Retour sur le Festival Lumière 2016

par Arlyo Team
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Le festival Lumière, c’est 390 séances, 180 films, des rétrospectives dédiées à de grands cinéastes, une exposition, une ciné-brocante et surtout un prix Lumière dédié chaque année depuis 2009 aux marqueurs du cinéma, acteurs et réalisateurs confondus. Retour sur ce festival pour tous, avec deux rédactrices cinéma d’ArlyoMag.

Cette année, c’est Catherine Deneuve qui est mise à l’honneur, mais avant qu’on lui décerne son prix, Laurine et moi avons pu parcourir en long et en large ce festival. En tant que bénévoles ou bien en tant qu’accréditées-presse nous avons décidé de rédiger un article commun pour vous faire part, chers lecteurs, de nos sentiments durant ce festival.

Assise au premier rang, moi, jeune rédactrice d’un webzine lyonnais, je guette avec impatience la venue d’un talentueux réalisateur. Qui n’a jamais vu ou entendu parler de Pulp fiction ? de Kill Bill ? De Django Unchained ?… Bref. Oui, le brillant Quentin Tarantino arrivera bien mais nous avons tendance à délaisser ces artistes de grandes réputations qui passent après lui. Et cette année il y avait du beau monde.

Que ce soit pour animer des conférences, présenter ou mettre en valeurs des films, les plus grands du cinéma français et étranger se sont bousculés sur notre modeste petit tapis rouge lyonnais (peut-être pas si modeste que ça finalement). Se confond alors Elsa Zyberstein , Lambert Wilson, Alicia Taglionni, Mathilde Seignier, Agnes Varda ou encore Laurent Gerra.

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 « Quentin is back »

Et en tant que grand cinéaste, il revient pour présenter des films des années 1970. Une petite sélection bien choisie par le maître de l’humour noir et décalé. C’est aussi lui qui a opté pour Butch Cassidy et le Kid de George Roy Hill, un western projeté en 35 même tel que le souhaitait Quentin Tarantino pour l’ouverture du festival.

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Le festival Lumière, c’est aussi la villa du festival, où se déroulent des ventes de DVD à l’effigie de notre belle Catherine. C’est aussi l’occasion de boire un verre, avachi dans un transat. Un lieu à part, éphémère où même les meubles seront vendus ensuite aux enchères. Durant une semaine, nous avons été conviés à redécouvrir le cinéma tant moderne que classique ainsi que ses origines à travers des ciné-conférences, des masterclasses animées par les plus grands. Un festival sur le cinéma qui donne envie de continuer à alimenter cette passion.

Universal Monsters !

En cette période d’Halloween, quoi de mieux qu’un petit retour sur la catégorie horrifique du festival ! Parmi toutes les créatures tapies dans cette sélection (La Momie, Frankenstein…), le Dracula de Tod Brownings fait figure de précurseur. Et quel plaisir pour les spectateurs du festival de (re)découvrir sur grand écran le premier film fantastique de l’ère du parlant, dont le succès contribuera à lancer cette longue série des Universal Monsters.

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Pour moi qui n’avais jamais vu le film de Tod Brownings et qui avais en tête d’autres figures de la célèbre chauve-souris (Nosferatu de Murnau, Dracula de Francis Ford Coppola, plus récemment Only Lovers Left Alive de Jarmusch et bien sûr Catherine Deneuve, que les spectateurs du festival ont pu redécouvrir dans The Hunger de Tony Scott), ce fut une belle découverte.

Revoir le film sur grand écran contribue énormément au plaisir du spectateur. Plongé dans l’obscurité, on est saisi par certains plans comme celui du réveil du Comte et de ses compagnes dans la crypte. La performance de Bela Lugosi réjouira les aficionados comme les nouveaux venus, et si l’interprétation peut sembler parfois un peu datée et presque comique, il faut replacer le film dans son époque pour pouvoir en apprécier les innovations techniques et la performance des acteurs.

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Les amoureux du cinéma de monstres auront donc été servis avec ce festival qui nous aura donné de belles idées de soirées ciné pour Halloween !

Hollywood, la Cité des Femmes

À l’occasion de la sortie du très beau livre d’Antoine Sire Hollywood, La Cité des Femmes, le festival réservait une magnifique rétrospective à ces actrices qui ont marqué les années 1930-1950.

Joan Fontaine

Antoine Sire est venu lui-même présenter Lettre d’une Inconnue (1948) de Max Ophuls, pour évoquer la figure de Joan Fontaine. L’écrivain a gratifié la salle d’anecdotes savoureuses sur la rivalité qu’entretenait Fontaine avec sa sœur, la non moins célèbre Olivia De Havilland, qu’on pouvait découvrir, au sein de la rétrospective, dans L’Héritière de William Wyler.

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Max Ophuls adapte avec brio le nouvelle de Stefan Sweig et offre à Joan Fontaine un de ses plus beaux rôles. L’actrice est éblouissante dans le rôle de Lisa, jeune femme éperdument amoureuse d’un homme à qui elle donnera sa vie sans qu’il ne remarque jamais vraiment son existence.

Lana Turner

Alors que les lumières s’éteignent sur la salle, mon voisin de siège se penche vers moi : « J’espère que vous avez prévu vos mouchoirs » ; j’ai pu effectivement constater qu’on ne ressort pas indemne des films du prince du mélodrame ! Et quoi de mieux pour célébrer l’immense Lana Turner que le dernier film hollywoodien de Douglas Sirk, Imitation of Life.

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Dans ce mélodrame aux couleurs flamboyantes, Lana Turner incarne une jeune mère qui élève seule sa fille et tente de réaliser son rêve de devenir actrice. Sa rencontre avec Annie (Juanita Moore, profondément émouvante) et l’amitié naissante entre leurs filles va les pousser à habiter ensemble. L’affection que se porteront les deux femmes au court de leurs vies est le socle de ce mélodrame et permet de développer d’autres questionnements.

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Douglas Sirk traite avec beaucoup de subtilité le lien entre Annie et sa fille qui renie sa mère et ne cesse de marteler à tous qu’elle est blanche. La cruauté dont fait preuve Sarah Jane à l’égard de sa mère se heurte à l’indéfectible dignité d’Annie qui, par sa profondeur, apparaît comme le second personnage principal du film au côté de Lana Turner.

Histoire permanente des femmes cinéastes

Pour continuer dans cette lignée féminine, le festival met depuis quelques années à l’honneur des femmes cinéastes malheureusement peu connues du public. Cette année, c’est Dorothy Arzner, réalisatrice, scénariste et monteuse émérite de la Paramount qui en a reçu les honneurs.

Avec pas moins de 20 films réalisés entre 1922 et 1943, Dorothy Azner a traversé le cinéma de la période muette au parlant. Qu’il soit question des aléas du mariage (Merrily we go to hell, L’Obsession de Mme Craig), des rôles imposés aux femmes (L’Inconnue du Palace) ou tout simplement de l’amour (Working Girls), elle a contribué avec son cinéma à ériger une figure de la femme libre et émancipatrice.

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L’occasion était trop belle pour ne pas me laisser séduire par ces Working Girls audacieuses qui s’installent à New-York pour faire carrière et trouver l’amour. Malgré un dénouement plutôt conventionnel (le mariage bien sûr !), Dorothy Arzner ne mérite pas moins son titre de précurseur des Feminist Studies puisque Working Girls évoque tout de même avec beaucoup d’audace la libération sexuelle, l’homosexualité, et la conquête d’un statut social pour les femmes.

Malheureusement pour les curieux, le festival faisait au spectateur un véritable cadeau puisque ces films ne sont pas encore disponibles en France.

Un festival mettant en avant la culture du cinéma à faire au moins une fois !

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