du patrimoine cinématographique notamment la Film Foundation qu’il créé en 1990. La musique est primordiale chez Martin Scorsese, il a également participé à la production et la réalisation de nombreux concerts et documentaires. Le rock’n’roll et le blues font partie intégrante de sa filmographie. En 1977, il rend d’ailleurs hommage à la comédie musicale avec New-York, New-York.

Très polyvalent, Martin Scorsese est surtout connu pour ses films noirs, mettant en scène des personnages perdus dans un milieu urbain (principalement New-York) glorifié et impitoyable. Il s’impose dans cet environnement à travers ses grands films comme Mean Streets, Taxi Driver (palme d’or en 1976) ou Les Affranchis. Tous mettant en scène Robert De Niro, le duo acteur-réalisateur est devenu légendaire, à ce jour réunis sur huit long-métrages. Scorsese a également beaucoup collaboré avec Harvey Keitel, ils ont commencé leurs carrières réciproques avec Who’s That Knocking at my door en 1969, par la suite ils se retrouveront pour quatre autres films. Plus récemment avec Gangs of New-York en 2002, Scorsese s’associe avec DiCaprio, aujourd’hui considéré comme son second acteur récurent après De Niro, deux périodes distinctes du cinéma Scorsesien, qui a su s’adapter avec le temps. Il s’est attaqué à différents genres comme le thriller (Les nerfs à vif, Shutter Island), le polar (Les Infiltrés), le film historique (Gangs of New-York), le film pour enfant (Hugo Cabret)… Le réalisateur s’inspire souvent de livres et de biographies avec Kundun, Aviator, Le Loup de Wall Street mais on retient surtout le puissant Raging Bull sur la vie du boxeur Jack La Motta joué par De Niro. Son œuvre rend hommage à l’âge d’or du cinéma américain, tout en s’imposant dans une période artistique et libertaire marquée par la dimension sexuelle et surtout l’omniprésence de la violence (influences du Nouvel-Hollywood contestataire et audacieux). Régulièrement, ses œuvres portent un regard critique sur les représentations du monde social.

Mark RUFFALO et Léonardo DICAPRIO

Mark RUFFALO et Leonardo DICAPRIO dans Shutter Island en 2010

L’univers de Scorsese est principalement masculin, ses personnages inspirent la crainte, la compassion ou l’admiration. Les thèmes des films de Martin Scorsese sont très influencés par son enfance dans les quartiers difficiles de Little Italy. Il aborde beaucoup la religion notamment avec un film qui a bouleversé les dogmes, La dernière tentation du Christ en 1989 avec Harvey Keitel, il fut très controversé à sa sortie par les autorités religieuses. Un autre monde, celui de la mafia, est récurrent dans la filmographie de Scorsese, la dimension mythologique du milieu l’a beaucoup inspiré, ses personnages de gangsters s’inscrivent dans un univers Italo-américain violent et presque sacralisé. Les affaires se règlent en famille, autre thème important chez Scorsese, elle est au centre de beaucoup de films comme Les Affranchis ou Les nerfs à vifs. La vie familiale est envahissante ou totalement déchirée, dans Raging Bull la violence dans le foyer de La Motta est très forte, la relation avec son frère (Joe Pesci) est accaparante et les personnages sont marqués par une forte misogynie. Chez Scorsese les femmes sont souvent victimes des hommes mais il existe toujours un rôle féminin fort, par exemple dans Casino, le personnage de Ginger McKenna (Sharon Stone) est inoubliable par son hystérie et son sens de la manipulation. Scorsese privilégie le réalisme aux croyances irrationnelles, son œuvre nous confronte au paradoxe de la dualité et de la promiscuité. Le personnage chez Scorsese est marqué par la rédemption ou la décadence, souvent violent, il inspire à la fois la grandeur et la pitié. Il évolue dans un monde cruel, rythmé par des rapports de forces qui l’amène presque toujours à sa chute, il refuse la condition humaine mais n’échappe pas à sa réalité (Taxi Driver est probablement le film le plus représentatif de l’univers du réalisateur).

Harvey KEITEL et Robert DE NIRO dans Taxi Driver en 1976

Harvey KEITEL et Robert DE NIRO dans Taxi Driver en 1976

Martin Scorsese a déclaré récemment qu’il retrouverait Robert De Niro, Joe Pesci et reviendrait sur le monde de la mafia pour un thriller appelé The Irishman, le casting serait complété par Al Pacino, ce rendez-vous séduisant des géants du cinéma devrait avoir lieu en 2014.

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2 Commentaires

Sarah FORIEL 27/12/2013 - 12:35

Bonjour Jonathan,
Tu as bien fait de partager The big Shave sur l’article !
Oui, les Affranchis n’est pas réellement un film « noir » mais plutôt « film de gangsters », presque un documentaire sur la mafia. J’en parlais surtout à propos du « milieu urbain glorifié et impitoyable ». On peut s’y méprendre (certain parle même de thriller) le côté film noir apparaît un peu par les personnages complexes (surtout Pesci/De Niro), la violence et l’environnement. Je te rejoins, il n’y a pas le pessimisme et la défaite du film noir, ni le romantisme et le côté très sombre qu’on trouve dans d’autres légendes du film de gangster comme l’Impasse, Le Parrain ou Il était une fois en Amérique. C’est vraiment l’aspect mythologique de la mafia qui est montré et l’univers des truands, au final, n’est pas si obscur 🙂
J’avais voulu mettre comme exemple « A tombeau ouvert » pour la noirceur, l’hostilité de la ville mais il avait moins de rapport avec Taxi Driver et Mean Streets.

Pour la religion, Scorsese, paradoxalement, l’aborde sans cesse mais apporte aussi des critiques fortes et des interprétations polémiques (La dernière tentation du Christ qui va très loin a même provoqué des attentats) il s’en sert de symbole, la rédemption est montrée comme de façon très masochiste plus souvent par la pitié que la grandeur. Cette religion est traitée avec un regard critique et distancié en quelque sorte pour remettre en question toutes ces croyances non ?

Merci beaucoup pour ton commentaire très intéressant et ton compliment.

A bientôt !

Jonathan Placide 21/12/2013 - 09:42

Bonjour Sarah,
tout d’abord merci pour cet article très sympathique sur le très grand Martin Scorsese.

Je me permets tout de même de soulever deux points :
-Tout d’abord, je ne pense pas que l’on puisse réellement attribuer au film « Les affranchis » le terme de film noir. Si le film de gangster a effectivement des origines croisés avec le film noir, les années ont fait qu’il a finit par s’en affranchir pour devenir un genre à part entière, dont « Les affranchis » est l’un des plus grands représentants, justement, comme le sera plus tard, « Casino » du même Scorsese. Enfin, ce n’est que mon avis.

-L’autre point, c’est qu’il me semble que l’aspect primordial de l’oeuvre de Scorsese est éminement religieux, puisque chacun de ses films suit exactement le même parcours, à savoir « Ascension – Chute – Rédemption », et cela rentre un peu en contradiction avec la phrase de ton article « Scorsese privilégie le réalisme aux croyances irrationnelles, son œuvre nous confronte au paradoxe de la dualité et de la promiscuité. » Ces thèmes sont d’ailleurs partagés par son alter ego et scénariste sur plusieurs films, Paul Schrader.

Je me permets, enfin de glisser ce petit lien, vers l’exceptionnel court-métrage de 1967, « The Big Shave » qui fut l’une de ses premières réalisations véritablement remarquable. Un engagement contre la guerre du vietmam : http://www.youtube.com/watch?v=7g5Y_RUDUE0

En tous cas, encore merci pour cet excellent article, et au plaisir de te relire.

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