Quand l’horreur s’invite au Fou…

par Arlyo Team
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La Dernière Torture

Jusqu’au dimanche 6 octobre, le Théâtre Le Fou, charmante petite salle des pentes, accueillera la compagnie Lune Noire et leur création La Dernière Torture. Entre théâtre d’horreur et Grand-Guignol, un pari a été rempli : envoyer dans la tête du spectateur toutes sortes d’émotions fortes…

Le théâtre Grand-Guignol, vous connaissez ? Un genre à part dans le panorama théâtral actuel. Oublié, peut-être, ou du moins, remodelé dans des formes nouvelles qui s’inspirent de son impact émotionnel fort et immédiat. Pourtant, le Grand-Guignol perdure, sous la forme d’une esthétique : celle du théâtre de l’horreur, du trash, du sang, entre rires sincères provenant de la pause comique et spectaculaire, sanguinolente… C’est ce genre méconnu, datant du début de XXe siècle, dont s’inspire la compagnie Lune Noire avec La Dernière Torture, jouée du 3 au 6 octobre au Théâtre Le Fou. Attention : si vous ratez la pièce cette année, elle reviendra en mai 2017… et Arlyo ne manquera pas de vous le rappeler !

Vous avez dit Grand-Guignol ?

Comme nous l’expliquait Ambre Cossali, membre de la compagnie, le terme de « Grand-Guignol », avant de devenir le genre, était une salle de spectacle parisienne. Sa spécialité ? Des pièces macabres et sanglantes, entre effets scéniques spectaculaires (jambes tranchées, viande véritable, sang animal…) et drames de conspirations, de sociétés secrètes et de complots funestes. Plus tard, la salle donnera son nom au genre, et à l’adjectif « grand-guignolesque », le terme désignant aujourd’hui l’utilisation esthétique de la violence à travers de grands effets visuels.

Un genre qui bouscule l’émotion et provoque la réaction immédiate des spectateurs. Vous sortez de là la boule au ventre, vous en avez pris plein les yeux. À la manière d’un film d’horreur — mais, évidemment, en plus percutant, nous sommes au théâtre ! — le Grand-Guignol procure des émotions vivaces. Est-ce toujours agréable ? Non, plutôt grisant, angoissant. C’est l’amour de la peur qui parle : j’ai été terrorisée pendant une heure, et pourtant, le moment n’a pas été désagréable.

C’est sous le seul angle de l’émotion et du spectaculaire qu’il faut prendre ce genre : tenter de l’analyser sous un autre axe ne serait pas concluant. Ce n’est pourtant pas un genre dénudé d’intelligence ou de profondeur, il est doté d’un énorme potentiel, puisqu’il s’attaque aux sens avant d’aller à l’intellect. Nous n’avons donc pas le choix : il nous faut accepter de ressentir, d’être pris en otage par le spectacle. Faisons le choix de nous bousculer. Et assistons à la Dernière Torture

Le rire et la puissance

Le spectacle s’ouvre sur un intermède comique : le spectateur est un « soldat » qui assiste aux disputes grotesques des généraux et compagnie. Le contexte est pourtant glaçant : en 1900, en Chine, des soldats colonialistes français se retrouvent encerclés par les Boxers. Leur dernière torture sera l’attente…

Tous les schémas sont très connus : le texte, les personnages, les éléments scéniques… Tout rappelle les célèbres et traditionnels films de guerre, le motif du soldat qui doute, de celui qui garde espoir, d’un autre songeant à une jolie femme ou à ses enfants. La véritable originalité de la Lune Noire, c’est leur utilisation intelligente du grand-guignolesque : la peur, la vraie, qui saisit les personnages, entraîne avec elle la salle. Nous sommes plongés dans un noir dont nous soupçonnons les secrets, terrifiés par l’irruption d’un soldat en sale état, surpris par des jumpscares terriblement efficaces… Le sang, la peur, l’attente, les effets spectaculaires, le grotesque de certains personnages… Tout est emprunté au genre du Grand-Guignol et du théâtre d’horreur, mais avec une touche de décalage et de modernité grisante.

Le tout est porté par une équipe de comédiens engagés. Personne n’a fait semblant et tout a été assumé jusqu’aux saluts. Voilà une véritable authenticité : voilà du théâtre, et ça, ça fait du bien, dans le fleuve des créations contemporaines, où tout semble factice et acheté. Au Fou, j’ai eu peur, j’ai été angoissée, j’ai vu l’univers de la guerre, j’ai ri d’un rire franc et, en sortant, j’étais vidée et nerveuse. Enfin quelque chose qui ne m’arrive plus au théâtre : ressentir !

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