Du 20 au 28 octobre se tiendra dans notre métropole la 4ème édition du festival international Sens Interdits. Il s’agit d’un des événements les plus importants de la saison théâtrale lyonnaise. 15 spectacles venant de 14 pays, joués dans pas moins de 15 théâtres différents. Une devise : Mémoires, Identités, Résistances ; et le fil rouge de cette année : l’exclusion.

Théâtre du monde

Les trois premières éditions, en 2009, 2011 et 2013, ont laissé une forte impression dans l’esprit des Lyonnais. Cette année frappe encore plus fort. Patrick Penot, fondateur et directeur artistique de Sens Interdits, connaît parfaitement le Théâtre des Célestins, pour l’avoir co-dirigé de 2002 à 2014. Et s’il s’appuiera toujours sur celui-ci en terme d’organisation, cette année marque, avec la création de l’association Sens Interdits, la première édition indépendante et autonome du festival.

Acceso, une pièce chilienne de Pablo Larrain et Roberto Farias

Acceso, une pièce chilienne de Pablo Larrain et Roberto Farias

Grand voyageur, Patrick Penot traverse sans relâche les frontières érigées par les hommes pour trouver les spectacles qui s’affranchissent de ces barrières. Car si le public se retrouve dans des pièces venant du Chili, de la Lituanie ou du Rwanda, c’est avant tout parce que le festival revendique une visée universaliste. Sous toutes ses formes et dans toutes les langues, le Théâtre que Patrick Penot va dénicher aux quatre coins du monde est porteur de sens.

La découverte appelle la découverte

Parfois, nul besoin de prendre l’avion pour se dépayser, il suffit de sauter dans un tram. Bien sûr, les compagnies étrangères apportent la richesse de leur propre culture, mais tel Patrick Penot partant à l’aventure pour nous dénicher ces pépites, les Lyonnais devront, à leur tour, faire l’effort de sortir des sentiers battus pour aller à leur rencontre.

Patrick Penot

Patrick Penot – Crédits : Christian Ganet

Car l’une des nombreuses qualités de ce festival réside dans la collaboration d’une grande partie de la scène théâtrale lyonnaise. Il s’agit d’une volonté tenace de Sens Interdits de faire découvrir à ses festivaliers différents lieux d’accueils – comprenez des petits théâtres. Un but comme vous le savez partagé par notre rédaction et qui, évidemment, nous séduit.

De Saint-Fons (Théâtre Jean Marais) à Givors (!) en passant par Décines (Le Toboggan), Vaulx-en-Velin (Centre Charlie Chaplin) ou Villeurbanne (Les Ateliers Frappaz), ce festival vous donnera l’occasion rêvée de partir à la découverte des théâtres qui font la richesse de notre métropole.

Sens interdit carte 2

Un aperçu de l’étendu des « lieux d’accueil » de l’édition 2015 de Sens Interdits. Capture d’écran tirée de Google Maps – Tous droits réservés

Que voir ? Nos coups de cœur

Le songe de Sonia

De Tatiana Frolovna, aux Célestins (Lyon 2) les 15, 16, 21, 22 et 23 octobre. Spectacle en russe surtitré en français.

En s’inspirant du Songe d’un homme ridicule de Dostoïevski, Tatiana Frolovna questionne la Russie contemporaine et son déni politique d’un véritable fléau : le suicide. La metteure en scène, venue tout droit de son théâtre Knam, aux confins de la steppe orientale, fait désormais figure de paradoxe dans ce festival, puisqu’elle y est invitée pour la troisième fois. Sens Interdits s’embourgeoiserait-il au détriment de sa vocation à découvrir de nouveaux talents ? En fait, on serait prêt à parier que les organisateurs n’ont pas pu s’empêcher de l’inviter, un peu comme un plaisir coupable. Et quand on connaît la qualité de la grande dame et de sa troupe, on ne peut que partager. Ce « récit fantastique », comme la pièce est sous-titrée, promet du grand théâtre.

le songe de sonia

Dehors

De Thomas Depryck, mis en scène par Antoine Laubin. Au Toboggan (Décines) les 24 et 25 octobre

Le sans-abri, le SDF, le clochard… Voilà une figure allégorique qui habite l’inconscient populaire, à défaut d’un chez soi. C’est aussi, et surtout, une âpre réalité pour celles et ceux qui tentent de survivre au jour le jour dans la rue. Une réalité que notre société, et tous les individus qui la composent, se garde bien de regarder en face. C’est ici qu’intervient le Théâtre, ce turbulent arracheur d’œillères. Dans ce spectacle-performance où chaque représentation est unique (les scènes sont tirées au sort chaque soir), les acteurs jouent le rôle d’un miroir géant, tantôt touchant, et tantôt impitoyable. C’est parfois bon de taper là où ça fait mal.

dehors

El loco y la camisa

De Nelson Valente, au Radiant Bellevue (Caluire) les 26, 27 et 28 octobre. Spectacle en espagnol, surtitré en français.

La figure du « fou » n’est pas en reste, quand il s’agit de venir titiller notre société moderne. Et si à première vue, on peut se demander en quoi un huis clos familial témoigne du thème de l’exclusion, il faut avoir en tête la marque de fabrique du Théâtre argentin, qui aime à observer notre monde par la fenêtre de nos douillets foyers. Valente met donc en scène une famille,  bien sous tous rapports, dont les membres tentent désespérément de cacher ce fils et ce frère différent, gênant, « anormal »… Un cadre idéal, placé sous la loupe et le regard aiguisé du metteur en scène argentin, pour nous parler de nos relations avec l’Autre.

El loco y la camisa

Dans notre article du mois dernier, nous vous avons aussi parlé de Speak, une pièce néerlandaise qui questionne les liens étroits entre discours, rhétorique et politique. Nous pourrions également vous parler d’Acceso (âme sensibles s’abstenir), ou encore de Médina Mérika (attention, jeu de mot)… La qualité rend le choix ardu ! Bon, pas de jaloux, on vous met le lien vers la programmation complète : à vous de jouer !

Un dernier mot : quand Sens interdits signifie tout, sauf une voie sans issue

Nous l’avons précisé à plusieurs reprises, le fil conducteur de cette 4ème édition de Sens Interdits est l’exclusion. À travers leurs répliques et leur mise en scène, les spectacles l’abordent sous toutes ses formes : familiale, sociale, politique… À l’exclusion, Patrick Penot et le festival Sens Interdits répondent par l’accueil. À ceux qui veulent porter un message, à ceux qui risquent parfois jusqu’à leur vie pour le faire dans leur pays, il leur offre des planches, une scène, un théâtre. Un message dont l’écho résonne, ces temps-ci, de manière singulière, et qu’il est peut-être bon de méditer.

Je vous souhaite d’avance, chers lecteurs, un excellent festival, et laisse mes derniers mots à un autre  : « […] La fuite est permise à qui fuit ses tyrans » – Racine, Phèdre.

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