Primark : quand Lyon alimente un business ni équitable ni durable

par Arlyo Team
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Primark débarque à Lyon, après des mois de teasing dont l’intérêt a échappé jusqu’ici à votre rédacteur stylisme, et une campagne de recrutement encore en cours. Le 23 octobre dernier, l’enseigne irlandaise ouvrait grand ses nouvelles portes à une vague (un tsunami même) de consommant.e.s intégristes, tou.t.e.s bienvenu.e.s.

Alors que le maire de notre chère ville (labellisée équitable et durable) salue-revendique la prouesse miraculeuse des 500 postes créés, comment traduire les comportements de nos lyonnais/es, et comment digérer ce qui semble être vécu comme un événement culturel voire social ?

On aurait compté plus de 2000 personnes étalées sur une file de 500 mètres.

On aurait compté plus de 2000 personnes, étalées sur une file de 500 mètres.

L’emploi  est mort, vive  l’emploi !

Avant toute chose, il est important de rappeler que les méthodes de production, communication et vente, sont comparables chez Primark, Zara, H&M etc.

Nous nous étions déjà interrogé.e.s lors du Fashion Revolution Day, nous avions émis quelques hypothèses et soumis quelques réserves. Pour rappel, un effondrement d’usine au Bangladesh, et des étiquettes S.O.S brodées à la main, retrouvées sur des habits Primark étaient à l’origine du mouvement Fashionrevolution.org. Faisant écho à nos questionnements d’alors, ce débarquement d’outre-Manche nourrit davantage le débat.

Ce qui fait la réputation et suscite l’engouement autour du magasin fraîchement inauguré, c’est bien évidemment le prix – pour celui de La Part-Dieu, la moyenne est de 4 euros par article. Or, nous savons tou.t.e.s qu’un tarif extrêmement bas, est indice de qualité exécrable d’un produit.

Allant systématiquement de pair avec cet « avantage » pour le client, rappelons-nous bien les conditions de vie et de travail pénibles, plus proches de l’esclavage que d’une économie juste et responsable.

Concernant le Labelgate, la position officielle des irlandais  est de crier au complot estimant que les étiquettes incriminantes sont un faux. En soutien avec cette démarche défensive et floue, le National Garment Workers Federation, syndicat bangali des ouvrier/ères textiles, incite le grand public à faire confiance aux multinationales, et ne surtout pas désinvestir le pouvoir d’achat. Jouant allègrement le scénario affectif des travailleurs/euses qui perdraient leur emploi et qu’une réaction solidaire du consomm-acteur ne ferait qu’empirer les choses.

Question à 65 € (soit le salaire mensuel moyen pour 14 heures et plus de travail par jour) : un syndicat ne devrait-il pas justement être une force qui, à puissance (au moins) égale avec le patronat, n’hésite pas à inviter au boycott, seule solution immédiatement efficace face à toute situation d’oppression ?

Expéditeur inconnu, destinataire insensible.

Expéditeur inconnu, destinataire insensible?

Dignité, prix, qualité : le grand bazar

Nous vivons parait-il une crise terrible, qui demande (toujours parait-il) de nombreux sacrifices, de la part (toujours) des plus nombreux, c’est-à-dire nous tou.t.e.s, les 99% qui se partagent moins de la moitié des richesses matérielles.

Et si l’on veut bien croire à l’existence de cette Crise, doit-on néanmoins la vivre dans l’austérité vestimentaire, la non-célébration de sa propre individualité ? En somme, doit-on être gris.e.s et négligé.e.s comme cette Économie mondiale, ou peut-on tout de même donner un ton à nos quotidiens ? Peut-on égayer nos habitudes, habits et habitats sans se ruiner ?

Partisan/es du stylisme pour tous, permettez-nous d’insister à nouveau sur les alternatives déjà en place à Lyon.

Comme les nombreux Emmaüs, Notre Dame Des Sans-abris, Croix Rouge, magasins et friperies solidaires, qu’il faudrait envahir sans hésitation aucune, comme un premier jour chez Primark. Ne serait-ce que pour encourager et permettre de développer les réseaux, qui du tri d’articles à leur vente, créent et maintiennent des emplois. Emplois destinés aux mêmes personnes embauchées par le nouveau magasin préféré de Mr Collomb.

Des commerces réellement éco-responsables existent déjà. Mêlant business et social, ils sont la démonstration que l’un n’exclut pas l’autre. En outre, la surproduction, le flux incessant de produits à obsolescence programmée ne font qu’empirer les conditions climatiques. Ignorant de façon criminelle la solution la plus concrète, à savoir le recyclage et la juste utilisation des matières premières répondant à l’équation écologie/durabilité.

Il ne s’agit pas d’une utopie hippie, il n’est pas nécessaire de sombrer dans les bons sentiments, mais bien d’être plus efficaces que les hashtags éphémères du Fashion Revolution Day. De manière constructive, chacun.e peut, en ménageant son porte-monnaie, enrichir sa garde-robe et soutenir une économie juste, même sans avoir de particulières tendances altruistes…

Poussez aussi avec enthousiasme, les portes des boutiques de créateur/rices du coin, dispersées un peu partout dans le Grand Lyon. Posez-leur vos questions, discutez des méthodes et conditions de production, et laissez–vous surprendre par les plus audacieux/ses comme, pour n’en citer qu’un, Leax. Créateur lyonnais de vêtements éco-friendly, dont nous parlerons plus en détail prochainement, qui mise sur le 100% local et s’engage à ramasser 500 grammes de déchets pour chaque article acheté.

Comptons sur des solutions réalistes et soyons fou/lles, envisageons d’autres méthodes.

De nombreuses études indépendantes (du 1% dont nous parlions plus haut) nous invitent à reconsidérer nos habitudes et réflexes en matière de consommation. Ainsi pour donner une dimension purement économique, selon la logique du chiffre et non uniquement du chantage émotionnel, nous est-il suggéré de ré-investir dans nos commerces de proximité. Les avantages d’une économie géocentrique, iraient à double sens. En privilégiant des dépenses au sein de sa propre zone, l’on évite l’impact écologique en matière de transport de marchandises, ainsi que son influence sur le prix final. On retisserait également les liens entre entrepreneur.e.s, commerçant.e.s, et clientèle. Sans oublier qu’en encourageant un magasin ou des producteurs/trices, vous créez la possibilité d’embaucher pour répondre aux demandes croissantes. Un idéal qui vise à la transparence et à l’équité au sein du triptyque production/distribution/consommation.

À l’heure où l’on exige des étiquettes claires sur chaque produit, garantissant fiabilité et traçabilité, quoi de plus rassurant que de consommer voisin/malin ?

Simplicité(s).

Simplicité(s).

À propos d’étiquette, celle qui raconte que Lyon est LA ville équitable et durable, est-elle mensongère ? Devons-nous vraiment être fièr.e.s d’améliorer la condition de vie du Lyonnais moyen au détriment tragique de qui que ce soit ?

C’est ce manque d’audace et d’initiative que l’on pourrait reprocher à notre maire. Avions-nous besoin d’accueillir avec un enthousiasme irresponsable, un monument supplémentaire à la débâcle sociale, économique, écologique ?

Oserait-on dire que nos comportements politiques et consommateurs, sont à l’image du manque d’originalité et de la faible qualité de tout ce qu’offrent ces magasins tape-à-l’œil concentrés dans un lieu aussi frénétiquement inhumain que le C.C La Part-Dieu ?

Des produits et des idées, qui répondent instantanément à une avidité irréfléchie, à des caprices ; plutôt que de s’inscrire dans un projet conjugué au futur, et au pluriel.

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