Tombé dans la danse comme par accident, Samuel Segura voit l’art comme un moyen de transformer les choses, de les élever. Les recherches de ce danseur et comédien n’ont jamais cessé, et sa  pratique n’a fait que s’enrichir. Programmée aux Subs pour Premières Nécessités, sa performance Cryptographique se penche sur l’identité et ce qu’il en reste quand on la dépouille totalement.

Quel est ton parcours de danseur ?

C’est une rencontre complètement inattendue. Deux personnes dansaient dans un jardin public, et j’ai été comme attiré. Ils m’ont fait découvrir la danse-contact. À partir de là, j’ai commencé à me former, et notamment à la méthode Alexander, une méthode qui amène à prendre conscience du corps dans l’espace. Quand tu touches un objet, c’est tout le corps qui est en contact avec cet objet, et il faut apprendre à sentir les mouvements tout autour de soi. Et en soi. C’était fascinant, et cette recherche a duré des années. Puis j’ai tout arrêté pour m’intéresser à un versant plus thérapeutique, ce qui a beaucoup changé ma pratique. Et le théâtre a fait son entrée dans ma vie.

Penses-tu que l’arrivée du théâtre dans ton travail a joué sur sa transformation ?

Je n’y ai jamais pensé. Mais sûrement. Faire du théâtre a peut-être déclenché l’envie de reprendre mes performances pour davantage raconter une histoire. Je vivais des trucs forts et j’avais envie de les faire sortir.

Peux-tu nous parler de Cryptographique ?

C’est une performance, une déambulation dansée qui peut avoir lieu dans des espaces très différents. C’est l’histoire d’un personnage qui veut disparaître, se fondre dans le décor, et qu’on va progressivement dépouiller de son identité. Je suis dans un décor, et progressivement j’en fais partie. J’ai une conscience aiguë de la connexion entre le corps et le lieu dans lequel j’évolue, ce qui change mon mouvement, et moi.

Pour une performance qui change autant d’un lieu à l’autre, quelle est ta préparation ?

En termes d’entraînement propre, je pratique beaucoup l’escalade, les balades sur les toits, la découverte de l’espace. C’est un entraînement physique, et qui permet aussi d’être en sécurité dans les lieux. C’est d’ailleurs la principale difficulté de ce spectacle : trouver des espaces vides à investir, et où grimper ! Ensuite, j’aime beaucoup répéter là où je vais jouer, pour travailler sur cette prise de conscience des lieux. Au fur et à mesure du travail, la mise en condition à chaque fois est moins longue, mais c’est une préparation qui a trait à la méditation, qui demande beaucoup de concentration. C’est un vrai état de corps et d’esprit, et à partir du moment où l’on est dans cet état, ça marche.

Les images du spectacle te dépeignent dans un costume gris, qui rappelle une tenue de camouflage, une ambiance postapocalyptique. Peux-tu nous en parler ?

Cela vient de la méthode Alexander, dont je te parlais. Dans cette technique, on touche une chose et on est cette chose. Donc il n’y a pas de détachement, de frontière entre notre environnement et nous. Ici, le personnage veut vraiment disparaître, se défaire de tous ses attributs humains et de son histoire. Le costume est un moyen pour moi de décaler cette idée. Et en ce qui concerne le masque que porte le personnage, ça part d’une réflexion sur le masque social, celui derrière lequel on se cache.

Ce spectacle est décrit comme une déambulation dans un lieu. Quel est le rôle du public dans la performance ?

La relation avec le public est mise en place dès les répétitions. Les spectateurs tombent parfois sur la déambulation, et c’est là que les rencontres arrivent. L’idée, pour ce spectacle, c’est que le spectateur n’a pas l’obligation de s’identifier au personnage, puisque lui-même est flou, indéfini. Il peut y mettre ce qu’il veut. Le vide est un espace de création, de régénération. Comme le noir, d’ailleurs. Cela crée une certaine appréhension, car rien n’y est déterminé. Mais c’est aussi là qu’on accède à la liberté.

 

Cryptographique, le 24 octobre 2020 à 15 h 30 et 17 h. Gratuit sur réservation.

https://www.les-subs.com/evenement/samuel-segura/

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