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Vous  pensiez avoir le monopole de l’élégance et du chic ? (En tant qu’individus vivant au pays de « Coco na Chanel » et de « Loulou et Boutin », la différence est très claire.) Que nenni ! Et c’est la créatrice de la marque Odiora, Nathalie Birault, qui nous prouve le contraire en proposant des bijoux originaux et pleins d’allure pour embellir les prothèses auditives. Pour vous, j’ai posé quelques questions à cette innovatrice qui se confie sur cette très belle initiative.

Tout d’abord, je dois dire qu’Odiora est un superbe projet

Merci ! Je suis contente de voir que mes créations interpellent la presse. Avec Odiora, j’espère faire bouger l’image vieillotte qui colle à la peau des malentendants. Mon rêve : faire des appareils auditifs un accessoire de mode aussi tendance qu’une paire de lunettes.

Parlez-nous un peu de vous, pour commencer

Sans préavis, mon audition est partie à l’âge de 12 ans brutalement. Depuis, je porte des appareils auditifs qui m’aident à communiquer avec les autres et comprendre le monde sonore. Cette audioprothèse, de couleur marron par défaut, a souvent fait peur à mon entourage.

En classe de 3e, je me suis intéressée au fonctionnement de cet appareil en faisant un stage chez un fabricant d’audioprothèses lyonnais, Phonak. J’ai appris à changer la couleur des coques de mes prothèses auditives. J’ai choisi de mettre des couleurs très voyantes comme le rose. Ce changement m’a permis d’affirmer ma singularité avec fantaisie et surtout de dédramatiser le handicap.

C’est là que le regard des autres a commencé à changer. Malheureusement, le changement de coque nécessite un outillage et une manipulation fine. Aussi, je ne pouvais pas changer régulièrement la couleur de mes prothèses.

Comment avez-vous pris l’initiative de créer des bijoux pour prothèses auditives ?

En 2001, j’ai eu la chance de faire un voyage merveilleux à Tahiti. Je suis tombée amoureuse de leur culture et de leurs fleurs de tiaré. En rentrant en France, mon audition est tombée de plus belle et j’ai pris la décision de faire une bi-implantation cochléaire. Pour accepter l’appareillage qui doublait de volume, j’ai commencé à customiser mes implants avec ce qui pouvait me faire rêver, voyager, à l’image des tahitiennes.

Ce bijou « fleur de tiaré » sur mes implants est devenu un moyen de communiquer mon handicap avec élégance et me permettait de changer très facilement en fonction de ma garde-robe. J’ai offert un bijou à une petite fille et les étoiles qu’elle pouvait avoir dans les yeux m’ont donné la première force pour entreprendre.

J’ai ensuite animé un blog : « Malentendante et alors ? » qui m’a permis de confirmer l’intérêt des malentendants pour le concept. J’ai ensuite perfectionné mon accroche avec l’aide d’une bijoutière et d’ingénieurs pour ensuite la protéger à l’INPI.

Le caractère innovant de cette accroche est qu’il permet une fixation simple et universelle, quelque soit la marque des appareils auditifs.

Pour créer mon entreprise, je me suis rapprochée de l’incubateur Ronalpia, qui défend des valeurs fortes pour les entreprises sociales et solidaires. En travaillant avec eux depuis 9 mois, j’ai pu obtenir mes premières subventions : AGEFIPH, la Banque Populaire, la BNP, ATOS, qui m’encouragent à poursuivre l’aventure.

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Crédits photos : (c) Sébastien Jourdan

Qu’en est-il d’Odiora et de son image aujourd’hui ?

Aujourd’hui, je propose Odiora au grand public grâce au Village des Créateurs, avec le Pop Up Store. Je suis fière de proposer les produits parmi de belles marques novatrices lyonnaises. Cette présence permet de ne pas stigmatiser le bijou dans le domaine du handicap, et en faire un véritable accessoire de mode.

Pour moi, porter une prothèse auditive est un vrai engagement pour être avec les autres dans la communication. Aussi, il est important de la valoriser.

Faisiez-vous déjà des bijoux avant de vous lancer dans les parures pour prothèses auditives ?

Les bijoux, je savais à peine parler qu’ils me faisaient rêver ! Quelques paillettes et je partais dans de beaux voyages étoilés. À 3 ans, je les appelais mes « Guilloux », une vraie fille bling bling pacotille ! Plus tard, je les ai regardés avec encore plus de fascination. Je n’ai pas de formation d’artisan joaillier pour maîtriser les métaux précieux, mais j’ai suivi une formation à l’école des Beaux Arts où j’ai développé ma sensibilité artistique, de la finesse, et ma créativité, pendant 5 ans. J’ai ensuite complété cette formation auprès d’une créatrice lyonnaise, Anna Mouquod Annamorfoz.

Combien de temps accordez-vous à la réalisation d’une seule pièce ?

Je passe beaucoup de temps à chercher les tendances, les couleurs et mon inspiration. Je dessine et teste de nouveaux matériaux chez YouFactory. C’est un espace d’impressions laser et 3D au Pôle pixel à Villeurbanne. Cette phase me permet de rester dans l’économie locale et de ne pas faire de surproduction. Une fois que les matériaux sont choisis, j’assemble les différents éléments, suédine, perles, chaînes, éléments de cuir, plexi…

Ensuite j’essaye les prototypes pour voir si le bijou est agréable à porter et ne gène pas le fonctionnement de l’appareil auditif : c’est une phase de validation. Puis, je confie l’assemblage à des travailleurs handicapés en milieux protégés, spécialement formés pour l’occasion. Avec eux, nous avons également modifié quelques éléments pour que l’assemblage soit plus facile à leur manipulation. L’assemblage final dure environ une demi-heure.

Comment décrivez-vous vos créations ?

Les créations Odiora sont plutôt légères et fines. Sous forme de lien, elles se portent sur une seule oreille comme les tahitiennes arborant les fleurs de tiaré. À Tahiti, la fleur de tiaré à l’oreille est un moyen de communication visuelle. Je détourne cette tradition pour en faire un bijou identitaire pour les malentendants. Les créations n’ont pas pour vocation de cacher les appareils auditifs : je les définis comme des bijoux « médiateurs ».

Pouvez-vous nous présenter vos collections ?

  • Les Fleurs de tiaré : c’est l’emblème d’Odiora, qui symbolise la bienvenue et le désir d’entrer en communication.
  • Les Messagers : des modèles qui envoient un message d’interpellation à la personne entendante (Enjoy, Forever, Oups, des petites mains pour symboliser la langue des signes, un médiator…)
  • Les Amulettes : dotées d’attrape-rêves, de trèfles à quatre feuilles, de shamballas.
  • Les Design : plutôt épurés, dans l’air du temps.
  • Les Tiny : des modèles plus courts, qui se placent juste devant l’appareil.
  • Les Collectors : des créations haut de gamme en collaboration avec des bijoutiers. Un projet est ainsi engagé avec Anna Mouquod (Annamorphoz).

Votre gamme s’adresse principalement aux femmes. Envisagez-vous de créer une gamme destinée aux hommes ?

Effectivement, j’ai conçu les premiers modèles pour mon usage personnel, c’est pourquoi ils s’adressent donc d’abord aux femmes. Mais bien sûr, les hommes auront droit à leur gamme. Quelques modèles sont déjà en cours de développement avec une inspiration plus légère et fine inspirée des tiki tahitiens.

Un grand merci à Nathalie Birault, la créatrice, pour ses réponses.

Vous pouvez retrouver l’ensemble de ses créations sur le site internet d’Odiora ou bien au Pop Up Store du Village des Créateurs, 3 rue Grôlée à Lyon jusqu’au 31 décembre.

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