Il y a environ deux semaines (le 5 mars), nous vous parlions de courts-métrages. Notamment de l’un d’entre eux qui nous avait non seulement émus, mais aussi beaucoup touchés : Champagne d’Olivier Ducray.

Nous avons joint Olivier Ducray pour qu’ensemble nous apprenions à mieux connaître ce jeune réalisateur passionné, à l’écoute et Lyonnais de cœur.

R (Rédaction) – Olivier Ducray, pour commencer, parlez-nous un peu de vous, de votre parcours, de ce qui vous a amené jusque-là.

O. D. (Olivier Ducray) – J’ai 34 ans, et bien que vivant à Paris depuis une quinzaine d’années, je suis Lyonnais de cœur, toute ma famille vit ici, j’ai aussi à Lyon de nombreux amis proches. Après des études de cinéma dans une école privée reconnue par l’État, j’ai entamé une série de stages en production, puis en vente internationale de films, avant de décrocher mon premier vrai job comme assistant aux acquisitions des programmes de la chaîne Comédie en 2001, au « début de la fin » de la grande époque… Deux ans après, désireux de retourner vers le cinéma, j’ai suivi un master marketing et distribution (INA/Sorbonne) et je suis rentré chez Mars Distribution, qui était à l’époque une filiale du Studiocanal (groupe Canal+). Après quatre ans, je suis parti créer ma société de production, j’ai initié en son sein quelques développements avec mes associés, dont une série pour Planète No Limit, et je suis surtout peu à peu retourné à mes premières amours, l’écriture et la réalisation. Entre l’âge de 16 et 18 ans, avant de quitter Lyon, j’avais réalisé quatre longs-métrages vidéos très amateurs dont un dans mon lycée (les Maristes) dans le cadre de l’option art au Bac, en faisant tourner beaucoup d’élèves de l’école. Champagne est mon premier vrai court-métrage réellement produit et réalisé avec une équipe de professionnels, mais avec évidemment peu de moyens car cela reste un court-métrage.

R – Comment avez-vous eu l’idée de ce court-métrage (Champagne) ? Et pourquoi sur ce sujet ?

O. D.  – J’ai toujours été sensible à la problématique de l’isolement et notamment celui des personnes âgées à côté desquelles on passe sans les voir… C’est du moins l’impression que j’ai. La question de la solitude est une préoccupation centrale dans tout ce que je fais. J’ai voulu ici raconter l’histoire d’une vieille dame qui comme tant d’autres n’a pas (ou peu) de relations avec son entourage et essaye de deviner en tendant l’oreille ce qui se passe autour d’elle, histoire de continuer à vivre… Jusqu’au jour où elle aussi aimerait qu’on l’entende.

R – Pouvez-vous nous raconter comment s’est passée la rencontre avec Assystel (ndlr : aide et écoute aux personnes âgées) et Mitiki (ndlr : production) ? Pouvez-vous en dire plus sur cette relation ?

O. D. – Mon producteur chez Mitiki est un ami, ancien régisseur général, pour qui Champagne était son premier film en tant que producteur délégué. Il a tout de suite accroché sur le scénario et a voulu me soutenir. Sans sa confiance et sa générosité, ce film n’aurait pas vu le jour. D’une manière générale, la collaboration avec l’ensemble de Mitiki a été idyllique. Ce sont des gens intègres, sincères dans leur démarche, fiables et audacieux. Nous avons rencontré Assystel après avoir terminé le film, lorsque nous cherchions à le montrer et l’exploiter. Cette rencontre est une véritable aubaine pour nous comme pour eux, car ils cherchaient depuis longtemps à faire un film pour parler de la chute, leur cœur de métier (Assystel est une société à taille humaine qui propose un service de téléassistance pour les personnes âgées, avec les systèmes de bracelets électroniques). Outre le partenariat financier signé avec eux, qui a permis à mon producteur de rembourser ses dettes sur le film, c’est avant tout un partenariat d’images très positif. Assystel n’a pas du tout voulu dénaturer le film, l’a diffusé et projeté tel quel à tout son réseau, lui créant même une page propre sur son site web. Par ce biais, le film a été vu plus de 50 000 fois, ce qui pour ce genre de court-métrage est exceptionnel. Nous avons tissé une vraie relation de confiance, et même d’amitié avec eux. Ils sont à nouveau partenaires de mon nouveau film.

R – Comment avez-vous rencontré Jemmy Walker (ndlr : actrice principale) ? Comment va-t-elle ?

O. D. – J’ai eu la chance de rencontrer Jemmy Walker par l’intermédiaire d’une jeune comédienne à Lyon, Caroline Personne, qui est sans doute son amie la plus proche et qui s’en occupe très régulièrement. Il faut noter que Jemmy n’est pas si éloignée dans la vie du personnage qu’elle interprète dans le film, elle n’a que peu de visites. L’expérience de tournage avec elle restera un souvenir merveilleux. Aux dernières nouvelles Jemmy allait plutôt bien, malgré le grand âge et une mémoire de plus en plus défaillante.

R – Avez-vous des anecdotes sur ce tournage que vous voudriez bien partager avec nous ?

O. D. – Trois petites anecdotes : d’abord, tourner un extérieur rue de Brest en plein centre de Lyon, le samedi après-midi une semaine avant Noël, c’est une très mauvaise idée… Surtout entre deux averses… Ensuite, faire courir une dizaine de fois dans les escaliers sa petite cousine avec une doudoune, dégoulinante, c’est assez drôle (sauf pour elle)… Enfin, plus sérieusement, passer près d’une journée par terre, à même le sol, lorsqu’on est une vieille dame de 92 ans, c’est extrêmement méritant. Cette performance a suscité le respect de toute l’équipe et créé un climat très apaisé sur le tournage. Notons que Jemmy m’avait proposé de tomber vraiment, « je sais chuter ! » m’avait-elle dit. C’était évidemment hors de question, mais ça nous a bien amusés…

R – Que pensez-vous du cinéma Lyonnais ?

O. D. – Je ne connais pas particulièrement tout ce qui se passe à Lyon en matière de cinéma, je sais juste que la ville, berceau du 7e art, est très active dans la préservation et la diffusion de ce patrimoine, notamment à travers l’action du précieux Institut Lumière. Je sais aussi que la région est peut-être la plus dynamique en la matière grâce aux divers dispositifs de Rhône-Alpes Cinéma et qu’il y a, de ce fait, régulièrement des tournages. Personnellement, j’adore tourner à Lyon, filmer cette ville, mais je n’ai à ce jour reçu aucun soutien de « sa » part, je n’ai pas particulièrement insisté non plus, ça viendra peut-être…

R – Comment expliquez-vous que malgré un potentiel certain, l’industrie du cinéma (au sens large) ne se développe pas sur Lyon ? La plupart de nos artistes sont obligés de se déplacer souvent sur Paris pour percer.

O. D. – Malheureusement, comme chacun sait, la quasi-totalité des acteurs majeurs du secteur – producteurs, distributeurs, chaînes de télévision, autres financiers – sont à Paris. Les rendez-vous et les décisions se prennent là-bas, les soirées ou évènements où il est bon de « se montrer » ont lieu là-bas. À moins d’avoir déjà percé, il est assez difficile d’imaginer faire carrière dans le cinéma en étant loin de Paris… sauf en passant sa vie dans les trains. C’est dommage, d’autant que Paris est une ville extrêmement chère, et se donner le temps de percer est donc financièrement un pari parfois difficilement tenable. Ce n’est pas un hasard si beaucoup de gens qui réussissent dans le cinéma – outre tous ceux qui ont un lien de parenté avec une personnalité du milieu et qui sont innombrables – sont souvent des gens qui ont la chance d’avoir un petit patrimoine au départ, ne serait-ce qu’un appartement qu’ils habitent, et ont donc moins le couteau sous la gorge. Sinon, quand on veut être auteur et/ou réalisateur de films, cela vaut aussi pour les comédiens, payer son loyer est un défi chaque mois renouvelé.

R – Pour finir, pouvez-vous nous parler de vos futurs projets ?

O. D. – En 2013, dans la droite ligne de Champagne, j’ai tourné un long-métrage documentaire pour le cinéma, Les Anges anonymes. J’ai passé l’année à suivre Françoise, une infirmière libérale, et à travers elle, différentes personnes âgées ou différents couples de personnes âgées. Françoise, 34 ans de métier, est un personnage hors-norme. Elle est drôle, spontanée, ce qui m’a permis de parler de sujets douloureux et tabous comme la fin de vie, sans misérabilisme, sans tomber dans le glauque ou le pathos. Je suis actuellement en montage, le film devrait sortir en salle à la fin de l’année mais je ne peux pas en dire plus aujourd’hui. Sinon, j’ai un autre court-métrage prévu cette année, une comédie cette fois, mon domaine de prédilection à la base, ainsi que plusieurs autres projets en écriture. Dans ce métier, il faut toujours mener de front cinq ou six projets pour espérer qu’il y en ait un qui « paye »…

R – Merci Olivier Ducray !

En attendant la sortie de Les Anges anonymes, je vous laisse revoir Champagne d’Olivier Ducray.

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