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Cette année, Paul Verhoeven est à l’honneur au sein d’Arlyo. Après la critique du film Elle par Jonathan Placide et de l’émission de Supergrave qui lui a été consacrée, retour sur l’un des nombreux chefs-d’œuvre de la filmographie du hollandais violent : Starship Troopers.

Au même titre que certains chefs-d’œuvre des années 90 tel que Die hard 3, Jurassic Park, Le 13e Guerrier ou encore Terminator 2, une œuvre majeure d’un immense cinéaste très influent à l’époque m’avait collé une baffe dans la tronche comme aucun blockbuster ne me l’avait fait auparavant (enfin si, deux semaines avant : un petit film sur un bateau qui coule), j’ai nommé Starship Troopers.

StarshipTroopers

Honteusement disparu ou relégué en second dans les grands films de SF ayant marqué l’histoire du cinéma de ces 30 dernières années, le film de Paul Verhoeven n’a pas à rougir face aux mastodontes que représentent  Star Wars et Star Trek, d’autant plus qu’il offre un spectacle galvanisant qu’il est à présent impossible de retrouver à un tel niveau.

 

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Alors pour ceux n’ayant encore jamais vu le film, vous filez immédiatement et vous le visionnez autant de fois que j’écrirai de mots dans cette critique enflammée après ce rapide rappel des faits.

Tiré du roman de Robert Heinlein, auteur des Maîtres du Monde qui a grandement inspiré L’invasion des Profanateurs de sépultures de Jack Finney, Starship troopers ou… Étoiles, garde à vous ! dans la langue de Molière, raconte comment l’humanité doit faire face à l’invasion d’une race extraterrestre belliqueuse et mener le combat sur la planète des envahisseurs.

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Dans la version cinéma qui est une très libre adaptation, les petits hommes gris armés des flingues que vous avez eu entre les mains dans les FPS récents laissent la place à une race d’insectes géants nommée « les arachnides », menace extra-terrestre dénuée de technologie au premier abord mais constituant un danger pour l’humanité car ayant le moyen de dévier des astéroïdes.

On suit donc Johnny Rico, étudiant beau gosse de Buenos Aires (ça change) en dernière année de fac avec sa petite amie Carmen Ibanez, son amie Dizzy Flores et son ami Carl Jenkins, à l’intérieur d’une société qui s’est organisée autour d’un concept martial jusqu’à l’enseignement civique dans les écoles afin de devenir un Citoyen de la Fédération. Alors qu’il s’apprête à s’engager au même titre que sa copine et ses amis, la Terre est victime d’une attaque des Arachnides, donnant ainsi le feu vert pour déclarer la guerre à ces foutus insectes.

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5e film de la période américaine de Paul Verhoeven (6 si on compte La Chair et la Sang comme sa passerelle), il décide avec l’aide de son scénariste Ed Neumeier (Robocop) d’adapter le roman de Robert Heinlein, mais de façon sarcastique, en subvertissant le ton propagandiste du livre.

En effet, quitte à parler de politique martiale et d’endoctrinement de la jeunesse, il n’hésite pas dans le choix des costumes et du casting à utiliser une imagerie propre aux nazis mais aussi à creuser encore plus l’aspect politique en taclant une double actualité : le rappel de l’Amérique durant la guerre du Vietnam et les retombées de la première guerre en Irak par l’administration Bush Senior.

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Et connaissant la façon dont Verhoeven a déjà bien cassé du sucre avec des sous textes politiques et subversifs via Robocop, Total Recall mais surtout Showgirls, autant dire que Starship Troopers se pose clairement comme un anti Independance Day, encore plus radical que ne l’était Tim Burton avec Mars Attacks.

Sauf qu’il ne faut pas oublier que le film est avant tout un blockbuster de SF guerrier et que, avec Paul Verhoeven aux commandes d’un tel projet, on sait à quoi s’attendre : les fantasmes cinéphiles et geeks de ceux qui pensaient qu’il ferait aussi fort, violent et barbare voire aussi épique que l’était Robocop ou Total Recall sont très très loin du compte.

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Pour faciliter l’identification et l’empathie à ses personnages, le casting sera constitué de seconds rôles peu connus, alors que Verhoeven venait quand même de diriger en moins de 10 ans Arnold Schwarzenegger, Sharon Stone et Michael Douglas. Le film est basé sur le parcours de jeunes adultes, il décide donc de miser sur une tête d’affiche encore inconnu, ou presque, du grand public… Son acteur, il le trouve parmi le casting de la série Beverly Hills en la personne de Casper Van Dien ; il lui propose le rôle principal, le côté traitement de l’adolescence sera le seul point commun entre Beverly Hills et Starship Troopers.

Puis deux seconds rôles que les fantasticophiles ont sans doute déjà remarqués par le passé : Dina Meyer qui avait déjà joué dans Johnny Mnemonic avec Keanu Reeves et surtout Coeur de Dragon, mais surtout le génialement tordu Jake Busey, fils de Gary, qui, pour un rôle d’homme de main chez Tony Scott dans Ennemi d’État, a surtout cartonné en interprétant le tueur en série fantomatique Johnny Bartlett dans le déjanté Fantômes contre Fantômes/The Frighteners de Peter Jackson.

Dans le rôle de Carmen Ibanez, Denise Richards fera l’affaire (venant aussi de la série Beverly Hills) et, venant lui aussi du monde de la télévision, le rôle de Carl sera confié à l’excellent Neil Patrick Harris. Bien entendu, le choix d’acteurs de séries TV pour adolescents n’est pas anodin et sert la tonalité sarcastique du métrage. Mais le gros coup vient du choix des seconds rôles : après avoir campé une pourriture en la personne de Richter, homme de main de Cohagen dans Total Recall, il fait revenir le fabuleux Michael Ironside pour le personnage très ambigu de Rasczak et d’engager Kurgan en personne, Clancy Brown, pour le sergent instructeur Zim.

Directed by Paul Verhoeven

 

En terme de « production design », le film pose un concept de l’approche et du contexte qui a posé problème pour les scènes de camp de base. Pour une peinture futuriste de Buenos Aires et une approche 100% SF du look des vaisseaux spatiaux ancré dans le quotidien des personnages (voir la navette qui transporte Carmen au spatioport), le film doit en effet montrer un aspect inédit qu’il faudra alors chercher du côté du western puisque les bases de Starship Troopers ne sont ni plus ni moins que des camps fortifiés où le bois cède la place à la tôle.

Autre aspect unique dans un film de SF guerrier (les exemples de films dans cette catégorie ne sont pas nombreux non plus, je le concède) : la volonté de Verhoeven de montrer les soldats handicapés lors des précédentes batailles ; il suffit de voir le décalage presque glauque entre le dialogue du recruteur et sa situation quand Rico and friends remarquent qu’il a perdu ses deux jambes.

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Mais la vraie force du film est bien le look des parasites et leur hiérarchie, remplaçant donc les aliens « classiques » du roman par des insectes monstrueux et gigantesques organisés en diverses espèces et sous-espèces tels des soldats dans une armée, sauf que le look des arachnides terrestres et volants suffisent à comprendre comment les soldats ont subis leurs blessures ; organisé en escouades, un seul d’entre eux peut décimer avec ses 8 pattes et son bec tranchant 6 soldats sans avoir l’air de se fatiguer donc imaginez quand une escouade d’une dizaine d’arachnides attaque puis une soixantaine puis plus de mille…

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La grosse surprise terriblement audacieuse vient du tank insecte. En effet, on découvre que les jets de plasma servant à dévier les astéroïdes ou les défenses aériennes ne sont autre que des excréments d’insectes expulsés et chauffés, et au-delà de sa taille massive, le tank peut également cracher un équivalent du napalm par les mandibules.

1997 - MOVIE, FILM - STARSHIP TROOPERS. ACTOR CASPER VAN DIEN FACES GIANT TANKER BUG. PHOTO CREDIT: COLUMBIA/TRISTAR PROMOTIONAL HANDOUT *Calgary Herald Merlin Archive*

Lors du troisième acte, la question d’un leader devient concrète et il sera révélé lors du climax, étonnamment anti-spectaculaire (mais j’y reviendrai).

L’autre point terriblement couillu est de reprendre ce système de narration en commençant le film sur une séquence puis revenir en arrière jusqu’à ce point, excepté que cette scène d’introduction du film montre au bout de 3 minutes la mort d’un soldat durant le conflit qui s’avère être le héros du film.

L’autre aspect qui est aussi une signature du film est d’être ponctué, au même titre que Robocop, de spots propagandistes suivant les news se concluant par un « voulez-vous en savoir plus ? », dépeignant de façon sarcastique les codes de cette société à différentes échelles : de la valse des sky marshalls qui se succède aux méthodes d’élimination des arachnides (censuré par un panneau « censuré » à l’écran ), aux spots de recrutements (les gamins déguisés en soldats) jusqu’à la satire extrême (la mère hystérique de joie de voir ses enfants écraser des insectes.)

Le film pourrait en effet, passé son introduction, passer pour un épisode de Beverly Hills futuriste avec triangle amoureux, rivalités sportives, bal de promo et projets d’avenir défiant les parents jusque dans une mise en scène au diapason entrecoupée de séquences pour ancrer la menace arachnide dans le quotidien comme cette scène de dissection, le set-up/pay-off sur les capacités psychiques de Carl sur la fouine domestique en opposition à l’incapacité de Rico de deviner des cartes par la pensée, mais surtout comment le tissu narratif emmêle de façon subtile les futures trames à venir comme le cours d’éducation civique de Raszak ou l’exposition assez particulière de Xander ainsi que le lien de coopération qui existe entre Dizzy et Johnny via l’équipe de foot, là aussi pay-off qui servira de façon habile plus tard.

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Mais ce qui est aussi ironique dans le film est la façon dont Neumeier facilite le parcours de Rico en tant que héros pour grimper les échelons au prix de la mort de soldats.
Reprenant la base du schéma des films de guerre traditionnels avec scène d’entraînement en intro, le film va alors bifurquer de la façon la plus astucieuse possible pour que jamais on ne puisse deviner ce qui peut arriver ou comment prendre en contre-pied l’exposition des membres de l’unité de Rico en les présentant dans une scène de douche mixte.test-blu-ray-starship-troopers-6

Mais le plus gros pied de nez est bien le twist le plus gonflé qui soit : la défaite du héros. Ayant échoué dans son objectif, la scène tragique typique de l’échec avec remords et rancune des autres personnages est balayée en quelques secondes par un rebondissement émotionnel et intime aux personnages, catalyseur de l’entrée en guerre avec la destruction de Buenos Aires, ville natale des héros.

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Pourtant, la vraie force est bien dans cette seconde partie ; avec un dosage parfait entre intime et spectaculaire, le film bascule totalement dans son aspect guerrier où les missions vont s’enchaîner tout en poursuivant les enjeux qui se lient entre les personnages, rebondissements là encore très soap opera niveau relations amoureuses concernant Carmen et Johnny mais sans jamais perdre le fil de l’histoire pour autant.

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Comme le montrait l’intro, Johnny Rico meurt dès le débarquement sur Klendathu, comme plusieurs centaines de milliers de soldats mais… il survit finalement vu que c’est le héros (il est blessé à la cuisse mais 600 parasites l’ont ignoré parmi les autres soldats morts).

Sa mort supposée va créer un rapprochement entre lui et Dizzy, qui est enfin débarrassée de Carmen (quand je vous dis que c’est du soap) ; la surprise venant du fait que là où dans n’importe quel autre film, le prof vétéran handicapé aurait juste eu droit à une seule séquence lors de son cours, le film réintroduit Raszak en officier menant une unité ayant fait ses preuves pour qu’il recroise ses anciens élèves et qu’ils le rejoignent dans son unité.

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Carmen va devenir pilote du vaisseau, le Rodger Young, et son instructeur de vol s’avère être Xander, le rival de Rico dans l’équipe de football. Le rapprochement entre ces deux va finir par la rupture avec Johnny. Ce qui aurait pu finir en mélo pour adolescentes le temps d’une très jolie séquence est là aussi pris en contre-pied puisque le Roger Young sera à chaque fois au centre de l’intrigue lors des rebondissements, en assistant à l’arrivée de l’astéroïde et en l’évitant de peu, avec la découverte assez sarcastique des effets de tirs du plasma arachnide, « dérisoire et bénin » selon les experts mais qui va causer une vraie hécatombe, le sauvetage de la garnison sur Pé puis le crash des survivants du Roger Young, forcément Carmen et Xander, pile en plein dans le repaire du Cerveau.

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Comme je le disais plus haut, le film doit, outre son message politique subversif et son aspect mordant et caustique, remplir le cahier des charges de blockbuster à 120 millions (une formalité pour aujourd’hui, ce budget) de film de SF guerrier.

Je disais plus haut que les fans de Paul Verhoeven savaient qu’il allait s’en donner à cœur-joie avec des scènes de batailles sanglantes, gores et épiques, sauf que c’était sans compter sur la peinture de l’univers décrit et les manœuvres stratégiques des deux camps : de la flotte des vaisseaux de la Fédération aux débarquement des troupes dans une scène frôlant l’orgasme rétinien (quoique non, pas frôlé), de la scène de bombardement des essaims parasites en passant par la moindre scène d’attaque des essaims d’arachnides, ou encore la scène de jouissance absolue par sa démesure pour l’époque du Tank scarabée et l’apparition du Cerveau et sa méthode de se nourrir.

Verhoeven ne prend pas de gants et se lâche comme jamais : le sang gicle, les soldats sont charcutés par centaines ou meurent de façon assez atroce (le plan des deux soldats via le tir de napalm du Tank, la mort de Xander), les balles pleuvent par centaines sur des ennemis qui sont supérieurs en nombre (ce plan anthologique lors de la fuite de Pé avec tout l’essaim en-dessous), le film enchaîne pas loin d’une heure de bataille continue, d’une jouissance hors du commun au même titre que d’une barbarie estomaquante, soutenue par une bande son « epicness ever » de Basil Poledouris.

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On peut également dire alors que le film enquille plus de money shots en 40 minutes que certaines productions récentes sur 8 ans : l’arrivée de l’astéroïde, la destruction de la flotte par les tirs de plasma, la bataille de Klendathu, les arachnides volants, le camp de base et le piège menant à l’assaut sur Pé, n’importe quel spectateur qui tolère la violence pleurerait de bonheur en découvrant ça.

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En revanche devant un pic de générosité et de spectaculaire non-stop, il est difficile de tenir la distance vu les enjeux du 3e acte, plus intimes et recentrés à nouveau sur les personnages pour traquer le Cerveau afin de conclure le parcours de chacun et, là où le fil narratif du triangle amoureux était traité façon soap depuis le départ, l’issue se fait de façon complètement sarcastique voire tragique pour certaines.

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Le pied de nez suprême du film est que Rico arrive à sauver Carmen mais pas Xander (vous la sentez l’ironie, là ?) mais, alors qu’il est confronté au Cerveau, il va s’enfuir et là encore, le personnage secondaire de l’instructeur Zim, dont on savait qu’il avait rempilé comme soldat via une scène précédente, s’avère celui qui va capturer le Cerveau et non les héros eux-mêmes.

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Il en est de même pour la distance et le sens de lecture avec l’ultime spot propagandiste montrant le destin de nos héros ayant tous été promus à des postes clé, afin d’inciter à s’engager via une musique épique et triomphante.

Sauf que le sens caché derrière les images est le suivant : entre la scène de fin et ce spot de recrutement, l’ellipse temporelle est indéterminée, tout comme la question qui pose si les héros mis en valeur dans ces images sont toujours en vie au moment où le spectateur les voit ; ce spot glorifie surtout la bataille comme une victoire mais sans prendre en compte ni les pertes ni tout le cheminement narratif de ces héros que le film vient de nous présenter.

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Ce qui pourrait presque donner un tout nouveau sens de lecture méta : que le film lui-même entre chaque spot est un outil de propagande, puisqu’il enjolive la réalité sur le parcours de ces héros, et même, 3e sens de lecture proche des films Stab dans Scream 2 et 3, que les personnages du film eux-mêmes ne sont que des acteurs idéalisés pour sublimer les personnages afin de faciliter l’identification auprès de son spectateur.

Parlons du message politique, je pense que résumer le film ainsi devrait vous aider à comprendre : la moindre bataille est une boucherie sans nom montrant clairement l’arrogance des Etats… heu de la Fédération, face à un ennemi qui la surpasse numériquement et stratégiquement, en ayant envahi le territoire, et cela se solde par une lourde défaite. Puis une bataille ayant lieu dans une région désertique qui se solde par une victoire au prix de millions de morts avec la capture du chef ennemi débusqué dans sa grotte pour stopper le conflit. Je ne pense pas avoir besoin d’en dire plus, et je rappelle que le film date de 1997, d’où son aspect clairement prophétique.

La description que je viens de faire devrait alors sonner comme une évidence au sujet du discours politique du film sauf que, comme je le disais, Starship Troopers ne sert aucunement la soupe à la gloire des Etats-Unis comme Independance Day.

Je n’arrête pas de me dire qu’un jour, les exécutifs des studios vont engager un auteur sur un blockbuster en sous-estimant ce que cela sous-entend en le faisant, au-delà de le voir comme un simple exécutant pour emballer le produit, et je pense clairement que la carrière américaine du réalisateur hollandais en est un exemple parfait.

Paul Verhoeven poursuivit sa carrière malgré l’échec du film, ayant droit à des suites médiocres et une version animée, mais sonne clairement après Showgirls comme le début de la chute pour son réalisateur.

La force de Starship Troopers vient du fait qu’au-delà des images du film, malgré son discours sarcastique et subversif envers les institutions, il ne se moque jamais de son spectateur mais compte sur son intelligence pour saisir à la fois la déconstruction des codes mais aussi sa portée politique à travers un film de SF totalement hors normes.

Il est complètement aberrant dans le système hollywoodien d’avoir pu engendrer une vraie œuvre à la fois jouissive, jubilatoire, intelligente et subversive, servie par un auteur qui a transcendé complètement la commande afin de la rendre complètement personnelle. Et au passage de s’y amuser encore plus que ce qu’on aurait pu en espérer à la base.

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