Mr Yéyé au Jack-Jack : une expérience musicale démentielle

par Léa Lallemant
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Mercredi 25 octobre se tenait au Jack-Jack le concert de Mr Yéyé, projet musical lancé initialement sur Internet en 2012 par Yéyé Liquini. C’est à l’occasion de la sortie du deuxième album, Hybride, que Yéyé, entouré de ses musiciens Baptiste, Maxime et Axel, s’engage dans une tournée aux quatre coins de la France et notamment sur la scène du Jack-Jack de Bron. Coup de projecteur sur un groupe démentiel au talent indéniable.

Crédit photo : Erwan Meritte

 

Aux origines

Mr Yéyé, c’est d’abord l’histoire d’un artiste qui fait le choix téméraire d’auto-produire son travail. L’aventure commence en 2012 via sa chaîne YouTube sur laquelle il publie régulièrement des contenus. Des reprises atypiques aux compositions originales, Mr Yéyé acquiert peu à peu une communauté fidèle de fans. Le premier album, Cabaret Noir, sort en 2016 et s’écoule à un peu plus de deux milles exemplaires. En 2017, il lance une campagne Ulule afin de produire un deuxième album, Hybride. La communauté de fans qui les suivait alors s’est montrée une fois de plus très engagée puisque le palier d’investissement a été largement dépassé par les contributeurs jusqu’à atteindre les 353% de l’objectif fixé (chapeau les gens).

Cet engouement du public m’a marquée et je me suis intéressée petit à petit aux productions du groupe, notamment via la chaîne YouTube de Victor Bonnefoy, alias InThePanda. Sacré bol, c’est à ce moment-là qu’ils ont pu partir en tournée et se produire au Jack-Jack à Bron. Alors, est-ce que l’expérience valait le détour ? (Spoiler : OUI.) [su_youtube url= »https://www.youtube.com/watch?v=fCCes5m9v_s&t=103s » width= »800″ responsive= »no »][su_youtube url= »https://youtu.be/MIDOEsQL7lA?list=PLCIwJPghqlNLU4GBiZl2BjD0Xp-qeWLuL » width= »800″ responsive= »no » autoplay= »yes »] [/su_youtube]

(Un petit retour en images sur l’interview de Victor Bonnefoy accordée en 2014 à l’ArlyoTeam)

Ambiance au Jack-Jack

Parée de ma tenue de combat (chaussures compensées et sac à dos minimaliste oblige), je me mets en route ce mercredi soir pour le concert de Mr Yéyé au Jack-Jack, espace culturel composé d’une salle de concert ainsi que de studios de répétition et d’enregistrement. Partie intégrante de la MJC de Bron, elle se compose d’une programmation plutôt rock et accueille des groupes tels que The Wooden Wolf, Apply For A Shore ou Holy Two.

En arrivant à l’ouverture des portes, je remarque une file déjà conséquente. Ça discute, chante et trépigne d’avance devant la façade. Le contact est très spontané, et plus intéressant, on rencontre tous types de spectateurs : des fans de la première heure ayant acheté leurs places dès le lancement de la billetterie, des curieux et des amateurs de la scène du Jack-Jack, des adolescents accompagnés de leurs parents, des vieux de la vieille, bref, le public de Yéyé est autant varié que chaleureux.

La première partie est assurée par Ityllic, un groupe de Metalcore originaire de Grenoble. Dès les premières notes, le chanteur nous offre des screaming ahurissants, à s’en décrocher la glotte. Sa performance est accompagnée de la voix mélodieuse de Lou-Anne Elziere. Le contraste entre ces deux voix donne un cachet évident à la performance du groupe. Ityllic déborde par ailleurs d’une énergie qui s’immisce bien vite au sein du public. Dès le second morceau, on se met à crier et à danser, encouragés par l’enthousiasme des musiciens ainsi que quelques solos de guitare bien appréciables. Bref, une première partie qui assure et nous met dans de très bonnes dispositions pour la suite.

Crédit photo : Erwan Meritte

 

Hybridité et richesse sonore

Vous connaissez tous et toutes les grandes lignes du récit d’Ulysse et notamment l’épisode de sa rencontre avec les sirènes. Pourquoi je m’amuse à faire référence à l’épopée homérienne me direz-vous ? Parce qu’à 21h Mr Yéyé est arrivé sur scène, a entamé le morceau Hybride et la salle est restée subjuguée. Moi la première. Difficile de réagir devant un ovni pareil : on est face à une voix qui part tour à tour dans des aigus insoupçonnés et passe d’une octave à l’autre avec une aisance folle. En un morceau, Mr Yéyé est parvenu à rallier toute la salle dans une forme de fascination mêlée à un enthousiasme sans bornes. Cette adhésion s’explique notamment par la variété des mélodies que comportent les productions du groupe : si Mr Yéyé reste fermement ancré dans le rock, il manie aussi des influences électro, jazz et reggae, avec une dextérité qui force le respect. Cette hybridité musicale apporte un vent de fraîcheur sur la scène française et explique en partie l’adhésion conséquente du public.

Et au-delà de la variété mélodique, on doit saluer surtout la richesse des textes de Mr Yéyé. Aussi poétiques que politiques, ses morceaux comportent une sincérité et une émotion peu communes. Outre l’usage de la langue française qui permet une appréhension immédiate des paroles, celles-ci sont bouleversantes de vérité. On y trouve de nombreux échos renvoyant à nos sensibilités et expériences personnelles, qu’ils traitent tour à tour du harcèlement scolaire (Quelqu’un de bien), du slut-shaming (Sal*pe) ou de la manipulation des consciences (Ça commence par des mots). Des thématiques chères à l’artiste et qui sont évoquées sans détour ni faux-semblants.

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(Le lien vers la chaîne YouTube de Mr Yéyé où ce dernier a publié en libre accès son deuxième album, Hybride, sorti en octobre 2017)

Une présence démesurée

Par ailleurs, le groupe se distingue réellement des autres grâce à leur prestation scénique. C’est un défoulement d’énergie et de passion que l’on se prend de plein fouet, du style 33 tonnes lancé sur autoroute. C’est bien simple, ils offrent tellement sur scène que le public est obligé de rendre son équivalent. Je pense que je ne m’avance pas trop en qualifiant Mr Yéyé de bête de scène. L’expression peut prêter à sourire mais je ne vois pas comment décrire autrement sa présence. Il fait véritablement corps avec la scène et rien ne semble pouvoir arrêter la déferlante une fois qu’il se met à bouger, ce qui m’avait déjà frappée à l’époque dans l’une de ses vidéos où on le voyait monter sur scène pour accompagner Shaka Ponk en janvier 2012 (oui, rien que ça). Il n’est d’ailleurs pas le seul de la troupe à prendre son pied sur scène : Baptiste, Maxime, Axel, Cécilia et Victor ont déployé au même niveau une énergie folle.

Cette vague démentielle se reproduit au niveau du public ; dès le deuxième morceau, le Jack-Jack se retrouve secoué par le mouvement de foule. Plus les morceaux défilent et plus le public se montre réceptif. Au fil des indications du groupe, nous nous sommes mis à danser, chanter en cœur, pogoter avec vigueur, sauter dans tous les sens… C’est simple, le groupe avait une telle emprise sur nous qu’on aurait pu faire n’importe quoi, du style suivre la chorégraphie de YMCA ou mimer le signe de Jul…  Ah mais on l’a vraiment fait ? Fichtre. Le concert a déployé des moments dingues, notamment lors du morceau Murmures où Mr Yéyé et InThePanda se sont retrouvés en plein milieu de la salle, entourés de part et d’autre par le public. S’en est suivie une forme de duel bien intense entre eux et nous, toute en gueulante et en décharge d’énergie. Il n’a jamais été aussi bon d’hurler à pleins poumons en si charmante compagnie.

Crédit photo : Lukas Guidet

Communion avec le public

Mais il serait limité de ne mentionner que les moments de folie orchestrés par le groupe puisque le concert a aussi été vecteur de moments d’intense émotion. Notamment par le biais du public qui connaissait les chansons par cœur et les reprenait avec Mr Yéyé. Lors de certains morceaux, on se rend compte à quel point les textes de Mr Yéyé ont touché son public. Ils mettent des mots sur une douleur jusqu’à présent indicible et pourtant bien présente au creux de nos cerveaux. Cela se ressent sur de nombreux morceaux comme Je ne suis pas une erreur, Impasse, Sous la surface où une voix commune s’échappe de la salle du Jack-Jack. C’est fort parce que c’est sincère. Parce que ça vient des tripes.

Le souvenir qui me marque le plus s’est produit lors du morceau Ton heure viendra où Mr Yéyé nous a encouragé à nous asseoir les uns contre les autres. Il s’est assis à son tour et a entamé les paroles de sa chanson. S’en est suivi un moment d’émotion dingue où la salle entière, en osmose, était suspendue à cette mélodie qu’elle reprenait par cœur. C’est rare d’assister à un moment de telle complicité avec un groupe et diaboliquement compliqué de retranscrire quelque chose de si juste et si sincère. Des moments de grâce comme celui-ci se sont reproduits à de nombreuses reprises durant le concert, notamment sur le morceau Je ne suis pas une erreur. Poignant tout simplement.

Parce qu’en un mot comme en cent, Mr Yéyé a une démarche musicale aussi démentielle que généreuse. On parle souvent du charisme et de l’énergie déployée par un groupe sur scène. Le groupe possède toutes ces caractéristiques. C’est un fait. Non négociable. J’insiste. Plus que la « simple » écoute sur CD, il faut aller voir le groupe en live pour se rendre pleinement compte de leur talent et du potentiel monstrueux qu’il leur reste encore en réserve. J’ai vécu ce mercredi une expérience musicale rare et j’en suis ressortie bouleversée à tous les niveaux. Et je vous encourage vivement à vous intéresser de plus près à Mr Yéyé, parce que son travail acharné mérite un maximum de visibilité.

Crédit photo : Erwan Meritte

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