« Insurrection culturelle », l’ouvrage qui tente de révolutionner le monde de la culture

par Arlyo Team
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« Insurrection culturelle » part du postulat qu’il existe aujourd’hui une déconnexion totale entre les acteurs culturels et le public. Jonathan Nossiter et Olivier Beuvelet s’intéressent au mouvement des vignerons naturels qui a réussi à révolutionner la manière de produire et consommer du vin. En s’appuyant sur cette démarche, ils cherchent à proposer des solutions pour améliorer la situation du monde culturel. Une réflexion originale qui nous a paru intéressante.

 

Couverture Atelier Didier Thimonier Illustration: © Chiara Rapaccini RAP

Couverture Atelier Didier Thimonier
Illustration: © Chiara Rapaccini RAP

 

L’annonce d’une coupe de 7 millions d’euros dans le budget alloué par la ville de Lyon à la culture nous a amené à nous questionner sur l’avenir de la culture à Lyon et nous a donné envie de nous replonger dans Insurrection Culturelle. Dans l’ouvrage paru en octobre 2015, les deux auteurs constatent la disparition de la place essentielle qu’occupaient les acteurs culturels dans la société. L’originalité de la démarche de Nossiter et Beuvelet réside dans le fait qu’ils s’inspirent du mouvement des vignerons naturels pour réfléchir aux moyens de remédier aux difficultés rencontrées par le monde de la culture aujourd’hui. Quel est le lien entre les acteurs culturels et ces artisans de la terre demanderez-vous ? À en croire les deux auteurs, ces deux milieux ont beaucoup plus de points communs qu’il n’y parait !

L’ouvrage est un ouvrage collaboratif coécrit par Jonathan Nossiter et Olivier Beuvelet. Nossiter, écrivain et réalisateur américain de 57 ans, est notamment l’auteur de l’excellent Rio Sex Comedy Club. Il s’avère être également un spécialiste du vin, auquel il a consacré le documentaire Mondovino en 2004. Olivier Beuvelet est, quant à lui, docteur en Esthétique et Sciences de l’Art et professeur à Paris III – Sorbonne Nouvelle.

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« Les artistes, des jet-setteurs déconnectés ou des marginaux inaudibles »

Les deux auteurs partent du postulat que les acteurs du monde culturel connaissent aujourd’hui une crise de légitimité. Selon eux, ils n’assureraient pas le rôle public de leader d’opinion qui fut le leur jusque dans les années 1950. Nossiter et Beuvelet considèrent que, désormais, les artistes peuvent être classés en deux catégories : les « jet-setteur déconnectés » de la réalité (on pense notamment à des artistes contemporains tels que Jeff Koons) et les « marginaux inaudibles ». Ils expliquent cette perte de statut des artistes par le fait que la création culturelle répond désormais aux seules logiques du marché.

Une critique classique des industries culturelles mais une démarche intéressante

La critique des industries culturelles émise par Nossiter et Beuvelet s’avère être relativement classique puisqu’elle s’appuie sur la critique que faisait déjà Theodor W. Adorno dans les années 1960. Selon le philosophe allemand, les industries culturelles imposent des produits standardisés aux individus qui engendreraient un certain conformisme au sein de la société. L’intérêt de l’ouvrage de Nossiter et Beuvelet réside, non pas dans sa critique des industries culturelles, mais plutôt dans sa démarche. Les auteurs étudient le mouvement des vignerons naturels, qui a révolutionné la manière de produire du vin, et tentent d’y repérer des éléments qui pourraient être appliqués pour réformer la production culturelle.

Le retour au terroir, un élément commun entre les vins naturels et le monde culturel ?

Le vin naturel, qui repose sur la volonté de modifier le moins possible le vin par l’ajout d’éléments chimiques durant le processus de vinification, invite à repenser totalement la manière de consommer le vin. On n’achète plus un vin unique et calibré chimiquement, chaque bouteille est différente. Le mouvement du vin naturel constitue un véritable changement de paradigme dans la production vinicole puisque ce qui est important n’est plus de consommer un millésime. L’essentiel devient de goûter à un terroir spécifique. C’est ce retour au territoire que les deux auteurs préconisent pour les acteurs du monde culturel. Nossiter et Beuvelet dénoncent les artistes déconnectés de la société et prônent le retour des artistes comme des acteurs importants de la sphère publique.

Mais que signifie exactement un retour au terroir pour les acteurs culturels ?

Si on comprend aisément la signification du retour au terroir dans la production vinicole, cette démarche peut paraître moins évidente lorsqu’on s’intéresse au monde culturel. Le thème du retour au local en matière culturelle semble faire référence au processus de décentralisation culturelle amorcé en 1982. Ce transfert des compétences culturelles de l’État vers les régions et les collectivités territoriales a eu pour objectif de rendre les biens culturels accessibles à tous sur l’ensemble du territoire. Nossiter et Beuvelet regrettent que, malgré ce processus entamé, il persiste une distance entre les acteurs culturels et la société. Si les auteurs pointent du doigt l’inadaptation du secteur culturel aux attentes du public, ils n’apportent pas de solutions concrètes pour permettre une amélioration de cette situation. On aurait souhaité que les auteurs nous proposent des pistes de réflexion sur les évolutions qu’ils souhaiteraient voir mises en place dans le domaine culturel.

 Une approche atypique mais un manque de recommandations pratiques

Le constat de départ des auteurs est qu’il existe un problème quant à la place que les acteurs culturels occupent dans notre société. Si cette affirmation peut sembler évidente, c’est la méthode de réflexion proposée qui est plus surprenante. Nossiter et Beuvelet font le choix de comparer la situation des vignerons naturels et celle du monde de la culture et ce rapprochement s’avère être pertinent. Les vignerons naturels sont parvenus à révolutionner la façon de produire et de consommer du vin et les auteurs proposent aux acteurs du monde culturel de faire de même. On regrettera cependant que Nossiter et Beuvelet ne proposent pas réellement de mesures concrètes qui pourraient être appliquées par les acteurs culturels. Si leur démarche s’est avérée originale et intéressante, elle n’a pas été exploitée pleinement ; et c’est bien dommage.

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